Divertissement au Maroc : une offre à développer

Le divertissement au Maroc, entre digitalisation et envie de sortir

Le secteur du divertissement au Maroc est en pleine transformation. Encouragés lors de la pandémie de Covid-19, les jeux vidéo et les plateformes de streaming font partie des pratiques les plus répandues. Cependant, les activités plus traditionnelles n’ont pas disparu, bien au contraire.

Depuis plusieurs années, les pratiques des Marocains en matière de divertissement ont évolué sous l’effet conjugué des confinements liés à la pandémie de Covid-19 et de la digitalisation croissante des activités. Toutefois, en l’absence d’études globales sur le sujet, il est difficile de quantifier précisément ces tendances, même si chaque industrie constate des changements significatifs. D’ailleurs, selon Hakim Chagraoui, Directeur Général de Global Entertainment, NRJ Maroc et Cinerji, « il faudrait mettre en place un observatoire national du divertissement, comme cela existe ailleurs. Cela permettrait de disposer d’études chiffrées et de résultats à communiquer aux investisseurs qui, ainsi, hésiteraient encore moins à s’engager au sein du secteur » (lire son interview).

L’irrésistible ascension des jeux vidéo
Tendance de fond depuis plusieurs décennies, la pratique des jeux vidéo occupe aujourd’hui une place de choix parmi les divertissements des Marocains. En plus des ordinateurs et des consoles de jeux, les smartphones et tablettes ont véritablement démocratisé le « gaming », touchant près de 8 millions de personnes ces dernières années, selon diverses études. De plus, les périodes de confinement liées à la pandémie de Covid-19 ont également contribué à cette croissance.

Début 2024, le Ministre de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, Mohamed Mehdi Bensaid, a déclaré que le secteur des jeux électroniques avait atteint un chiffre d’affaires de 120 millions de dollars au Maroc, surpassant ainsi les autres industries culturelles et artistiques. La plateforme internationale Statista estime, quant à elle, que le marché national dépassera les 227 millions de dollars en 2024 et atteindra 297 millions de dollars en 2027, avec un taux de croissance annuel de 9,4 %. Le nombre de joueurs devrait s’élever à 8,4 millions d’ici 2027, avec un taux de pénétration de 19,5 % en 2024 et de 21,2 % en 2027, selon la même source.

La télévision et le streaming

La digitalisation du divertissement concerne également le secteur de l’audiovisuel. Les services de streaming, qui diffusent à la demande des films, séries et documentaires, font désormais partie intégrante du paysage marocain. Grâce à la possibilité de s’abonner en ligne, mais aussi à la disponibilité d’offres illégales via les dispositifs d’IPTV, ces services connaissent une popularité croissante.
Aujourd’hui, des plateformes internationales comme Netflix, Amazon Prime Video et Shahid, ou encore la plateforme marocaine Aflamin, sont facilement accessibles au Maroc. Selon une enquête L’Économiste – Sunergia publiée en mars 2024, 13 % des Marocains interrogés déclarent être abonnés à l’un de ces services proposés sur leur télévision, tablette et téléphone. Ce phénomène touche particulièrement les jeunes générations qui se détournent des chaînes de télévision traditionnelles.

D’après le sondage, les répercussions ne concernent pas que la télévision puisque 52 % des Marocains affirment avoir réduit leurs sorties depuis qu’ils ont accès à ce contenu, tandis que 25 % disent n’avoir jamais fréquenté ni cinéma ni théâtre.

Le retour des cinémas…

Ces derniers chiffres semblent assez bien correspondre à la situation des cinémas depuis une dizaine d’années. Après un long déclin de la fréquentation des salles entre les années 2000 et 2010, passant de 12 millions d’entrées par an à moins de 2 millions, la pandémie de Covid-19 a provoqué leur fermeture pendant 15 mois, bouleversant les habitudes des spectateurs. Toutefois, sous l’impulsion du Gouvernement et de grands groupes comme Megarama, Pathé, CinéAtlas et Cinerji, la tendance tend à s’inverser depuis quelques mois (lire l’article sur le renouveau du cinéma au Maroc).

Si les cinémas lancés par le Ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication s’installent plutôt dans de petites et moyennes villes, ceux développés par les opérateurs privés visent davantage les grandes agglomérations. Conçus la plupart du temps comme des multiplexes, ces derniers prennent souvent place dans des centres commerciaux ou des quartiers animés, constituant de véritables temples du divertissement.

… et des théâtres

Du côté du théâtre, la tendance semble également à un retour au premier plan. Après avoir été très populaires au XXe siècle, puis délaissés au profit d’autres types de divertissement, les théâtres connaissent de nouveau une progression au Maroc. Les récentes constructions des Grands Théâtres de Rabat et de Casablanca, ainsi que celles en cours à Agadir et Fès, illustrent la volonté du Royaume de développer les arts de la scène et de les rendre plus accessibles. D’ailleurs, l’ouverture d’autres salles de théâtre, plus petites, est également prévue, comme à Casablanca, dans l’arrondissement de Sidi Moumen.

En 2022, la Fédération des industries culturelles et créatives de la CGEM indiquait qu’un « nombre très restreint de Marocains accède aux spectacles de théâtre (10,2 %), de cirque (10 %), de danse (7,2 %) et d’humour (6,1 %) par défaut de régularité de visite des équipements culturels ». Le Ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication espère voir ces chiffres augmenter grâce au développement des infrastructures et au soutien des artistes.

Les musées se démocratisent

Toujours en matière de divertissement culturel, le Maroc fait également beaucoup d’efforts pour augmenter le nombre de musées et démocratiser leur accès. D’après Mehdi Qotbi, Président de la Fondation Nationale des Musées, leur fréquentation ne cesse de croître, avec une hausse de 80 % en 2023. De plus, la gratuité pour les étudiants, décidée il y a quelques mois, devrait encore accélérer leur démocratisation. Cette année, plusieurs musées ont ouvert leurs portes à travers le Royaume, couvrant des sujets très variés, tels que le Musée du football marocain à Rabat, ou encore le musée Al Batha des Arts de l’islam à Fès.

Et les années à venir seront également riches en nouveautés, avec par exemple la construction du plus grand complexe muséal d’Afrique, à côté du Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain de Rabat, qui devrait s’achever en 2025. Ce complexe intégrera notamment le Musée de Rabat ainsi qu’un grand musée dédié à l’art africain, enrichissant par conséquent l’offre culturelle marocaine.

Toujours plus de festivals et concerts

Enfin, le divertissement au Maroc prend très souvent la forme de concerts ou de festivals en tout genre. Programmés à travers tout le Royaume, mettant en avant aussi bien des traditions locales que des musiques internationales, ils ont généralement l’avantage d’être très accessibles. En effet, ils sont souvent organisés gratuitement par les pouvoirs publics et, même dans le cas des événements payants, il y a fréquemment des scènes ou des animations gratuites qui permettent à chacun de venir se divertir entre amis ou en famille.

Du festival Mawazine, réputé pour ses vedettes internationales, au Moussem de Tan-Tan, inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO, en passant par le Festival Gnaoua d’Essaouira, ce sont chaque année des millions de personnes qui participent à ces événements festifs dans toutes les régions.

Cette tendance ne faiblit pas. Au contraire, il se crée régulièrement de nouveaux festivals de musique, de théâtre, ou encore de cinéma, attirant toujours plus de visiteurs en quête de divertissement.

Thomas Brun

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