Le CESE appelle à limiter les pertes et gaspillage alimentaire

Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) appelle à accélérer la lutte contre les pertes et le gaspillage alimentaires au Maroc. Réuni le 11 mars 2026 pour présenter son avis intitulé “Pertes et gaspillage alimentaires au Maroc : ampleur du phénomène et enjeux pour une intervention efficace”, l’institution alerte sur un phénomène aux conséquences multiples, encore largement sous-estimé.

En ouverture, son président, Abdelkader Amara, a rappelé que cette problématique s’impose aujourd’hui comme un enjeu central, à la croisée des défis économiques, sociaux et environnementaux. “Les pertes et le gaspillage alimentaires posent la question de nos modèles de production, de distribution et de consommation”, a-t-il souligné, insistant sur la nécessité de mieux valoriser les ressources dans un contexte de tensions croissantes.

Tout au long de la chaîne alimentaire, les pertes restent importantes. Certaines filières agricoles, notamment les fruits, les légumes et les céréales, enregistrent des pertes allant de 20 % à 40 % entre la production et la mise à disposition des produits. À cela s’ajoute le gaspillage au niveau des ménages, qui atteint des volumes significatifs.

Un phénomène massif aux impacts multiples

Selon les données présentées par la rapporteure de l’avis, Mina Rouchati, les ménages marocains ont jeté près de 4,2 millions de tonnes de denrées alimentaires en 2022, soit environ 113 kilogrammes par habitant et par an. Un chiffre qui illustre l’ampleur d’un phénomène qualifié de “défi multidimensionnel”.

Au-delà de son impact sur le pouvoir d’achat et la disponibilité des produits, le gaspillage alimentaire pèse lourdement sur les ressources naturelles. “Plus de 1,6 milliard de mètres cubes d’eau sont mobilisés chaque année pour produire des denrées qui ne sont finalement pas consommées”, a-t-elle relevé, pointant un coût environnemental particulièrement élevé.

Face à ce constat, le CESE plaide pour un changement d’échelle. L’institution recommande l’élaboration d’un plan d’action ciblé, qui pourrait s’inscrire dans une future stratégie nationale

d’alimentation durable. L’objectif : agir de manière coordonnée sur l’ensemble de la chaîne, de la production à la consommation.

Parmi les pistes avancées figurent l’adoption d’une loi anti-gaspillage, une meilleure clarification des dates de péremption, ou encore la création d’un observatoire national chargé de centraliser les données et d’orienter les politiques publiques.

Le Conseil insiste également sur le rôle des infrastructures – notamment de stockage et de transport – ainsi que sur l’importance de soutenir les circuits courts, de favoriser les dons alimentaires et d’encourager les initiatives numériques et citoyennes.

Au-delà des mesures techniques, c’est bien une évolution des pratiques et des comportements que le CESE appelle de ses vœux. Un chantier de fond, qui touche autant aux politiques publiques qu’aux habitudes de consommation, et qui s’impose désormais comme un levier clé pour renforcer la souveraineté alimentaire du pays.

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