Quels seront les métiers de l’avenir au Maroc ?
Comme partout dans le monde, les nouveaux métiers seront ceux qui combinent une expertise « classique » et les nouvelles technologies. A titre d’exemples, nous parlons de médecin-ingénieur, d’éthicien de l’IA, etc. Nous assisterons également à l’émergence de nouvelles spécialités, dans des domaines clés, propres à chaque pays, alliant les priorités des régions et les nouvelles technologies, telles que le traitement d’images agricoles, l’utilisation de l’IA pour identifier et prédire la propagation des maladies et pandémies en santé publique, etc.
Quelle serala place de l’Intelligence artificielle dans ces métiers ?
L’IA occupera une place centrale et transversale à la fois. Comme déjà expliqué, elle augmentera les métiers et devrait être (c’est déjà le cas dans plusieurs disciplines) un outil précieux d’aide à la décision à ne pas confondre avec outil de prise de décision, car in fine, seul l’Homme devra être responsable de la prise de décision finale. Par ailleurs, l’IA affectera les métiers à travers les nouvelles méthodes d’apprentissage qu’elle offre, rendant les parcours de formation et de formation continue davantage individualisés. A titre d’exemple, le secteur de la relation client qui emploie des dizaines de milliers de personnes au Maroc risque d’être transformé par les chatbots (agents conversationnels) et les assistants vocaux.
Est-ce qu’il y a une articulation entre les diplômes académiques classiques et les compétences réelles exigées sur le terrain ?
Je dirais, actuellement, et pour mettre un chiffre, je dirai que c’est en adéquation à 50 % seulement. Le marché du travail évolue beaucoup plus rapidement que les changements des curricula malheureusement et n’est pas près d’attendre les grandes transformations de nos systèmes d’éducation. L’intelligence artificielle a modifié en quelques années le paradigme d’apprentissage et a mis en exergue la faiblesse (et parfois la fragilité) de nos systèmes d’éducation dans plusieurs pays dans le monde. Il est important de noter ici que le cloisonnement entre sciences dites « dures » et sciences humaines et sociales a engendré plusieurs failles au niveau de la formation et lorsque l’IA est arrivée sous toutes formes, elle a su exécuter des taches mieux que l’enseignant, prouvant que les nouveaux parcours de formation devraient rompre avec ces silos et plutôt créer des parcours techniques alliant esprit critique, philosophie, éthique, etc.
Quel rôle doit jouer l’orientation dans ce registre ?
L’enjeu n’est pas l’orientation mais les systèmes d’éducation et leur capacité d’adaptation aux changements.
Quels sont les tendances et les besoins des entreprises marocaines en termes de compétences, notamment sur le volet de l’IA ?
Comme partout dans le monde et quel que soit le secteur d’activité, nous parlons d’ingénieur.e en IA, en science de données, chef de projets IA, spécialistes en serveur, en cloud, etc.
Quel est le rôle de la formation continue et de l’apprentissage industriel ? Comment l’entreprise gère le décalage des attentes de la « Gen Z » (sens, flexibilité, éthique) ?
Le décalage entre les attentes et la réalité du terrain peut grandement être réduit grâce à l’IA puisque en « augmentant » l’employé, ce dernier pourra se libérer pour d’autres activités ou formes d’apprentissage. Encore faut-il que le milieu de travail soit assez mature pour accepter ces formes d’arrangements. Des pays ont commencé à penser il y’a plusieurs années au salaire universel qui devrait être rendu disponible à toute personne qui ne travaille pas et qui voudrait se libérer pour d’autres activités par exemple. La prise de conscience de l’impact de l’automatisation et des nouvelles technologies a été réfléchi en amont afin de réduire l’impact sur le marché du travail et améliorer la qualité de l’employé. En outre, les entreprises auraient grand intérêt à adapter la formation tout au long de la vie pour permettre aux travailleurs de développer les compétences en IA dont ils auraient besoin tout au long de leur carrière.
Est-ce que la dynamique au Maroc est la même que dans le reste du monde ?
Non, pas vraiment, nous sommes en avance sur certains pays en termes d’infrastructures et de taux de pénétration d’internet par exemple, notamment dans le continent africain. D’un point de vue législatif, nous sommes également en avance, il est utile de mentionner que le Maroc dispose de plusieurs atouts lui permettant de bien se positionner dans le domaine de l’intelligence artificielle. D’une part, le Maroc a été parmi les premiers pays africains et arabes à s’inscrire dans des initiatives multilatérales à travers l’adoption et la mise en œuvre des recommandations de l’UNESCO sur l’éthique de l’intelligence artificielle ainsi que le coparrainage de la première résolution onusienne sur l’intelligence artificielle. De l’autre, des lois fondamentales régissant l’environnement du numérique existent comme la protection des consommateurs, la cybersécurité, la protection des personnes à l’égard des traitements automatisés des données à caractère personnel, et ce malgré l’absence d’un cadre juridique spécifique encadrant l’utilisation de l’IA. Cependant, nous sommes loin derrière d’autres pays qui ont développé une stratégie nationale IA claire et ont d’ores et déjà commencé à récolter les fruits de l’application de cette feuille de route. Il est aussi important de mentionner que le secteur privé n’a pas eu beaucoup de difficultés à intégrer l’IA, grâce à la disponibilité des moyens financiers et la nature de la chaîne de prise de décision. L’enjeu est et demeurera les institutions publiques et gouvernementales.
