La solitude du dirigeant

Nathalie Rocamora, Coach professionnelle et formatrice, fondatrice cabinet RenaiSens

« Le leadership est une chose solitaire. Le leader doit prendre des décisions difficiles, que personne ne peut prendre ». Ce matin, je lis cette phrase de Peter Druker et je m’interroge : la solitude du dirigeant, un défi silencieux ? La fonction de dirigeant est généralement perçue comme une position enviable : pouvoir de décision, influence, reconnaissance, toute-puissance même… Pourtant, derrière cette image se cache une réalité bien plus complexe, voire paradoxale : le sentiment de solitude. Un sentiment qui, bien que rarement avoué, est partagé par de nombreux chefs d’entreprise. 

Aujourd’hui, je souhaite aborder cette problématique souvent taboue, ainsi que les réticences à se faire accompagner par un coach.

La solitude du dirigeant : un phénomène méconnu, mais universel

Diriger une entreprise, c’est porter une vision, prendre des décisions stratégiques, jongler en permanence avec les exigences du marché, embarquer ses équipes et faire des arbitrages. C’est aussi bien souvent un parcours solitaire.

Le dirigeant est souvent isolé par sa position même. Au sommet de la hiérarchie, en haut de « sa tour d’ivoire Â» il doit prendre des décisions stratégiques, assumer des responsabilités lourdes de conséquences et incarner une forme de leadership inspirant. Mais à qui peut-il se confier ? À ses équipes ? Au-delà des enjeux de pouvoir, les intérêts des collaborateurs divergent souvent avec ceux du dirigeant de sorte que les échanges ne permettent pas toujours d’aborder les enjeux stratégiques en toute transparence. À ses pairs ? Pas toujours évident, car la concurrence peut limiter la sincérité des échanges et vouloir paraître « fort Â» vis-à-vis de cette communauté limite les confidences. À ses proches ? Pas si simple, car ils ne comprennent pas toujours les spécificités de son rôle.

Cette solitude peut se manifester de différentes manières :

·Prise de décisions difficile : le dirigeant doit souvent trancher seul, sans pouvoir partager le

poids de ses choix qu’il doit assumer.

·Pression constante : les attentes des actionnaires, des collaborateurs et des clients créent

une pression qui peut devenir écrasante.

·Rester dans l’opérationnel : dans sa zone de confort, le dirigeant peut s’enfermer dans ce

qu’il maîtrise et éviter d’aller explorer des champs inconnus.

·Manque de feedback : les pairs, les collaborateurs peuvent hésiter à exprimer des critiques constructives, laissant le dirigeant sans véritable miroir pour évaluer ses actions.

·Masque social : par crainte d’afficher sa vulnérabilité, le dirigeant porte le masque du « Sois fort Â» ou « Sois parfait Â» qui l’empêche de se connecter à son véritable « ÃŠtre Â», à ses véritables besoins et donc à ses ressources.

Pourquoi les dirigeants hésitent-ils à se faire accompagner ?

Malgré ces défis, nombreux sont les dirigeants qui résistent encore à l’idée de se faire accompagner par un coach. Plusieurs raisons expliquent cette réticence. Il y a tout d’abord la peur de montrer sa vulnérabilité. Admettre que l’on a besoin d’aide peut être perçu comme un aveu de faiblesse, surtout pour un leader censé incarner la confiance et la résilience. Pourtant, reconnaître ses limites est une preuve de conscience de soi et de force.

Autre frein, l’illusion de la toute-puissance. Certains dirigeants pensent qu’ils doivent et peuvent tout gérer seuls, comme si demander de l’aide était une forme d’échec. Cette croyance peut les enfermer dans une solitude contre-productive.

Une autre raison qui explique cette réticence peut être simplement le manque de temps, entre les réunions, les décisions stratégiques et les obligations externes. Pourtant, investir dans un accompagnement est un gain de temps à long terme, car cela permet de prendre de la hauteur, d’avoir une vision plus large, de prendre du recul.

Enfin, à cause d’une méconnaissance du coaching, certains dirigeants en ont une vision erronée et le confondant avec du conseil ou de la thérapie. Ils peuvent considérer qu’il s’adresse uniquement aux grandes entreprises ou encore que « cela n’est pas fait pour eux Â»â€‰!!

Or, le coaching est avant tout un espace de réflexion, de prise de recul et de développement personnel et professionnel.

Le coaching : un espace de libération et de croissance

Se faire accompagner par un coach professionnel, c’est s’offrir un espace privilégié pour : prendre du recul sur les situations complexes et les décisions stratégiques, briser l’isolement en échangeant avec un professionnel neutre et bienveillant. Cela permet également de développer sa conscience de soi en identifiant ses forces, ses axes d’amélioration et ses failles et de gagner en sérénité en apprenant à gérer la pression et les émotions.

Le coaching n’est pas un aveu de faiblesse, mais une démarche proactive pour devenir un leader épanoui et inspirant.

Comme l’écrit mon amie Severine Ghys dans son livre Devenir un leader authentique – le défi de l’équilibre, Â« Le leader authentique est un équilibriste. Parce qu’il tient à rester lui-même pour ne pas se perdre dans le faux-self et les méandres du pouvoir, il doit trouver le bon dosage entre empathie et fermeté, raison et intuition, écoute et communication, performance et humanité. Â»

Et si nous changions de regard ?

Il est temps de déstigmatiser la solitude du dirigeant et de normaliser le recours à l’accompagnement. Les plus grands leaders, qu’ils soient chefs d’entreprise, sportifs de haut niveau ou artistes, ont tous un point commun : ils savent s’entourer de personnes qui les aident à progresser.

Si vous hésitez encore à franchir le pas, posez-vous cette question : Qu’est-ce que je pourrais accomplir de plus grand si je n’avais plus à porter ce poids seul ?

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