Secteur de l’automobile au Maroc : cap sur de nouvelles opportunités

Après les incertitudes du Covid, Renault et Stellantis confortent leur présence au Maroc

Les deux géants installés dans le Royaume ont tous deux annoncé des augmentations de la capacité de production de leurs usines. Un troisième constructeur vient de décider de se lancer, avec des volumes bien moins importants : le marocain Neo Motors, alors que l’annonce de l’implantation du chinois BYD ne s’est pas concrétisée.

Renault Group portera en 2025 sa capacité de production au Maroc à 500 000 véhicules par an. Cette annonce, faite mi-octobre par le Directeur Général de l’entreprise Luca de Meo, présent au Maroc à l’occasion des assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale organisées à Marrakech, s’inscrit dans la nouvelle stratégie internationale de Renault à l’horizon 2027 qui a été dévoilée quelques jours plus tard. Avec 3 milliards d’euros d’investissements pour lancer huit nouveaux véhicules à l’international hors Europe, le groupe compte renouer avec le succès pour l’activité de cette zone, en fort recul ces dernières années. Le premier de ces huit modèles à avoir été annoncé, le Kardian, sera produit au Brésil et au Maroc, à l’usine de la SOMACA.

Des décisions qui contrastent avec les incertitudes qui primaient il y a à peine trois ans, en pleine crise du Covid-19. Alors que la pandémie mettait un coup d’arrêt à la production industrielle partout dans le monde, les ventes s’effondraient. Des difficultés auxquelles s’ajoutait la crise du groupe Renault, due à une stratégie contestée et à un leadership secoué par l’affaire Carlos Ghosn. L’entreprise annonçait en mai 2020 un plan d’économies de 2 milliards d’euros, qui prévoyait notamment la « suspension des projets d’augmentation de capacités prévus au Maroc ».

Objectif de 80 % de taux d’intégration locale pour Renault

Désormais, la position du Maroc dans la stratégie du groupe est donc, au contraire, confortée. D’autant que l’entreprise a signé en 2022 avec le Gouvernement « une nouvelle phase » de son écosystème Renault, qui prévoit de faire passer le taux d’intégration locale à 80 % et d’atteindre 2,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2025 auprès des fournisseurs locaux. En 2022, le taux d’intégration locale a atteint 65,2 %, avec un sourcing local de 1,86 milliard d’euros.

Le Maroc est aujourd’hui le deuxième pays de production de Renault Group dans le monde. L’entreprise possède aujourd’hui deux usines dans le Royaume, qui produisent principalement des véhicules de la marque Dacia. Celle de Tanger, inaugurée en 2012, a une capacité de production de 340 000 véhicules par an. Tandis que celle de la SOMACA, à Casablanca, inaugurée en 1959, a une capacité de production de 100 000 véhicules par an. Ces deux sites exportent près de 86 % de leur production et représentent 17 % des ventes du groupe dans le monde.

Doublement de la capacité de production de l’usine Stellantis

Du côté de l’autre « locomotive » de la filière, le groupe franco-italo-américain Stellantis, la nouvelle stratégie baptisée Dare Forward 2030 prévoit un doublement du chiffre d’affaires d’ici à la fin de la décennie en vue d’atteindre 300 milliards d’euros. Cette vision, présentée en mars 2022, donnait en revanche peu de détails sur l’avenir des sites de production.

Mais, en décembre dernier, le groupe annonçait un investissement de 300 millions d’euros dans son usine de Kénitra, ouverte en 2019, et le doublement de la capacité de production à 400 000 véhicules par an. Le site produit actuellement la Peugeot 208 en version thermique. À cela s’ajoute une capacité de 50 000 véhicules de type Citroën AMI, Opel Rocks-e et Fiat Topolino, qui sont des petits véhicules électriques pouvant être conduits sans permis. Dans le cadre du partenariat signé avec le Gouvernement marocain en 2021, Stellantis s’est engagé à atteindre un volume d’achats au Maroc de 2,5 milliards d’euros en 2023 et de 3 milliards en 2025.

Une capacité de 5000 véhicules par an pour Neo Motors

Dès cette année, la filière devrait en tout cas battre un nouveau record d’exportations, alors que le secteur vend la quasi-totalité des véhicules produits à l’international. En quelques années, il a atteint la première place des exportations du Royaume. Au cours des trois premiers trimestres 2023, les exportations du secteur ont atteint plus de 103 milliards de dirhams, selon l’Office des Changes, relayé par l’agence MAP. Une hausse de 33 % par rapport à 2022, qui s’était terminée sur un record de 111 milliards de dirhams d’exportations.

Si les deux géants Renault et Stellantis poursuivent leur développement dans le Royaume, l’annonce en 2018 de l’implantation du constructeur chinois BYD, l’un des leaders du véhicule électrique, à la Cité Mohammed VI Tanger Tech, ne s’est finalement pas concrétisée pour des raisons qui n’ont pas été officiellement dévoilées. Et le troisième constructeur d’automobiles au Maroc sera en fin de compte… marocain. Présenté au mois de mai, le SUV Neo, à moteur thermique, doit être lancé d’ici à la fin de l’année par la marque marocaine Neo Motors, dirigée par l’entrepreneur Nassim Belkhayat. Avec des volumes, bien sûr, bien moins importants que ceux des deux géants Renault et Stellantis. Construite à Ain Aouda, l’usine aura une capacité de 5000 véhicules par an, avec un objectif de production de 3000 véhicules en 2024.

Rémy Pigaglio

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