NTE : les villes ne doivent pas dormir 

Othman Cherif Alami, Président du Conseil Régional du Tourisme (CRT) de Casablanca-Settat : « L’économie nocturne marocaine reste bridée par un cadre peu agile. »

Encore sous-exploitée, l’économie nocturne pourrait devenir un puissant levier de croissance touristique au Maroc. Othman Cherif Alami appelle à simplifier les autorisations et à bâtir une véritable stratégie territoriale autour des loisirs, de la culture et du divertissement. 

Quel poids l’économie nocturne représente-t-elle aujourd’hui dans l’activité touristique au Maroc ? 

Selon certaines estimations, le tourisme de loisirs, de gastronomie, de divertissement, de musique et de culture pourrait représenter, selon les destinations et les saisons, entre 15 % et 20 % du chiffre d’affaires quotidien généré par l’activité touristique au Maroc. Cette évaluation doit naturellement être consolidée par des données statistiques plus précises. Elle donne néanmoins une indication claire du poids économique d’un segment qui demeure encore largement sous-exploité. 

Quelles destinations marocaines disposent du potentiel le plus important dans ce domaine ?

Cette dynamique est particulièrement visible à Marrakech, Casablanca, Tanger et Agadir. Dans ces villes, l’offre de loisirs et d’animation constitue déjà un facteur déterminant de l’attractivité touristique. Mais ce potentiel gagnerait à être structuré autour d’une véritable stratégie de positionnement et de branding territorial. Chaque destination doit pouvoir construire une identité expérientielle forte, cohérente avec son patrimoine, sa culture et les attentes de ses visiteurs. 

Pourquoi l’animation est-elle devenue aussi importante dans le choix d’une destination ? 

La réputation d’une destination ne repose plus uniquement sur son patrimoine, ses hôtels ou ses infrastructures. Elle dépend également de la richesse et de la diversité des expériences proposées aux visiteurs. Les spectacles vivants, les représentations théâtrales, les manifestations musicales, les événements culturels et les compétitions sportives contribuent directement à l’attractivité d’une ville. Une offre d’animation bien structurée peut prolonger la durée des séjours, accroître les dépenses touristiques et favoriser la création d’emplois. Elle permet aussi de mieux répartir l’activité économique au-delà des horaires traditionnels et de faire bénéficier davantage de professionnels des retombées du tourisme. 

Qu’est-ce qui freine encore le développement de cette économie nocturne ? 

Le principal enjeu réside dans l’environnement réglementaire. Les acteurs ont besoin de procédures d’autorisation plus simples, plus rapides et surtout plus prévisibles. 

Quelle stratégie faudrait-il alors mettre en place ? 

Il faut considérer l’économie nocturne comme une composante à part entière de la politique touristique. Cela suppose de mieux mesurer son poids, d’identifier les besoins de chaque destination et d’accompagner les opérateurs dans le développement d’offres innovantes. Le Maroc dispose déjà des infrastructures, des talents et de la diversité culturelle nécessaires. Il lui reste à mieux organiser cet écosystème pour faire du tourisme expérientiel un véritable levier de différenciation, de compétitivité et de création de valeur. Une économie nocturne dynamique renforcerait ainsi l’attractivité internationale des destinations marocaines tout en générant davantage de retombées pour les territoires. 

Propos recueillis par Mouhamet Ndiongue 

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