Habilleur de chevaux

Amine Chraïbi Dakhama est maître sellier de Casablanca. Ses selles traditionnelles et artistiques font la fierté de cet art fortement lié à la fantasia.

Benjdia, pas loin du marché de ce quartier du centre-ville casablancais. Seul dans son atelier, Amine Chraïbi Dakhama est en train de travailler sur un nouveau modèle de selles destiné à un Moqadem d’une sorba (équipe) de la Chaouia, celui qui préside la troupe detbourida ou fantasia : une tradition équestre marocaine qui date du début du 19e siècle.

Une dynastie d’artisans

Amine Chraïbi Dakhama perpétue ainsi une tradition familiale qui dure depuis maintenant cinq générations. Tout a commencé en 1868 à Fès avec Driss Chraïbi qui, au fil des ans, devient le principal fournisseur de selles de la capitale spirituelle. Son fils Ahmed lui succède, développe la technique familiale avant de céder à son tour l’affaire à son fils Mohamed. Ce dernier s’installera à Casablanca et comptera parmi ses clients le roi Hassan II et le roi Baudouin de Belgique. « Mon père Jawad comptait parmi les meilleurs artisans du pays. Il a entre autres remporté le prix national du meilleur maître-sellier en 1997 ainsi que d’autres prix internationaux. À son décès en 2001, j’ai décidé de perpétuer ce legs familial »,explique Amine Chraïbi Dakhama.

Ce qui distingue ce maître-sellier des autres artisans du secteur, c’est que toutes ses selles sont réalisées à la main à partir de cuir, velours et satin et cousues de fil d’or ou de soie. L’artisan apporte un soin tout particulier à leur fabrication qui peut prendre de quelques semaines à un an de travail pour les montures les plus sophistiquées. Dans son atelier, on retrouve, en plus des selles, des parures, des poitrails, des tapis de selle, les bottes ou tmag, qui sont travaillés à la main par la technique sarm ou encore le petit sac (Dalil al khaïrate en arabe) où le cavalier met le saint Coran.

Amine Chraïbi Dakhama participe chaque année au salon du cheval et note avec une certaine satisfaction, « l’intérêt des Marocains qui adorent les objets traditionnels liés au cheval à l’image des selles traditionnelles » Mais, malheureusement, l’épidémie de Covid a mis un frein à cet engouement et a lourdement impacté la profession. Pendant deux ans, tous les moussems dédiés à la tbourida ont été annulés. Un manque à gagner énorme pour ce maître-sellier, artisan indépendant. « Avant la crise sanitaire, nous avions déjà constaté une baisse du chiffre d’affaires, surtout pour la selle haut de gamme. Le Covid n’a pas arrangé les affaires. Ce secteur a vraiment besoin d’une aide substantielle », déplore Amine Chraïbi Dakhama.

Un autre problème se pose aux artisans de secteur : les commissions d’arbitrage des compétitions nationales et du Salon du Cheval imposent désormais l’uniformité des tenues des sorbas. « C’est délicat pour nous, artisans, parce que nous ne pouvons pas fabriquer à la chaîne. Je ne peux produire que 40 selles par an au maximum, et des modèles différents. Cet état de fait a défavorisé la selle traditionnelle fabriquée dans les règles d’art », conclut avec amertume Amine Chraïbi Dakhama.

Hicham Houdaïfa

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