Dans une note publiée le 23 septembre par le Policy Center for the New South (PCNS), Francis Perrin analyse l’entrée prochaine de Chypre sur le marché gazier. Grâce au champ Cronos et aux infrastructures égyptiennes, le pays devrait devenir dès 2028 le troisième exportateur de la Méditerranée orientale.
Dans cette province gazière révélée au début des années 2010, Chypre a enregistré sa première découverte offshore dès 2011, avec Aphrodite. Mais il faudra au moins dix-sept ans pour qu’un champ entre en production. Ce sera Cronos, découvert en 2022 sur le bloc 6, détenu à parts égales par Eni et TotalEnergies. Les deux groupes ont pris la décision finale d’investissement le 28 juillet dernier. Estimées à plus de 85 milliards de mètres cubes, ses ressources en place permettront un plateau d’environ 5,2 milliards de mètres cubes par an. S’agissant du gaz de la région, « la principale difficulté n’est pas de l’extraire mais de le valoriser », souligne le Senior Fellow du PCNS. D’où le choix de s’appuyer au maximum sur l’existant, pour réduire délais, coûts et émissions. Le gaz sera acheminé vers le champ égyptien de Zohr, opéré par Eni, puis jusqu’à Damietta LNG. Il y sera liquéfié et exporté, surtout vers l’Europe, à hauteur de 2,8 millions de tonnes de GNL par an. Ce schéma marque « le début d’une plate-forme gazière régionale ». Eni défend cette idée depuis des années : « la patience du groupe italien est enfin récompensée », note l’auteur.
Une aubaine pour l’Europe, sous l’œil d’Ankara
Pour Nicosie, l’enjeu est budgétaire et stratégique. L’Union européenne doit renoncer au gaz russe d’ici à l’automne 2027. Pour elle, l’arrivée d’un fournisseur issu de ses propres rangs tombe à point, même si elle cadre mal avec l’objectif de neutralité carbone en 2050. D’autres projets se profilent : le développement d’Aphrodite devrait être lancé en 2027 pour une production en 2031, et ExxonMobil évoque 2033 pour le bloc 10. Reste l’inconnue turque. La Turquie, qui contrôle environ 36 % de l’île depuis 1974, estime que ces ressources doivent profiter à tous les Chypriotes, y compris les Chypriotes turcs. Elle a déjà envoyé des navires de prospection, voire de guerre, dans la zone économique exclusive chypriote.
