Acheter une voiture d’occasion n’a jamais été aussi simple au Maroc, notamment grâce au foisonnement des plateformes de vente et d’achat en ligne spécialisée dans les véhicules de seconde main. La progression de ce marché s’explique également par l’accès au financement et un contexte économique difficile. Analyse.
Au Maroc, la voiture d’occasion séduit de plus en plus, reflétant les changements dans le comportement des consommateurs, l’économie et les tendances du marché automobile mondial. Une tendance appelée à durer, dans un pays où la possession d’une voiture est souvent considérée comme un symbole de mobilité et de statut social. D’après un sondage réalisé en début d’année par le leader des petites annonces marocain, avito.ma, près de la moitié (47 %) des sondés comptent changer de voiture durant le premier trimestre de l’année 2023 en choisissant une voiture d’occasion. D’après la même étude, près du quart des interrogés souhaitent acheter un véhicule d’ici 3 à 6 mois et 30 % sont des curieux, qui comptent changer de voiture, mais prennent le temps d’examiner le marché et les tendances actuelles.
Une tendance favorisée par la crise
Pour les auteurs de l’étude, « ces changements de comportement s’expliquent par les effets de la pandémie de la Covid-19, les perturbations des chaînes logistiques mondiales, la guerre russo-ukrainienne et la crise énergétique, en plus de la transition par les constructeurs vers de nouvelles solutions de mobilité ». Les chiffres officiels de l’Agence nationale de la sécurité routière (NARSA) confirment cette tendance : en 2022, 677 222 véhicules ont changé de propriétaires contre 571 123 en 2019, soit une hausse de 18 %. En parallèle, le nombre de voitures d’occasion importées a chuté de 15 % sur la même période pour atteindre 11 486 véhicules.
« Cette tendance s’explique par l’amélioration de l’offre de services adossée à l’acquisition de voitures d’occasion (SAV, financement…), qui n’a aujourd’hui rien à envier au neuf. La hausse des prix des matières premières et du transport de marchandises à l’échelle internationale ainsi que la crise mondiale des semi-conducteurs compliquent la situation pour les constructeurs automobiles. Les consommateurs se tournent logiquement vers la seconde main, plus accessible et, désormais, de plus en plus fiable », note le propriétaire d’un showroom de voitures de luxe de seconde main à Rabat.
Préférence pour les marques internationales
La confiance des consommateurs dans les marques internationales, en particulier européennes, s’explique par leur réputation en matière de sécurité, d’innovation technologique et de design. Les acheteurs marocains sont de plus en plus informés et recherchent des options qui allient performance et durabilité. Toujours selon l’étude d’Avito.ma, les Marocains optent d’abord pour les berlines (25 %), puis pour les C-SUV (SUV familiaux) et fourgons (20 %), les B-SUV (18 %) (SUV compacts urbains) et enfin les « Compact Hatchbacks » (petites citadines) (17 %). Pour ce qui est des marques, Citroën, Ford et Volkswagen arrivent en tête du peloton (15 % des intentions d’achat), suivies de BMW, Dacia, Hyundai et Peugeot (10 %) et Honda, Renault et Toyota (5 %).
L’engouement pour la voiture d’occasion se manifeste aussi par la multiplication de salons et autres expositions spécialisés dans les véhicules de seconde main. Fin mai 2023, le magazine Autonews a organisé à Casablanca la deuxième édition de son « Salon Auto Occasion ». L’événement, parrainé par le Ministère de l’Industrie et du Commerce, a attiré près de 82 000 visiteurs. Une semaine plus tôt, c’est la plateforme Avito qui accueillait environ 50 000 personnes pour son « Salon de la voiture d’occasion ». Le site de petites annonces, qui a récemment acquis la marketplace spécialisée moteur.ma, confirme son intérêt pour ce marché d’avenir.
Des défis à surmonter
L’émergence de plateformes en ligne spécialisées dans la vente de voitures d’occasion a considérablement simplifié le processus d’achat. « Je peux comparer les prix, consulter les avis des utilisateurs et obtenir des informations détaillées sur les véhicules sans avoir à me déplacer physiquement », se félicite Rime, étudiante en médecine devenue récemment propriétaire d’une Clio, trouvée sur Avito après des mois d’hésitation. Mais cette suraccessibilité s’accompagne aussi de risques, notamment de fraude. « Les entreprises doivent mettre en œuvre des protocoles de sécurité avancés, tels que la vérification des antécédents des véhicules et des vendeurs, pour garantir des transactions sûres et équitables », suggère un avocat spécialisé dans les litiges contacté par nos soins.
C’est pourquoi les professionnels de la voiture d’occasion proposent des véhicules certifiés et garantis pour des périodes allant jusqu’à six mois. Désormais, ils offfrent également des services connexes en partenariat avec des sociétés de financement, des banques participatives, ou encore des compagnies d’assurances. Les constructeurs eux-mêmes se sont lancés sur le créneau. Beaucoup d’entre eux, comme le sud-coréen Kia, mais aussi Land Rover, Citroën ou encore Peugeot, ont créé leurs propres plateformes de vente et d’achat de voitures d’occasion. C’est le cas de Renault Maroc, qui, à travers Renew Occasion, propose même un financement en partenariat avec RCI Finance Maroc. De quoi stimuler les affaires et convaincre les hésitants.
Omar Kabbadj
