Bank Al-Maghrib : une économie plus solide, mais des défis persistants

L’économie marocaine a confirmé son redressement en 2025, dans un contexte international toujours marqué par les incertitudes. C’est le principal enseignement du rapport annuel de Bank Al-Maghrib, présenté le 20 juillet à Sa Majesté le Roi Mohammed VI par le Wali de la Banque centrale, Abdellatif Jouahri, lors d’une audience au Palais Royal de Tétouan.

Selon les données de l’institution, la croissance économique a atteint 4,9 % en 2025, portée notamment par un niveau élevé d’investissement. Cette dynamique s’est accompagnée d’une inflation maîtrisée, limitée à 0,8 % en moyenne, permettant à Bank Al-Maghrib de maintenir une politique monétaire accommodante. La Banque centrale a ainsi abaissé son taux directeur à 2,25 %, tout en poursuivant ses injections de liquidité au profit du secteur bancaire et en renforçant les dispositifs destinés à faciliter l’accès des très petites entreprises au financement.

Les comptes publics et les équilibres extérieurs ont également continué de s’améliorer. Le déficit budgétaire a été ramené à 3,5 % du PIB, grâce à la progression des recettes fiscales et au recours à des mécanismes de financement innovants. Le déficit courant est demeuré contenu, soutenu par les recettes touristiques, les transferts des Marocains résidant à l’étranger ainsi que les bonnes performances des exportations de phosphates et de l’industrie aéronautique. Les réserves officielles de change se sont, quant à elles, établies à 443 milliards de dirhams, représentant près de cinq mois et demi d’importations.

Si ces indicateurs traduisent la résilience de l’économie marocaine, ils ne suffisent pas à dissiper les fragilités structurelles. Abdellatif Jouahri a notamment relevé que les créations d’emplois, bien qu’en hausse, restent insuffisantes pour faire reculer sensiblement le chômage, qui s’est établi à 13 %.

Au-delà des chiffres, le Wali de Bank Al-Maghrib a insisté sur le décalage persistant entre les performances macroéconomiques et le ressenti d’une partie de la population. Un phénomène observé dans de nombreux pays, mais qui, selon lui, s’explique au Maroc par une amélioration encore insuffisante de l’emploi et par le niveau des inégalités sociales.

Dans ce contexte, il a plaidé pour un renforcement des effets d’entraînement de l’investissement privé, une poursuite des réformes structurelles ainsi qu’une montée en puissance des politiques de formation et d’éducation. Il a également rappelé les orientations du discours du Trône de 2025, dans lequel Sa Majesté le Roi soulignait qu’« il n’y a de place, ni aujourd’hui, ni demain, pour un Maroc avançant à deux vitesses », appelant à une meilleure répartition des fruits de la croissance.

Accélérer les réformes structurelles

Le rapport met également l’accent sur plusieurs chantiers jugés prioritaires pour renforcer la résilience du Royaume. Bank Al-Maghrib appelle notamment à un ciblage plus précis des politiques de soutien social au profit des populations les plus vulnérables, tout en préservant les équilibres budgétaires. À cet égard, Abdellatif Jouahri estime indispensable de poursuivre la rationalisation des dépenses publiques, d’accélérer la réforme de la loi organique des finances et d’engager celle des régimes de retraite, devenue, selon lui, incontournable.

L’institution insiste aussi sur la nécessité d’anticiper les risques liés aux mutations de l’environnement international. Elle recommande ainsi d’accélérer la constitution de réserves stratégiques de produits de première nécessité, conformément aux Hautes Instructions Royales, afin de mieux faire face aux perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales.

Autres priorités identifiées : l’accélération de la transition énergétique, appelée à réduire la dépendance extérieure du Royaume et à renforcer la compétitivité des exportateurs marocains face au durcissement des normes climatiques internationales, ainsi qu’une gouvernance plus efficiente des ressources hydriques, devenue essentielle dans un contexte de changement climatique.

Enfin, Bank Al-Maghrib souligne l’importance de poursuivre la mise en œuvre de la régionalisation avancée afin de favoriser l’émergence de pôles économiques régionaux et de réduire les disparités territoriales. Pour la Banque centrale, la consolidation des progrès réalisés ces dernières années dépendra de la capacité de l’ensemble des acteurs publics et privés à maintenir l’effort de réforme et d’investissement, dans une approche coordonnée et de long terme.

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