Au CHU de Marrakech, des équipes mobilisées « 24 heures sur 24 »

Après le choc du séisme, de nombreux médecins se sont portés volontaires. Selon eux, l’hôpital parvient à faire face à l’afflux de patients. Tout autour, les familles attendent les nouvelles de leurs proches avec anxiété.

Marrakech – Elles ont posé quelques couvertures à même le sol, dans le petit jardin face à l’entrée des urgences du CHU de Marrakech. À quelques mètres d’elles, le ballet des ambulances ne cesse de déposer des blessés. Jamila et quelques femmes de sa famille sont originaires d’Ijoukak, tout près de l’épicentre du terrible séisme qui a secoué le Maroc vendredi soir. « Nous sommes arrivées hier et nous attendons des nouvelles de ma sœur. Elle a voulu protéger ses enfants et a reçu des débris sur la tête et sur le dos. Elle a pu sauver l’une de ses filles. L’autre n’a pas survécu. Il y a eu un nombre incalculable de morts dans notre village », relate Jamila.

Tout autour de l’hôpital, les familles des blessés attendent de revoir leurs proches. Des bénévoles s’activent pour leur distribuer eau et nourriture, car beaucoup de familles n’ont pas les moyens d’en acheter et elles sont nombreuses à dormir dans la rue, à même le sol.

« Nous avons pu opérer tous les malades qui devaient l’être »

« Nous sommes habitués à voir le type de blessures que nous recevons depuis vendredi. Ce sont principalement des traumatismes des membres ou encore du bassin, des hématomes, des commotions… Ce sont des patients polytraumatisés, à l’image de ce qu’il se passe pendant un accident sur la voie publique. La différence, c’est l’afflux inédit de blessés. Là, ce sont des centaines de personnes que nous avons dû accueillir », explique le Pr Khalid Rabbani, médecin spécialiste de chirurgie viscérale au CHU de Marrakech. Comme de nombreux autres médecins, il s’est rendu spontanément à l’hôpital quelques heures après le séisme, samedi.

Selon le Pr Rabbani, la mobilisation du personnel de l’hôpital a permis d’accueillir tous les patients qui se sont présentés. « Certains médias ou des personnes sur les réseaux sociaux assuraient que l’on manquait de matériel. Je peux vous confirmer que nous avons pu opérer tous les malades qui devaient l’être », assure le médecin.

L’épicentre du tremblement de terre, qui a provoqué la mort d’au moins 2946 personnes et blessé 5674 autres selon le bilan du mercredi 13 septembre, est situé en pleine montagne, dans une zone particulièrement défavorisée. D’une magnitude de 7 sur l’échelle de Richter, il est le plus puissant jamais enregistré au Maroc. « Au départ, nous n’avons pas réfléchi. Nous avons mis notre famille à l’abri et nous sommes dirigés vers le CHU et avons organisé l’accueil des patients », décrit le Pr Tarik Salama, médecin spécialiste de chirurgie infantile au CHU. Toutes les salles de bloc opératoire ont été réquisitionnées pour les blessés du séisme. « Une fois que l’on prend un peu de recul, je ne vous cache pas que l’on subit un choc émotionnel. Ce séisme décimé des familles, rendu des enfants orphelins, détruit un nombre incalculable de maisons. Nous essayons de ne pas craquer quand nous exerçons », ajoute le Pr Salama.

L’enjeu est aussi de réussir à amener les patients de ces zones isolées, où seuls des centres de santé ou de petits hôpitaux sont implantés. « Des endroits sont très difficiles d’accès. Mais les équipes civiles et militaires travaillent sur place et font en sorte de choisir l’hôpital le plus approprié, à Marrakech, Taroudant, Agadir… », indique le professeur Rabbani.

Ce sont les hommes du village qui ont eux-mêmes porté la sœur de Jamila sur leur dos, jusqu’à trouver une ambulance, qui l’a transférée à l’hôpital. Selon elle, « le chirurgien a fait une première opération hier. Ils doivent maintenant s’occuper de son dos. Ils ne nous ont pas laissés la voir, et on espère seulement que tout s’est bien passé ».

Rémy Pigaglio

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