Gérard Prenant, Directeur Général de Pizzorno Maroc : "Nous traitons à peu près 850 000 tonnes de déchets par an".

Conjoncture : Que représente le groupe Pizzorno au Maroc ?

Gérard Prenant : Le groupe Pizzorno est implanté au Maroc depuis près de 15 ans. Nous sommes le premier opérateur dans le secteur. Nous faisons du traitement des ordures ménagères dans des centres d’enfouissement technique, c’est-à-dire des vraies décharges contrôlées conçues et créées par Pizzorno et financées par les collectivités locales. Nous traitons à peu près 850 000 tonnes par an. Dans le secteur de la collecte des déchets, nous sommes le deuxième opérateur au Maroc. Le groupe a 3 000 collaborateurs dans le Royaume, 2 250 personnes salariées direct CGDMA et 800 personnes qui sont des agents communaux mis à notre disposition par les communes.Capture d’écran 2015-01-18 à 12.46.24

Quel est votre avis sur la politique de gestion et de traitement des déchets ?

Je trouve que les choses ne vont pas assez vite car les besoins au Maroc sont énormes. Je pense que le secteur pourrait se développer beaucoup plus vite. Actuellement, il y a énormément de choses qui nous gênent, en l’occurrence les décharges très importantes, comme Médiouna à Casablanca, qui sont gérées par un opérateur mais qui ne sont pas du tout des décharges contrôlées. Ce sont des décharges sauvages et qui restent en l’état. Nous pensons que ce n’est pas normal et il faudrait que toutes les décharges deviennent des décharges contrôlées. Car les décharges contrôlées sont construites de telle sorte que les déchets ne polluent pas la nappe phréatique puisque conçues dans des casiers étanchés et que les lixiviats sont récupérées et traités. Ma deuxième remarque sur le secteur c’est qu’il faut absolument que le Maroc s’engage dans des stratégies d’économie circulaire (capacité de récupérer, de recycler et de revaloriser les déchets). Le point d’entrée d’une stratégie de valorisation c’est le centre de tri. Si vous n’avez pas de centre de tri, il est impossible de faire de la valorisation. Je ne comprends pas pourquoi dans les cahiers des charges existants au Maroc, il n’y a aucune obligation de construire un centre de tri à l’entrée de la décharge. Il faut vraiment qu’il y ait un centre de tri dans tous les cahiers de charges. Notre groupe a un centre de tri qui allie deux particularités. Tout d’abord, il permet de faire le tri sur trois grandes familles de déchets : les déchets organiques, les déchets recyclables et les déchets ultimes. Pour ce qui est des déchets organiques, nous les compostons, puis en extrayons le métal. En ce qui concerne les déchets ultimes, nous avons monté un projet avec le groupe Lafarge pour construire une plateforme de bio-séchage afin de sécher ces déchets et ensuite les brûler en cimenterie. Cela constitue une énergie de substitution pour alimenter la cimenterie.

Que pouvez-vous nous dire sur la décharge d’Oum Azza ?

La décharge d’Oum Azza est une décharge exemplaire et est la seule décharge au Maroc à avoir un centre de tri. Nous avons reçu 3 millions de tonnes entre décembre 2007 et décembre 2012. En moyenne, nous avons reçu 51 000 tonnes par mois, soit 1 800 tonnes par jour. La particularité d’Oum Azza c’est qu’elle est desservie par trois quais de transfert. Qu’est-ce qu’un quai de transfert ? Les bennes à ordures ménagères (BOM) qui collectent dans les villes ne peuvent pas aller très loin car cela coûte cher. Il faut donc que les bennes à ordures ménagères puissent décharger leur cargaison dans des zones proches de la ville. Or, les décharges ne peuvent pas être trop près de la ville à cause des odeurs. Donc, nous construisons un quai de transfert où la BOM déchargera ses déchets que nous chargerons dans un gros camion. Et les gros camions vont aller des quais de transfert jusqu’à la décharge. Nos camions parcourent en moyenne 7 000 kilomètres par an.

Quelles sont les perspectives du secteur aujourd’hui ?

Je pense que les perspectives du secteur sont intéressantes d’autant plus qu’il y a beaucoup de sites de traitement et de valorisation de déchets à mettre en place au Maroc. Même les décharges gérées mais pas contrôlées vont devoir se conformer pour une meilleure santé du secteur, sans compter les décharges sauvages qu’il va falloir équiper. Il y a au moins 100 sites de revalorisation de déchets à créer au Maroc. Pour accélérer le mouvement, il faut effectivement une volonté plus affirmée des autorités avec une vraie politique qui commence par un point essentiel : les cahiers des charges. Mais des cahiers des charges qui correspondent à ces stratégies de valorisation et utilisés par les communes.

 

Propos recueillis par Ferdinand Demba. Conjoncture novembre 2013.

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