Dr Tawhid Chtioui, Président du Groupe EDVANTIS au Maroc et Président fondateur d’aivancity Paris-Cachan, la Grande École de l’IA
Pourquoi les crises en entreprise sont-elles si difficiles à gérer ? Quels sont phénomènes à l’œuvre ainsi que les grands défis à relever ?
La gestion des « crises en entreprise » est souvent perçue comme complexe en raison de la dynamique inhérente aux changements. Je préfère envisager ces situations comme des opportunités de transformation plutôt que des crises, car chaque challenge offre une chance de réinvention et d’amélioration.
Les phénomènes à l’œuvre dans ces moments sont souvent liés à des changements dans le paysage économique, social et technologique, ou même au sein de l’entreprise elle-même. Ces changements peuvent perturber l’équilibre établi, générant ainsi des réactions diverses au sein de l’organisation.
Les défis à relever résident généralement dans la résistance naturelle au changement, la communication efficace et dans la nécessité d’adapter rapidement les structures organisationnelles. La flexibilité et la réactivité deviennent alors des compétences cruciales.
Cela souligne l’importance de voir ces moments comme des opportunités pour évoluer et innover plutôt que de les considérer comme des crises. En adoptant une perspective proactive, les entreprises peuvent mieux naviguer à travers ces périodes de changement, en tirant parti des défis pour renforcer leur agilité et leur résilience à long terme.
Face à une crise, quels devraient être les premiers réflexes d’un manager ?
Face à une crise, les premiers réflexes d’un manager sont cruciaux et doivent nécessairement s’articuler autour de trois plans : humain, opérationnel et stratégique.
Tout d’abord, une évaluation rapide de la situation s’impose. Cela englobe la compréhension de la nature et de l’ampleur de la crise, afin d’avoir une base solide pour une prise de décision éclairée. Ensuite, il faut définir un plan de communication de crise : une information rapide et transparente des équipes, sur la situation et les mesures en cours, permet d’établir la confiance et réduit l’incertitude. Deuxièmement, il faut adapter les ressources. Cela comprend l’identification et la mise en œuvre des ressources nécessaires, qu’elles soient humaines, technologiques ou financières, pour faire face efficacement à la crise.
Enfin, il faut questionner la stratégie globale face à la crise/changement. Il est fondamental de prioriser les actions en fonction de l’urgence et de l’impact sur l’entreprise, tout en restant flexible pour ajuster la stratégie en fonction des évolutions.
La gestion de crise est un sujet qui passionne et donne lieu à de nombreux travaux universitaires depuis longtemps : observe-t-on une progression des organisations sur le sujet, notamment grâce aux études et aux différentes expériences analysées à travers le temps ?
Effectivement, il est clair que les organisations ont considérablement progressé dans leur approche de la gestion des crises au fil du temps, en s’appuyant sur des études approfondies et des analyses d’expériences passées. Les travaux académiques, tels que ceux de Fink (2013) et Mitroff et al. (2019), ont joué un rôle déterminant en fournissant des cadres théoriques et des insights pratiques pour renforcer la résilience organisationnelle.
Les entreprises ont appris à intégrer ces connaissances dans leurs pratiques, développant des plans de gestion des crises plus sophistiqués et en mettant en place des mécanismes d’apprentissage continu. Par ailleurs, l’avènement des technologies de l’information a permis une transformation significative dans la communication et la coordination pendant les crises, contribuant ainsi à une meilleure gestion globale.
En conclusion, la progression observée dans la gestion des crises est le résultat d’une synergie entre les recherches académiques et les expériences réelles; et repose sur une combinaison d’apprentissages, d’adaptation aux nouvelles réalités et de l’application de bonnes pratiques de gestion des crises/changements.
Aujourd’hui, qu’attend-on d’un bon dirigeant en matière de préparation aux crises ? Quelles compétences doit-il développer ?
Dans un contexte de crise/changement, un dirigeant performant doit, avant tout, démontrer une capacité proactive à anticiper les risques et à concevoir des plans de gestion des crises solides. L’intelligence émotionnelle et la gestion du stress sont des compétences essentielles pour prendre des décisions adaptées et maintenir la cohésion dans l’organisation. Il doit également être présent auprès des équipes avec une communication rapide et rassurante, ne pas transmettre ses éventuelles craintes et essayer de rétablir la confiance.
Le leadership collaboratif, favorisant une culture d’entraide et de coopération, est également essentiel. Enfin, l’apprentissage actif et continu est indispensable. En somme, un dirigeant efficace dans la préparation aux crises doit maîtriser la planification stratégique, la résilience émotionnelle, la communication transparente, l’adaptabilité, le leadership collaboratif et la culture d’apprentissage continu. Ces compétences combinées sont importantes pour réussir à guider une organisation à travers les complexités des crises.
Depuis plusieurs années, vous travaillez sur l’intelligence artificielle et son intégration dans le management des entreprises : cette approche offre-t-elle de nouvelles perspectives pour préparer, anticiper et gérer les crises ?
L’intégration de l’IA dans la gestion des crises permet aux organisations de renforcer leur capacité à anticiper, à réagir efficacement et à s’adapter aux changements, contribuant ainsi à une gestion plus robuste et agile de ces contextes.
Grâce à l’analyse prédictive, elle anticipe les risques émergents : les algorithmes d’analyse prédictive peuvent évaluer les données en temps réel pour identifier les tendances émergentes, anticiper les risques, et aider les dirigeants à prendre des décisions avant même que la crise ne se manifeste pleinement.
L’analyse des données issues des réseaux sociaux en temps réel, pour capter les signaux faibles d’une crise émergente, fournit une rétroaction instantanée sur les préoccupations des différentes parties prenantes de l’entreprise et permet une réponse rapide. Aussi, les chatbots, les IA génératives et tout autre système de communication automatisée basé sur l’IA peuvent fournir des informations en temps réel, des conseils et des mises à jour aux parties prenantes pendant une crise, améliorant la transparence et la gestion de la communication.
Enfin, les algorithmes d’apprentissage automatique (machine learning) peuvent aider à identifier des modèles complexes dans les données en aidant à comprendre les facteurs sous-jacents des crises et à mettre en œuvre des mesures préventives.
Edvantis, le groupe que vous présidez, gère plusieurs écoles supérieures au Maroc : dans quelle mesure la gestion de crise et la communication de crise sont-elles intégrées dans les cursus pour préparer les managers de demain ?
Aujourd’hui, la préparation des jeunes à des métiers émergents et aux défis inconnus de demain est une priorité essentielle. Au sein d’Edvantis higher education group (ISGA Ingénieur.e.s, ISGA Management, Artcom Sup et Com Sup), nous avons reconnu la nécessité d’ajuster nos programmes éducatifs pour mieux armer nos étudiants face à l’agilité et l’adaptabilité requises par ces nouveaux contextes professionnels. Dans cette optique, nous avons transformé nos méthodes pédagogiques pour favoriser le développement de compétences transversales, essentielles dans un monde du travail en constante évolution.
Introduire des cours spécifiques, tels que celui de communication de crise en dernière année de Com Sup, des cas pratiques ainsi que des mises en situation, constitue une stratégie proactive pour inculquer aux étudiants les compétences nécessaires à la gestion des crises et des changements. En dotant nos étudiants de ces compétences fondamentales, nous les préparons à prospérer dans des carrières dynamiques, où l’innovation et la réactivité face à l’inconnu sont des atouts incontournables.
Entretien réalisé par Thomas Brun
