Animaux de compagnie : un business en plein essor

Dr Badre Tnacheri Ouazzani :« Dans la majorité des foyers, les soins des animaux de compagnie ne sont pas considérés comme une nécessité »

Dr Badre Tnacheri Ouazzani, Président du Conseil National de l’Ordre National des Vétérinaires au Maroc.

Combien de vétérinaires exercent au Maroc ? Dans quelles régions sont-ils concentrés et combien compte-t-on de sociétés pharmaceutiques vétérinaires autorisées par l’ONSSA ?

À ce jour, 1809 vétérinaires sont inscrits au tableau de l’Ordre National des Vétérinaires. Parmi eux, environ 300 pratiquent la médecine des animaux de compagnie, soit en mode exclusif soit en mode mixte. Nous notons que les nouvelles installations sont orientées en majorité vers la médecine des animaux de compagnie. Quant aux sociétés pharmaceutiques vétérinaires autorisées par l’ONSSA, on en compte 34 au Maroc.

Quels sont les services offerts au Maroc par les vétérinaires aux animaux de compagnie ?

Le vétérinaire pour animaux de compagnie est d’abord le conseiller familial pour la gestion du bien-être animal au sein de sa famille adoptive. Il exerce aussi un rôle important dans la prévention des maladies qu’elles soient infectieuses ou parasitaires ou autres. Dans ce cadre, il conseillera également les propriétaires sur l’alimentation à donner à leur animal ou encore les programmes antiparasitaires interne et externe (le choix des molécules ne se fait pas aléatoirement). Ses conseils vont permettre de prévenir les maladies propres à l’animal, mais surtout les zoonoses qui sont des maladies transmissibles à l’homme. Enfin, il doit établir un diagnostic à travers son examen clinique et l’historique rapporté par le propriétaire et, s’il y a lieu, il doit procéder au traitement médical et/ou chirurgical après avoir effectué des examens complémentaires (radio, échographie et/ou analyse laboratoire).

En médecine, il n’y a pas de tendances, mais une gestion de la santé. Cependant nos vétérinaires qui s’occupent des animaux compagnie sont de plus en plus performants, notamment grâce à la formation continue. Ils sont également de plus en plus équipés et certains sont même suréquipés au regard de la demande et du pouvoir d’achat de la majorité des propriétaires.

Quels sont les principaux défis auxquels les vétérinaires font face aujourd’hui (coût des soins, approvisionnement des médicaments, pénurie de vétérinaires…) ?

Les vétérinaires pour animaux de compagnie sont actuellement confrontés à des défis de deux natures : pouvoir affiner son diagnostic au maximum et être capable de délivrer les meilleurs soins et conseils, et ce, dans un contexte de crise financière. Il faut noter que, dans la majorité des foyers, les soins des animaux de compagnie ne sont pas considérés comme une nécessité première dans leur budget. Par ailleurs, le vétérinaire marocain n’a pas toujours à sa disposition toutes les molécules vétérinaires et tous les consommables nécessaires pour mener à bien son travail.

Par exemple, trouver des dispositifs de la bonne taille en traumatologie est un vrai casse-tête, car on ne peut pas toujours adapter du matériel pour nourrisson… Les pays où la médecine vétérinaire des animaux de compagnie est la mieux développée sont ceux qui disposent d’une mutuelle qui couvre les frais de santé des animaux.

Un autre défi majeur que connait le praticien vétérinaire est l’impossibilité d’exercer en société civile professionnelle. Il ne peut donc pas salarier de jeunes vétérinaires pour agrandir sa structure et assurer les permanences. Nous attendons impatiemment l’approbation de la nouvelle loi ordinale vétérinaire qui propose, entre autres, cette modification.

Quel est le rôle des vétérinaires dans la promotion du bien-être animal ?

Le rôle du vétérinaire, en tant que conseiller, commence au niveau de l’élevage en accompagnant les éleveurs et en leur transmettant les bonnes pratiques dans le domaine. Il se prolonge ensuite auprès des acquéreurs de manière à protéger l’animal et à faciliter la cohabitation avec ses nouveaux propriétaires. Le vétérinaire n’intervient que si son expertise est sollicitée. Malheureusement, de nombreux responsables de pseudo élevages et de nombreux propriétaires ne consultent jamais ou parfois trop tard. Le vétérinaire se retrouve ainsi à essayer de résoudre des situations dramatiques alors que s’il avait été consulté avant, ses conseils auraient pu éviter la catastrophe.

Il y a un grand débat au Maroc concernant les animaux errants, principalement les chiens et chats. Où en sommes-nous quant à l’application de la méthode TNVR ?

Je voudrais profiter de cette question pour sensibiliser les propriétaires et les encourager à stériliser leurs animaux mâles ou femelles, chiens et chats, car ils ne se rendent pas compte que leurs animaux participent aussi à alimenter cette population errante.

Je salue les efforts de nos autorités qui essaient de mettre en place le système TNVR dans des conditions de respect total pour les animaux et ceci sur tout le territoire. C’est une action qui associe les vétérinaires et qui nécessite également des infrastructures et des moyens logistiques qui sont en train de se mettre en place. Les vétérinaires sont déjà à l’œuvre dans les régions qui ont lancé le programme de lutte nationale.

Entretien réalisé par Zineb Jamal Eddine

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