L’Art déco a cent ans.

Casablanca était du 12 au 18 mai au rythme des Journées du patrimoine, pour commémorer le centième anniversaire de cette révolution architecturale et esthétique.

La 14e édition des Journées du patrimoine, portées par l’association Casamémoire, a été l’occasion d’une grande célébration, qui a réuni près de 13 000 visiteurs. C’est en effet en 1925 que s’est tenue à Paris l’Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes, qui a constitué le point de départ d’un mouvement artistique majeur dans le domaine de l’architecture et des métiers d’arts : l’Art déco. Ses lignes pures, ses motifs géométriques et son audace au niveau de l’usage de matériaux comme le béton armé en ont fait un style unique, qui a été largement illustré dans les expérimentations avant-gardistes qui se faisaient à Casablanca au début du XXe siècle.

C’est ce « musée à ciel ouvert » que célèbre l’association constituée en 1995 pour préserver ces trésors et les faire connaître du plus grand nombre. Le programme, riche d’une quarantaine de propositions portées par les artistes et acteurs culturels, a répondu à toutes les curiosités. Les amateurs de conférences ont pu écouter l’anthropologue Hassan Rachik et la sociologue Sana Benbelli expliquer ce qui constitue la mémoire des quartiers populaires de Casablanca ; il a aussi question de la réhabilitation de l’architecture moderne, en se penchant sur les usages, au-delà de la mémoire ; un temps fort a été dédié aux architectes italiens à Casablanca.

De nombreuses expositions ont évoqué les facettes de l’Art déco et de ses ramifications architecturales et mémorielles. Au passage Zevaco, les photos de Julie Delaye et Isabelle Dessaux proposent une promenade initiatique sur le centre-ville. À la Coupole, Hamza Zidan retraçait la mémoire du Camping Caravaning International de Tamaris et Aboubakr Erradey celle du Vertigo. À l’American Art center, Bouchra Karimi attirait l’attention sur les portes Art déco, tandis que Yassamine Sallami s’en inspirait pour broder des tenues.

Une chasse au trésor poétique a pris place dans le parc de la Ligue arabe. Sophia Alami a invité à la découverte des enseignes typographiques. Les noctambules ont pu admirer les projections lumineuses sur les façades de la Wilaya et de la Villa Ficke, tout récemment ouverte au public. Au cinéma Ritz, il a été question de la ville de cinéma qu’est Casablanca. Des ateliers slam et gravure ont attiré les passionnés, tandis que les visites, notamment scolaires, ont emmené les curieux sur les traces du Centre-ville, de l’ancienne médina, des Habous, mais aussi de Sidi Moumen, Derb Ghallef, La Corniche…

Une manifestation festive.

Cette édition a permis aussi de réinvestir les Anciens Abattoirs de Casablanca pour un souk de créateurs et un salon du livre, animé par quatre librairies de la ville, qui ont mis en lumière les catalogues de 28 éditeurs marocains. On y a vu entre autres Touria Hadraoui, Youssef Fadel, Hicham Lasri, Hafsa Bekri Lamrani… et l’artiste Salma Naguib a enchanté le public avec ses lectures de textes sur la ville. Dimanche 18 mai, c’est une cinquantaine de bénévoles enthousiastes qui ont investi le théâtre de la Casablancaise pour la conférence de clôture, réunissant des experts du Maroc, de Tunisie et du Liban pour réfléchir à la sauvegarde et à la valorisation du patrimoine bâti dans la région MENA. Car les Journées du patrimoine, c’est en effet cet esprit de fête et de partage, qui rappelle que le patrimoine n’a de sens qu’avec les citoyens de la ville…

Kenza Sefrioui

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