« L’impression 3D est un pilier essentiel de l’industrie 4.0 »
Alain Ermenault, Gérant-fondateur de Factory 3D
La fabrication additive ou impression 3D a connu un développement spectaculaire dans les pays industrialisés depuis une dizaine d’années. Alain Ermenault, qui a fondé l’entreprise Factory 3D installée à Rabat, a accompagné le déploiement de cette technologie au Maroc, principalement adoptée par les grands groupes.
Pouvez-vous présenter votre société, Factory 3D ?
Nous sommes un prestataire de services en impression 3D ou fabrication additive, incluant le scan 3D, la conception et la rétroconception. Notre expertise en la matière et notre connaissance approfondie du matériel nous permettent également d’avoir une valeur ajoutée pour conseiller et accompagner les entreprises dans l’achat de matériel et l’intégration de cette technologie au sein de leur propre environnement.
Faisons d’abord un point sur les termes : fabrication additive et impression 3D veulent-elles dire la même chose ?
Oui, mais je préfère le terme « fabrication additive », car il est plus représentatif du processus de production. Alors que le terme « impression 3D », qui prête parfois à confusion, est associé à l’impression 2D. Cela amène certains à penser que, s’ils s’équipent d’une imprimante 3D, ils pourront l’exploiter du jour au lendemain sans compétence particulière.
Or, il est important de comprendre que l’impression 3D est une technologie qui nécessite une expertise et une montée en compétences progressive. En effet, en plus de travailler avec des machines, des compétences en matière de matériaux (en particulier les thermoplastiques) sont nécessaires. En réalité, l’impression 3D regroupe plusieurs technologies différentes, dont le seul point commun est de créer des objets physiques en ajoutant de la matière couche par couche à partir d’un modèle numérique.
Quelles sont les technologies les plus communes ?
Toutes les technologies ont des applications différentes, il convient donc de faire les bons choix en fonction des besoins. Deux sont les plus répandues. D’abord, la technologie d’extrusion des thermoplastiques, ou FDM. Dans l’industrie, cette technologie est devenue presque incontournable. Elle nécessite une montée en compétences, mais elle n’est pas chère, tant du point de vue de l’investissement que des consommables et de la maintenance. Elle offre également un choix assez large de matériaux avec des propriétés différentes. En termes de qualité de surface, le rendu des pièces est suffisant pour la plupart des applications, mais pourra être amélioré par un post-traitement dans le cas de pièces dont l’aspect visuel est important.
La seconde technologie, la plus commune, est l’impression résine. Elle consiste à polymériser des résines photosensibles en les exposant à une source de lumière. Le choix des matériaux est plus limité et ils seront moins durables, car ils se dégradent petit à petit un fois exposés à la lumière. Ils ont donc de moins bonnes caractéristiques mécaniques que les thermoplastiques, mais leur plus grand avantage c’est la qualité de surface des pièces en sortie de machine. L’application typique est l’orthodontie. Les orthodontistes sont très largement équipés d’imprimantes résine, notamment au Maroc. Les bijoutiers marocains utilisent aussi cette technologie (à travers une variante qu’est l’impression à cire perdue), mais elle est essentiellement maîtrisée par les jeunes nouvellement formés et les joailliers.
Enfin, il y a d’autres technologies qui sont réservées à des marchés de niche et à la recherche. C’est le cas de l’impression métal, qui se caractérise par un investissement conséquent et un process assez lourd. Au Maroc, à ma connaissance, seule une société dans un secteur de pointe l’utilise. Elle est en revanche présente à des fins de recherche dans quelques établissements d’enseignement supérieur, ces derniers étant d’ailleurs plutôt bien équipés en imprimantes 3D.
Est-ce que la fabrication additive est répandue au Maroc ?
J’évoquais les orthodontistes, les bijoutiers et joailliers qui sont assez bien équipés. Dans l’industrie, le Maroc présente un formidable potentiel de développement, car le niveau d’équipement reste très en deçà de ce que l’on peut trouver dans la plupart des pays industrialisés. Tous les grands groupes, qu’ils soient marocains ou filiales de groupes étrangers, connaissent la technologie et l’utilisent. C’est notamment le cas dans le secteur aéronautique et l’automobile. Certains domaines d’activités requièrent en revanche un niveau de précision qui n’est pas encore atteint par l’impression 3D, notamment les semi-conducteurs.
En ce qui concerne les entreprises de taille plus réduite, certaines sont équipées depuis plusieurs années et ne peuvent pas s’en passer. D’autres sont en train de s’équiper.
« Dans l’industrie, le Maroc présente un formidable potentiel de développement. »
Enfin, certaines ne sont pas convaincues par la technologie et estiment qu’elles n’en ont pas besoin.
Il y a aussi le cas de certaines entreprises qui ont eu de mauvaises expériences. La plupart du temps, soit elles se sont équipées avec un matériel inapproprié, soit elles ne maîtrisaient pas le procédé et ont été mal ou pas du tout accompagnées. L’expérience n’ayant pas été concluante, elles ont abandonné.
La crise du Covid a-t-elle été un accélérateur pour la fabrication additive ?
Oui, nous avons été extrêmement sollicités en termes de vente de matériel et de consommables durant cette période. De manière générale, ce qui s’est passé pendant cette période était très représentatif de ce que permet la fabrication additive en matière d’innovation et de réactivité. Les gens donnaient libre cours à leur imagination. Ils inventaient, modifiaient, produisaient des choses incroyables. Vous avez une idée? Vous l’imprimez ! Dans un délai très court et à moindre coût.
Quels sont les avantages de cette technologie, en résumé ?
Il y en a 5 principaux.
• La réactivité, d’abord, car elle permet notamment de raccourcir les délais de conception et de réaliser des prototypes en quelques heures.
• La flexibilité : vous pouvez produire une pièce à la demande ou sur mesure.
• La liberté de design : l’impression 3D permet de s’affranchir des contraintes de géométrie des méthodes de fabrication traditionnelle.
• Le coût : en produisant sur place et à la demande, elle permet d’éviter les coûts de transport et les coûts de stockage. Elle permet également de produire de petites et moyennes séries de manière beaucoup plus économique qu’avec les méthodes traditionnelles puisqu’aucun outillage particulier n’est requis. De plus, elle offre la liberté de modifier les pièces en cours de production sans aucune contrainte.
• Les impacts environnementaux : la fabrication additive permet de réduire les flux physiques, de produire le juste nécessaire, de produire sans perte de matière.
Et quelles en sont ses limites ?
Je dirais que la seule limite est l’imagination et la créativité des utilisateurs !
Mais il faut aussi être conscient qu’il n’est pas possible de produire des pièces en série aussi rapidement qu’en injection par exemple, dès lors que les outillages, les moules en l’occurrence, existent déjà. Ensuite, bien qu’une grande variété de matériaux soit disponible, les pièces imprimées en FDM (et c’est encore plus vrai pour les impressions résines) ont globalement des caractéristiques mécaniques et thermiques inférieures à celles des pièces injectées. Enfin, comme nous l’avons déjà évoqué, l’appropriation de l’impression 3D nécessite de prévoir une montée en compétences, mais ceci est également vrai pour la plupart des technologies.
Quelle place occupe la fabrication additive dans l’industrie 4.0 ?
Elle en est un des piliers essentiels. L’industrie 4.0 consiste à mettre en œuvre un pilotage numérisé, connecté et automatisé du processus de production. C’est précisément ce que permet la fabrication additive, avec une fabrication sur mesure, tout en étant rentable, même avec de faibles volumes.
Propos recueillis par Rémy Pigaglio
