Au cours des deux dernières décennies, l’industrie marocaine a connu un véritable bond, en particulier les écosystèmes automobile et aéronautique. Aujourd’hui, le Royaume mise plus que jamais sur son industrie comme vecteur de développement. Objectif : monter en compétence afin d’augmenter le taux d’intégration et la valeur ajoutée à l’export à travers notamment l’innovation.
Si le concept d’usine 4.0 en tant que tel n’est pas encore très courant au Maroc, les technologies et les process qui la composent sont déjà bien développés. Nombre d’industriels se sont en effet dotés de ces outils modernes pour gagner en productivité et qualité.
C’est dans les années 60-70 que le Maroc a commencé à développer son tissu industriel. À partir des années 2000, les grandes stratégies sectorielles marocaines ont donné une forte impulsion à l’industrie. Le Plan d’Accélération Industrielle (PAI) 2014-2020, suivi de sa version mise à jour autour des écosystèmes, a permis de créer avec succès de nouvelles filières, en particulier dans l’automobile et l’aéronautique. D’importantes infrastructures ont ainsi vu le jour, telles que le port Tanger Med ou les Plateformes Industrielles Intégrées (P2I).
En 2022, comme chaque année depuis 2011, le Royaume a décroché la 2e place, juste derrière l’Afrique du Sud, dans le classement de l’indice de l’industrialisation en Afrique publié par la Banque africaine de développement. Aujourd’hui, le pays doit poursuivre son industrialisation tout en prenant dès à présent le tournant de l’industrie 4.0. Ce saut technologique nécessite des investissements importants dans l’appareil productif, mais aussi dans l’innovation et la formation.
L’innovation, un levier clé pour la transformation numérique de l’industrie
Au cours des dernières années, l’un des objectifs du Maroc a été d’augmenter son taux d’intégration et de sortir de la logique de sous-traitance au profit d’une démarche de codéveloppement. Récemment, Renault a notamment annoncé avoir dépassé ses engagements vis-à-vis de l’État marocain en atteignant en 2022 un taux d’intégration locale de 65,2 %, hors mécanique. Au début de la crise du Covid-19, à l’instar d’autre pays, le Royaume a pris conscience de la nécessité de consolider sa souveraineté industrielle et de développer sur le sol marocain les filières stratégiques comme l’agroalimentaire ou la santé. Ainsi, en très peu de temps, des unités de production de masques faisant l’objet d’une pénurie internationale ont été mises en place et ont permis de répondre aux besoins de la population et même d’en produire pour l’export. Autre défi pour l’industrie marocaine : la décarbonation. L’Europe, principale partenaire du Maroc, est en train de mettre en place une taxe carbone pour tous les produits importés dans l’Union. Les industries exportatrices marocaines doivent ainsi se mettre à niveau en vue d’atteindre le zéro carbone si elles souhaitent conserver leur compétitivité.
« Une nouvelle ère industrielle »
À l’occasion de la première édition de la Journée Nationale de l’Industrie organisée le 29 mars dernier par la CGEM et le Ministère de l’Industrie et du Commerce, Sa Majesté le Roi Mohammed VI a adressé aux participants un message donnant la feuille de route pour l’industrie marocaine. Lu par Ryad Mezzour, Ministre de l’Industrie et du Commerce,
le message souligne notamment : « il faut se préparer pleinement à inaugurer une nouvelle ère industrielle portée vers et par la notion de souveraineté. Notre pays a besoin, pour réussir ce challenge, d’une industrie intégrant de nouvelles activités et de nouveaux savoir-faire et offrant plus d’opportunités d’emploi. »
En ce qui concerne l’innovation, le message royal précise qu’« Il faudra également mettre en place et élargir les dispositifs d’accompagnement en faveur du renforcement de l’infrastructure technologique et de la R&D (Recherche et Développement) au sein des entreprises marocaines et de la création d’un écosystème industrie-université-centres de recherche, pour soutenir l’innovation et en faire un moteur de croissance de l’industrie marocaine. D’autre part, cette montée en gamme que l’industrie devra opérer, implique nécessairement sa transition accélérée vers une production sobre en carbone par l’accès à l’électricité produite à partir de sources renouvelables à des prix compétitifs et l’amélioration de son efficacité énergétique. »
Toujours à l’occasion de la Journée Nationale de l’Industrie Chakib Alj, Président de la CGEM, a déclaré : « La charte d’investissement et le lancement du Fonds Mohammed VI sont des opportunités importantes pour les industriels et ceux qui veulent investir ». « Nous avons besoin de développer notre recherche et développement pour avoir une industrie à forte valeur ajoutée. Je remercie le Gouvernement de nous avoir accordé via le programme TATWIR recherche et développement, une enveloppe de 300 millions de dirhams par an », a-t-il aussi indiqué.
Quels dispositifs d’accompagnement pour les industriels ?
Au Maroc, il existe différentes initiatives visant à promouvoir la R&D et l’innovation dans le secteur industriel, mais peu concernent le concept d’usine 4.0 à proprement parler.
Au cours des derniers mois, l’État marocain a lancé des mesures en faveur de l’investissement dans l’innovation et l’industrie. Dans un article paru le 3 mars dernier, Médias24 a détaillé certaines dispositions relatives à la nouvelle loi-cadre formant charte de l’investissement, publiée en décembre dernier au Bulletin Officiel. 3 % de prime seront ainsi accordés aux projets liés aux « métiers d’avenir » qui concernent différents secteurs stratégiques, dont les technologies numériques (cybersécurité, intelligence artificielle, réalité virtuelle, IoT, nanotechnologies…).
Autre mesure de l’État dédiée çà l’innovation : le programme TATWIR recherche et développement, mis en place par le Ministère de l’Industrie et du Commerce en partenariat avec le Ministère de l’Économie et des Finances, Maroc PME et la CGEM.
Ce nouveau programme d’appui à l’innovation industrielle vise à soutenir les projets d’innovation et de R&D dans les secteurs industriels. Il cible les PME, startups et grandes entreprises, en vue de consolider leur compétitivité et d’améliorer leur performance. L’accompagnement s’effectue tout au long du processus R&D, prototypage et industrialisation dans la phase pilote.
Les projets seront financés par Fonds de Soutien de l’Innovation, doté d’une enveloppe annuelle de 300 millions de dirhams. En janvier dernier, le premier appel à projets a été lancé dans le cadre de ce programme. Les entreprises intéressées ont jusqu’au 15 décembre prochain pour déposer leur dossier de candidature.
Parmi les initiatives privées visant à accompagner le déploiement de l’innovation dans l’industrie, la Fondation MAScIR a mis en place une plateforme R&D dans différents domaines, par exemple dans le développement, l’assemblage et l’intégration de capteurs intelligents. Elle propose notamment un appui technique aux industriels à travers des contrats de recherche ou encore des prestations de service.
En ce qui concerne le concept d’usine 4.0, il existe une feuille de route dédiée, portée par l’Agence de Développement du Digital (ADD). C’est dans ce cadre qu’a été lancé le 5 avril 2021 le projet Fez Smart Factory (voir entretien p.34), fruit d’un partenariat conclu entre le Ministère de l’Industrie, du Commerce, de l’Économie Verte et Numérique (ancienne appellation du Ministère de l’Industrie et du Commerce), l’ADD, l’Université Euro-méditerranéenne de Fès (UEMF) et le Consortium du projet Fez Smart Factory regroupant l’UEMF, la CGEM, le Conseil régional Fès Meknès et la société Alten delivery center Maroc.
Ce projet pionnier dans le monde vise à développer une zone industrielle durable ainsi qu’un écosystème conçu selon le concept d’usine 4.0 afin d’améliorer la productivité et les performances environnementales de l’industrie marocaine.
Le 21 mars dernier, Pharma 5 a inauguré en présence du Chef du Gouvernement Aziz Akhannouch une smart factory au parc d’Ouled Saleh à Bouskoura. Cette usine serait ainsi la première de ce type en Afrique. Représentant un investissement de 300 millions de dirhams, l’unité a été pensée comme une usine connectée à son écosystème. Elle est équipée de robots et capteurs qui permettent de garantir la traçabilité, un aspect particulièrement important dans l’industrie pharmaceutique. Dans un entretien à Médias24, Mia Lahlou Filali, Directrice Générale de Pharma 5, a indiqué que ses équipes travaillent actuellement à une solution permettant aux machines de production de gérer automatiquement leur maintenance.
Ainsi, dans le domaine de l’usine numérique, les initiatives publiques ou privées se multiplient au Maroc. Toutefois, il faudra encore déployer d’importants efforts pour parachever la transformation digitale de l’industrie marocaine.
Nadia Kabbaj
