Les États-Unis se lancent dans une politique protectionniste radicale

Si la guerre commerciale menée par les États-Unis contre certains pays n’a certes pas commencé avec le 2e mandat du président Donald Trump, elle a en revanche connu une franche accélération ces dernières semaines. Dès les premiers jours de son investiture, en janvier dernier, le président américain a annoncé la couleur : tous les pays appliquant des taxes discriminatoires sur les produits américains ou dont la balance commerciale est trop défavorable aux États-Unis allaient se voir appliquer en retour des droits de douane prohibitifs sur leurs exportations. 

Ce repli protectionniste remet notamment en question les accords commerciaux déséquilibrés pour les États-Unis, « mal négociés » selon Donald Trump, sachant qu’il avait signé en 2018 le nouvel accord de libre-échange États-Unis – Mexique – Canada. Désormais, pour les pays concernés, seront appliqués des droits de douane réciproques allant de 20 à 25 %, à rebours des règles de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Pour tous ces pays tirant trop largement profit des États-Unis, un décret de Donald Trump prévoit, en plus de la hausse des taxes, le doublement des impôts des sociétés et des ressortissants étrangers installés sur leur territoire.

Rétablir l » équité »

L’objectif de cette politique protectionniste agressive est d’« inciter » les entreprises étrangères exportant leurs produits aux États-Unis à venir s’y installer et à y payer des impôts. Selon la logique du président américain, cela doit permettre de stimuler la production américaine (au lieu d’enrichir les pays étrangers), d’augmenter les recettes fiscales et donc de faire diminuer les impôts des Américains afin d’améliorer leur pouvoir d’achat. Il avait d’ailleurs promis de faire baisser l’inflation « dès le premier jour » de son mandat. Tant s’en faut, la baisse attendue, après plus d’un mois de mandat, n’est pas encore au rendez-vous. L’inflation est même passée de 2,8 % à 3 % entre décembre 2024 et janvier 2025. La hausse des tarifs douaniers, notamment sur les produits agricoles canadiens et mexicains, très largement consommés aux États-Unis, ne devrait pas arranger la situation.

Outre la logique de l’« America First », Donald Trump oppose différents griefs à ses « partenaires » pour justifier la hausse des tarifs douaniers, notamment le fait de ne pas contrôler suffisamment les flux migratoires ou encore de faciliter l’entrée sur le territoire américain du fentanyl et de ses composés, une molécule qui continue de faire de nombreuses victimes par overdose et dont le commerce nourrit les réseaux du narcotrafic.

Ripostes et tergiversations

Donald Trump avait tout d’abord annoncé une hausse de 10 % des droits de douane pour les produits chinois avant de décréter une taxe de 25 % sur l’acier et l’aluminium. Après quelques revirements et tractations, il a ensuite déclaré l’entrée en vigueur des droits de 25 % à partir du 4 mars pour tous les produits en provenance du Mexique et du Canada (à l’exception des produits énergétiques canadiens taxés seulement à 10 %). La Chine, quant à elle, devait finalement voir la taxation de ses exportations passer de 10 à 20 %.

En réponse à l’entrée en vigueur le 4 mars des nouveaux tarifs douaniers américains, le Canada a annoncé la mise en place de différentes mesures, notamment l’application d’une taxation réciproque immédiate portant sur 30 milliards d’US dollars d’importations américaines. 21 jours plus tard, cette taxation devait être étendue à 125 milliards de dollars de marchandises supplémentaires. D’autres mesures non tarifaires telles que la coupure de l’approvisionnement en électricité de certaines régions américaines étaient également prévues au niveau des provinces canadiennes. En parallèle, les campagnes de boycott des produits américains allaient bon train, surtout depuis l’offre du président Donald Trump d’annexer le Canada pour en faire « le 51e État américain ». 
Les conséquences sur l’économie canadienne, fortement imbriquée avec celle des États-Unis, peuvent être immenses, notamment pour les nombreux travailleurs canadiens expatriés chez leurs voisins et les nombreuses entreprises canadiennes qui dépendent directement du marché américain. Dans sa déclaration, le Premier ministre canadien Justin Trudeau a indiqué avoir l’intention de lancer un recours devant l’OMC en soulignant qu’« il n’y a aucun gagnant dans une guerre commerciale ».

Le même jour, la Présidente du Mexique, Claudia Sheinbaum, a annoncé préparer de son côté une contre-offensive incluant des mesures tarifaires et non tarifaires.

La réponse de la Chine n’a pas non plus tardé. Celle qui avait annoncé le 4 février, dès les premières menaces de Donald Trump, différentes mesures de rétorsion (plainte devant l’OMC, enquête contre Google, taxation de 15 % des importations de charbon et de gaz naturel liquéfié en provenance des États-Unis, taxation à 10 % du pétrole et machines agricoles…) a déclaré, le 4 mars, qu’elle allait appliquer une taxe allant de 10 à 15 % sur les produits agricoles américains (blé, maïs, soja, porc, produits laitiers…). Une taxation qui risque de frapper durement les fermiers américains, alors même que Donald Trump s’érige comme leur fervent défenseur.

Deux jours après ces annonces, Donald Trump a suspendu jusqu’au 2 avril les nouveaux tarifs douaniers sur certains produits mexicains et canadiens. Le Canada a, lui aussi, suspendu en réponse la seconde série de taxation portant sur 125 milliards de dollars de marchandises américaines.

LEurope : la prochaine cible ?

Le président américain a également menacé l’Europe de droits de douane de 25 %, estimant que les États-Unis sont déficitaires de plus de 300 milliards de dollars en 2023, alors que l’Union européenne évalue son excédent commercial cette année-là à 157 milliards d’euros (soit environ 165 milliards de dollars). Donald Trump juge en outre que la TVA est un impôt pénalisant pour les produits américains, déplore la taxe GAFAM et va même jusqu’à dire que « l’Union européenne a été créée pour entuber les États-Unis ».

Depuis la suspension de l’aide américaine à l’Ukraine, le 4 mars, l’Europe est désormais occupée à renforcer ses défenses militaires. Mi-février, elle avait déjà réagi en réponse à la menace de Donald Trump d’augmenter les taxes sur ses produits : si elle échoue à trouver un accord, elle appliquera elle aussi des contre-tarifs et se réservera le droit de déposer plainte devant l’OMC. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a ainsi déclaré dans communiqué daté du 11 février : « L’UE agira pour sauvegarder ses intérêts économiques. Nous protégerons nos travailleurs, nos entreprises et nos consommateurs ». En attendant, afin d’augmenter la compétitivité des entreprises européenne, l’UE est revenue sur plusieurs dispositions du Pacte vert afin d’alléger les réglementations environnementales auxquelles elles sont soumises.

Quelles conséquences pour léconomie américaine… et mondiale ?

Le 4 mars, au moment même de l’annonce de l’entrée en vigueur des nouveaux tarifs douaniers par Donald Trump, les principaux indices boursiers américains ont commencé à chuter. À l’heure actuelle, il est difficile de connaitre les répercussions de cette nouvelle guerre commerciale sur l’économie américaine. Il est sûr qu’avant d’arriver à la substitution de l’ensemble des importations, cela prendra du temps, sans compter l’impact sur les chaines de production encore largement mondialisées. En attendant, c’est le consommateur américain qui risque d’en payer le prix fort. Autre problème, tous les intrants ne sont pas forcément disponibles aux États-Unis, en particulier certains métaux rares. Est-ce la raison qui motive les velléités de Donald Trump concernant les métaux critiques ukrainiens ou encore le « rachat » du Groenland, terre de minerais toujours vierge et inexploitée, rendue récemment plus accessible grâce au réchauffement climatique ?

Quant aux équilibres mondiaux, la seule certitude est qu’ils seront définitivement bouleversés.

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