Protection sociale, une avancée majeure pour le Maroc

L’indispensable refonte du système de santé

La généralisation de la protection sociale au Maroc, et notamment l’intégration de toute la population à l’Assurance maladie obligatoire, rend plus que nécessaire la refonte du système de santé. Le Gouvernement a ainsi lancé une nouvelle stratégie pour répondre à la hausse prévue des demandes de soins.

Avec 22 millions de nouveaux bénéficiaires de l’Assurance maladie obligatoire (AMO), le chantier de la généralisation de la protection sociale va inévitablement faire augmenter la demande de soins au Maroc. En effet, qu’il s’agisse des anciens bénéficiaires du Régime d’assistance médical (Ramed) – qui a rapidement montré ses limites, ou des travailleurs non-salariés à faibles revenus, la grande majorité des personnes nouvellement concernées par l’AMO va pouvoir bénéficier d’une meilleure prise en charge de ses frais de santé.

Un vaste chantier

Comme l’explique l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la protection sociale, et notamment la protection sanitaire universelle, n’est pas qu’une question de financement : elle signifie surtout que « chaque personne a accès à tout l’éventail des services de santé de qualité dont elle a besoin, au moment et à l’endroit où elle en a besoin Â». Or, avant même la généralisation de l’AMO, le système de santé national ne pouvait proposer une telle offre de soins à la population, principalement en raison de l’insuffisance d’infrastructures et d’équipements de santé, de la pénurie de personnel et de l’existence de déserts médicaux dans de nombreuses régions du Royaume. Selon le Ministère de la Santé et de la Protection sociale, il manque aujourd’hui 32 000 médecins au Maroc, ainsi que 65 000 infirmiers. La densité du personnel de santé n’est que 1,7 pour 1000 habitants, alors que l’OMS considère le seuil critique à 2,3 pour 1 000 et que la norme internationale est de 4,5 pour 1 000. Quant aux infrastructures et équipements médicaux, la pandémie de Covid-19 n’a fait que souligner leurs lacunes quantitatives et qualitatives, déjà constatées auparavant.

Une refonte du système pour pallier les lacunes

Pour pallier ces insuffisances et être capable de répondre à la demande de soins qui ne manquera pas d’augmenter avec la généralisation de l’AMO, le Gouvernement a lancé une vaste stratégie de refonte du système national de santé incluant plusieurs mesures clés. En plus de revoir entièrement la gouvernance du secteur, qui prévoit une gestion régionale plus forte, ces dernières concernent notamment la valorisation du personnel et la mise à niveau des infrastructures.

Ainsi, un nouveau mode de rémunération est déployé pour renforcer la performance des professionnels de santé, tandis qu’un statut particulier de la fonction sanitaire va être promulgué pour rendre plus attractifs ces métiers et améliorer leurs conditions de travail. De même, pour permettre une rapide augmentation des effectifs et atteindre des densités médicales et paramédicales satisfaisantes, des mesures sont prises pour accélérer la formation des ressources humaines. À noter que la stratégie compte également faciliter le recrutement de médecins étrangers, même si cela ne constitue pas une priorité.

En ce qui concerne les infrastructures, la refonte prévoit de « mettre à niveau, construire et équiper des établissements de soins pour garantir les meilleurs standards de qualité Â». Ainsi, trois centres hospitaliers universitaires (CHU) vont être construits et équipés dans les régions de Draa-Tafilalet, Béni Mellal-Khénifra et Guelmim Oued-Noun. Les CHU de Fès, Casablanca, Rabat, Marrakech et Oujda seront quant à eux réhabilités, tout comme 1 400 établissements de soins de santé primaires. Par ailleurs, le projet intègre également le développement de partenariats public-privé pour optimiser la complémentarité entre les deux secteurs.

Les premières réalisations

Deux ans après son lancement, la stratégie commence à porter ses fruits. Ainsi, le Ministère de la Santé et de la Protection sociale indique avoir créé 5500 postes en 2022, dont 1425 de cadres médicaux, 2984 d’infirmiers et 1 091 de cadres administratifs et techniques. De même, il explique que 19000 fonctionnaires du secteur ont bénéficié d’un avancement de grade l’année dernière. Au niveau des infrastructures, l’un des objectifs phares de la refonte est de disposer d’un CHU parfaitement équipé dans chaque région. Si trois sont donc programmés et cinq en cours de réhabilitation, il faut également rappeler que ceux d’Agadir et de Laâyoune sont en pleine construction et que celui de Tanger a été inauguré en avril 2023. Ce dernier, très moderne et doté et d’équipements de nouvelle génération, a mobilisé plus de 2,4 milliards de dirhams d’investissements (lire encadré). Dans son sillage, la construction du nouvel hôpital Ibn Sina à Rabat, dont le coup d’envoi a été donné par le Souverain en mai dernier, renforcera bientôt l’offre sanitaire avec une capacité de plus de 1000 lits pour un budget global de plus de 6 milliards de dirhams.

Cette dynamique, qui vient illustrer les nouvelles ambitions du Maroc, devrait donc se poursuivre dans les prochaines années afin de permettre à toute la population de pleinement profiter de la protection sociale en cours de déploiement.

Thomas Brun

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