« Grâce au surf, la lutte contre le changement climatique devient plus personnelle »

Nicola Aimane Dimarco, Président de Surf4Climate

L’initiative Surf4Climate, créée en 2023, a formé plusieurs dizaines de jeunes sur les enjeux liés au changement climatique. À travers le surf, qui les plonge dans un environnement en première ligne face au changement climatique, les participants s’approprient davantage la cause écologique.

Comment vous est venue l’idée de fonder l’initiative Surf4Climate ?

En 2022, j’ai été sélectionné, pour participer à un programme d’échange aux États-Unis, Susi, soutenu par l’ambassade des États-Unis au Maroc et les autorités marocaines. Dans mon cas, le programme d’échange portait sur l’entrepreneuriat social. Quand je suis retourné au Maroc, on nous a suggéré d’implémenter dans le Royaume ce que nous avions appris pendant ce programme d’échange.

J’ai vécu pendant six ans à Essaouira. Pendant mes années de collège et de lycée, j’y surfais régulièrement. Et j’étais frappé par l’odeur d’essence et l’arrière-goût laissé par l’eau de mer. Ça me perturbait. L’endroit où je pouvais passer du bon temps était en fait gâché par cette pollution.

C’est de là qu’est venue l’idée de lancer une initiative qui permettrait de s’attaquer à ce problème. Avec mon project partner et meilleur ami Sékou Omar Ibrehima Keita, nous avons donc décidé d’organiser à Essaouira en janvier 2023 une première édition, qui était en quelque sorte un prototype.

Trois autres éditions ont ensuite eu lieu grâce à l’engagement des membres du bureau et de tous les volontaires.

Quel est le principe de Surf4Climate ?

Nous voulons joindre l’utile à l’agréable, c’est-à-dire faire en sorte que les participants fassent progresser leurs connaissances sur le changement climatique tout en s’amusant. Nous ne voulons pas que l’apprentissage ressemble à celui de la fac, où il peut être ennuyeux et monotone.

Le programme de l’événement est construit sur trois piliers. Le premier est les workshops, qui consiste en des présentations, du travail en groupe… autour du thème du changement climatique. Le deuxième pilier est la community action. Les participants vont à la rencontre des communautés vulnérables qui subissent les effets du changement climatique. En ville, on ne s’en rend souvent pas compte, mais le changement climatique signifie, pour beaucoup, des coupures d’eau, l’assèchement des champs, des modifications des espèces de poisson présentes au large…

Le troisième pilier est le surf. Cette activité « fun » met les participants au contact direct de l’environnement qu’ils étudient. En plongeant dans l’eau, l’environnement fait tout à coup un peu partie de soi-même. Les participants sont d’autant plus motivés à le protéger et à s’engager dans cette cause. Cet environnement devient le lieu de leurs loisirs, là où ils créent des liens d’amitié, fabriquent des souvenirs… La lutte contre le changement climatique devient alors plus personnelle.

Comment s’est déroulée la première édition, à Essaouira ?

La première édition, qui a duré trois jours, a posé les bases de toutes les autres. Chaque journée a correspondu à un des piliers que j’évoquais. Le premier jour, les participants ont pris part à des workshops sur le changement climatique, animés par des professeurs d’université, des ingénieurs, des doctorants… Ces workshops ont notamment porté sur la manière dont le changement climatique affecte les écosystèmes marins. Des ateliers de cartographie ont par exemple permis de constater l’évolution du trait de côte en utilisant des images satellite. D’autres ateliers ont abordé la question des oiseaux présents dans les zones humides ainsi que l’impact du changement climatique sur la migration de plusieurs espèces.

La deuxième journée a été consacrée à la community action. Les participants sont allés interroger des pêcheurs, des habitants de la ville, des touristes… Cela leur a permis de constater la manière dont chacun perçoit le changement climatique.

Enfin, la troisième journée a été dédiée au surf et à la présentation des travaux effectués les jours précédents. Cette restitution se fait notamment par des vidéos de 120 secondes, au format reels d’Instagram ou Tiktok, pour que ces résultats soient diffusés au plus grand nombre sur les réseaux sociaux.

Cette première édition a été suivie d’une autre à Essaouira et de deux autres à Tanger. Elles ont toutes eu le même schéma, que nous faisons légèrement varier à chaque fois.

Quel est le profil des participants à Surf4Climate ?

Ce sont principalement des étudiants à l’université. Nous favorisons ce profil, car les formations peuvent être assez techniques, mais également parce que certaines activités sont plus faciles à organiser quand les participants ont plus de 18 ans.

La première étape de la sélection est la diffusion d’une annonce sur les réseaux sociaux et dans notre réseau de participants aux anciennes éditions. Nous avons même constaté que certains professeurs d’université envoient leurs étudiants participer à l’initiative ! Ça démontre la qualité de nos activités, et notamment des workshops. Ensuite, nous évaluons les candidatures notamment sur la base de la motivation à renforcer leurs connaissances sur le changement climatique.


Ce sont entre 20 et 30 personnes qui sont sélectionnées à chaque édition, même si 50 personnes étaient présentes à la dernière édition !

Rémy Pigaglio

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