Football : La nouvelle industrie marocaine ?

Saâd Benwahoud Directeur général délégué FUS SA et Président délégué FUS section foot : « Je veux construire une structure solide avec l’Académie comme catalyseur. » 

Pourquoi le FUS vous a-t-il recruté, un banquier à la retraite ? 

À la fin de ma carrière j’étais directeur général adjoint. On connaissait ma rigueur, mon volontarisme… La banque a été une école. J’ai travaillé près de quarante ans dans une structure très respectée et très disciplinée, qui m’a aidé à devenir le manager que je suis. J’ai un côté perfectionniste et quand je prends un sujet en main, il faut que je le craque ! Maintenant ça fait deux ans que je suis dans ce monde, j’avance avec humilité, en discutant beaucoup. Les décisions sont prises de façon collégiale. 

Qu’est-ce que vous trouvez difficile dans ce monde ? 

Au niveau technique c’est le recrutement ou la libération des joueurs de l’équipe première. Et ce qui est le plus douloureux, c’est au niveau des enfants du centre de formation. Parmi eux, certains ont vécu dans des conditions douloureuses. Et chaque saison on doit en libérer environ quinze, quand il y a des problèmes de savoir être, côté études ou bien sportif. Au final sur les 120 membres de l’Académie le taux de sortie – vers l’équipe première ou la cession à un autre club – c’est 10 %. 

Combien coûte la formation de joueurs ? Combien rapporte leur vente ? 

Quand on additionne l’hébergement, la nourriture et la scolarité, chaque enfant coûte environ 20 000 euros par an. Et il y a 70 pensionnaires plus 50 externes dans l’Académie. À moyen terme, l’objectif est de passer à 80 voire 70. Pour la vente de joueurs, ces deux dernières années ça représente près d’un million d’euros par an. À ce sujet, je trouve le modèle du Stade Rennais très séduisant [NDLR : entre 700 et 800 millions d’euros de ventes de joueurs en dix ans]. Grâce à leur réseau de cinquante scouts à travers le monde, ils vont chercher la qualité et ils n’ont que 40 pensionnaires au Centre de formation. Au FUS pour l’instant nous avons deux scouts salariés, mais bientôt il y en aura sept : cinq au Maroc et deux autres pour se déplacer en Afrique. 

Le FUS est actuellement 9ème en Botola Pro, quelle stratégie pour relever la barre ? 

Je veux construire une structure solide avec l’Académie comme catalyseur. D’ici la fin de la saison 2027 on veut devenir un Centre de formation d’excellence. Ensuite en 2027 ou 2028 on souhaite que la moitié de l’équipe première ait été formée en interne. Et pour la Coupe du Monde 2030 on vise au moins deux joueurs du FUS en équipe nationale. En attendant pas de pression si l’équipe est en milieu de tableau. On vise le top 3 pour la saison 2028-2029. 

Comment atteindre si vite ces objectifs ? 

En arrivant j’ai trouvé un club structuré, avec des fondamentaux et une éthique. La priorité c’était de retravailler le Centre formation qui était en perte de vitesse. J’ai fait beaucoup de changements : près de 40 % des formateurs ont été libérés et j’ai ramené un nouveau directeur du Centre. Manuel Pires est ce que j’appelle un ouvrier du football, un profil passionné, très présent sur le terrain dans l’accompagnement des jeunes et la formation des formateurs. J’ai aussi recruté deux préparateurs mentaux à temps plein et un data scientist. Cette année lors des phases finales des compétitions, nos U13 sont arrivés en finale, les U15 en demi-finale et les U16 et U17 sont champions. On est en train de s’épanouir en suivant un modèle particulier, mélange de ce qui se fait de mieux au Portugal et en France. 

Qui sont les actionnaires de FUS SA ? Et quelle est la gouvernance entre association-mère et SA ? 

Plus de 99 % des actions sont détenues par l’association. L’association a son mot à dire, ses représentants sont toujours là lors des assemblées pour la présentation des rapports etc… Tout est concerté, maintenant toutes les décisions émanant de la SA. 

Quel est votre budget ? Quelles sont vos sources de financement ? 

Environ 50 millions de dhs par an pour l’équipe une et le centre de formation réunis. Côté recettes, les droits télé rapportent 8 millions de dhs, la vente de joueurs 10 millions de dhs, et les ventes de maillots 300 ou 400 mille dhs. Nous avons quatre sponsors : LafargeHolcim, Loterie nationale, Novec et Cosumar. Et le comité directeur met la main à la poche. On ne touche aucune subvention publique venant de la mairie ou de la wilaya. 

Après le titre en 2016, Tel Quel écrivait que le FUS avait « chamboulé les codes de gestion du foot national ». Que pensez-vous de cette réputation ? 

Ici c’est moi qui arrête les budgets, et depuis mon arrivée on termine chaque exercice presque 15 % en dessous du budget prévisionnel. On est très rationnel dans les dépenses. Pour l’achat des joueurs par exemple, on négocie en prenant énormément de précautions. Et on continue à rationaliser les niches, que ce soit pour l’entretien, l’équipementier, la restauration… Pour les pelouses j’ai des greenkeepers et tout est fait en interne, là où d’autres équipes sous-traitent. 

Et pour les salaires des joueurs ? 

Le salaire mensuel net maximum est de 25 mille dhs. On a environ deux-tiers des joueurs de l’équipe pro dans ce cas. Pour un jeune, le minimum est de 10 mille dhs, ça peut évoluer en cours de saison. C’est comme un salary cap auquel il faut ajouter toutes les variables : la prime de signature, les primes de match et de rendement ou encore l’indemnité de logement. Un joueur de l’équipe première gagne en moyenne entre 800 et 900 mille dhs par an. 

Combien ça vous coûte de jouer à Moulay El Hassan ? Allez-vous gérer l’exploitation de ce stade ?

Moulay El Hassan est un écrin, les travaux ont coûté environ 1 milliard 200 millions de dhs et je suis vraiment très satisfait du rendu. Pour les jours de match on est obligé d’avoir un staff d’au moins 80 personnes (sécurité, stadiers…) et au final chaque match nous coûte 60 mille dhs à chaque fois. Côté gestion, elle est assurée par une structure qui émane de la wilaya. Donc oui, on a des réflexions pour exploiter cet écrin, mais encore faudrait-il qu’on ait la main ! 

Cherchez- vous à attirer de nouveaux investisseurs ? 

Sans public aucun club n’est rentable. Nous on est content quand on vend 200 tickets… donc ce serait aberrant d’ouvrir le capital, c’est prématuré. Sincèrement depuis mon arrivée si je suis dépassé par une chose, c’est comment amener le public. Ça m’a choqué, j’ai toutes les peines du monde pour craquer ce sujet ! Mes prédécesseurs ne s’en sont pas occupés, les gens ont pris l’habitude de ne pas venir au stade. Les FAR ont pratiquement intégré tous les jeunes et de toute façon je veux un public familial. Comment les séduire ? Les r’batis sont particuliers. J’ai fait un sondage auprès de 200 parents dont les enfants jouent dans notre école de foot, en proposant une carte annuelle à 500 dhs pour les matchs à domicile. Ils répondent « on m’a boudé » et ils veulent qu’on les invite. 

Comment se passent les relations avec la FRMF, la LNFP et les autres clubs de Botola Pro ? 

Avec la Fédération ça se passe très bien. Avec la LNFP… Et du côté des présidents de clubs, il y a très peu de concertation et pas de collaboration. On se connait, on se voit lors de quatre ou cinq réunions annuelles mais chacun est obnubilé par les résultats. Si j’apprends qu’une équipe veut se séparer d’un joueur et que j’appelle pour proposer un prix, on va me dire « pourquoi pas » puis je découvrirai qu’il est parti ailleurs pour un prix inférieur à mon offre. Il est arrivé quatre fois la saison dernière, avec 3 présidents différents. 

Propos recueillis par David Le Doaré 

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