Réunis à Tanger jusqu’au 9 octobre pour la 8e édition des Assises de l’AUSIM, les professionnels du numérique ont abordé l’intelligence artificielle sous l’angle de la souveraineté et de la création de valeur. La ministre Amal El Fallah Seghrouchni y a présenté la feuille de route Maroc IA 2030 et fixé cinq chantiers prioritaires.
Placée sous le Haut Patronage de SM le Roi Mohammed VI, cette édition organisée par l’Association des utilisateurs des systèmes d’information au Maroc (AUSIM) avait pour thème « AIMPOWERING : Par l’innovation, l’intelligence et la souveraineté ». Trois jours durant, plénières, keynotes, ateliers et retours d’expérience ont porté sur l’IA, la création de valeur, la gouvernance des données, la cybersécurité et la souveraineté technologique. Selon Mohamed Saad, président de l’AUSIM, le choix de Tanger traduit la volonté d’accompagner le passage de l’IA de l’expérimentation à l’industrialisation. Il le justifie par les infrastructures portuaires et industrielles de la ville et par sa position entre deux mers et deux continents. Le 8 octobre, la ministre déléguée chargée de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration a animé un keynote intitulé « AI made in Morocco, la célérité d’une conquête de souveraineté ». Elle y a qualifié la souveraineté numérique de « souveraineté invisible » : la maîtrise des infrastructures, des données, du calcul et des modèles est devenue indispensable au développement du pays. La feuille de route Maroc IA 2030 prône une IA « frugale, inclusive et responsable » et vise une contribution de 100 milliards de dirhams au PIB. Face à la course mondiale au calcul, la ministre a plaidé pour la célérité. Celle-ci doit permettre au Maroc et à l’Afrique de tirer parti de l’effet « leapfrog », à condition de réunir énergie, calcul, données et talents. Elle a fixé cinq chantiers prioritaires :
- mettre en service les capacités souveraines de calcul et les ouvrir aux chercheurs et aux startups ;
- finaliser le cadre juridique et institutionnel, notamment pour l’IA ;
- développer des modèles en arabe, en darija et en amazighe avant de s’ouvrir aux langues africaines ;
- former et certifier les talents à grande échelle ;
- passer progressivement du numérique à l’agentique dans les services publics.
L’objectif, selon elle, est de « concevoir, et pas seulement utiliser ».
La confiance, condition de la valeur
À la clôture, le 9 octobre, Mohamed Saad a résumé l’enjeu : dépasser les démonstrations technologiques pour privilégier des applications concrètes et utiles de l’IA. Le directeur général de l’Agence de développement du digital (ADD), Amine El Mezouaghi, a lui aussi insisté sur la valeur que les solutions numériques peuvent générer. Omar Seghrouchni préside la Commission nationale de contrôle de la protection des données à caractère personnel (CNDP). Il a appelé à maîtriser les mécanismes d’analyse pour garantir leur conformité éthique, notamment en matière d’équité, ainsi que la fiabilité des données. Abdellah Boutrig dirige la Direction générale de la sécurité des systèmes d’information (DGSSI). Pour lui, l’innovation ne produira d’effets durables que si elle repose sur la confiance, et donc sur la sécurité des systèmes. Il a rappelé que le Maroc figure en catégorie Tier 1 de l’édition 2024 de l’Indice mondial de cybersécurité de l’Union internationale des télécommunications (UIT), avec un score de 97,5 sur 100.
