Pilote de la nouvelle stratégie du Maroc pour le cannabis légal, l’Agence Nationale de Réglementation (ANRAC) a pour mission de transformer une culture traditionnelle en une filière industrielle moderne et contrôlée en accompagnant et protégeant les agriculteurs, en mettant en place les certifications internationales et en encourageant l’innovation.
Créée par la loi 13-21, l’Agence Nationale de Réglementation des Activités relatives au Cannabis (ANRAC) est le véritable bras armé de l’État dans la mise en œuvre de sa stratégie. Sa mission est d’assurer la gouvernance et le contrôle de l’ensemble de la chaîne de valeur pour veiller à la conformité aux normes nationales et internationales à même de faciliter l’accès des produits de cannabis au marché mondial. Cela se traduit par quatre rôles principaux : la réglementation de toutes les activités, la délivrance des autorisations aux différents opérateurs de la filière, le développement de la filière et le contrôle de la qualité et de la traçabilité des semences dans le respect des normes de sécurité.
Concrètement, l’agence propose aux agriculteurs un accompagnement sur le terrain via ses services provinciaux. Cela consiste en un encadrement technique et réglementaire visant à sensibiliser les bénéficiaires et à les former aux bonnes pratiques agricoles et de transformation. L’ANRAC diffuse ainsi auprès d’eux les normes et exigences réglementaires nationales et internationales notamment dans le domaine de la production, de la transformation et de la commercialisation des produits de cannabis. Elle assure également une coordination administrative avec toutes les institutions concernées, comme les ministères de la Santé et de l’Industrie, les autorités locales, l’ONSSA (Office National de Sécurité Sanitaire des Produits Alimentaires), ou l’ODCO (Office du Développement de la Coopération, en charge du développement des coopératives), pour obtenir les différentes autorisations notamment celles d’exercice des activités de cannabis, d’enregistrement et d’exportation des produits de cannabis et de construction des unités de transformation et bâtiments de stockage.
Un axe fondamental de la mission de l’ANRAC est la protection des petits agriculteurs. Le cadre réglementaire, conçu pour éviter l’accaparement de la filière par de grands industriels, empêche l’intrusion de nouveaux exploitants dans les périmètres historiques. De plus, il impose aux opérateurs de s’approvisionner exclusivement auprès des coopératives. Ce mécanisme est renforcé par l’obligation d’établir une convention de vente claire sur les prix, garantissant ainsi aux agriculteurs une meilleure visibilité sur leurs revenus et la connaissance du prix de vente dès le départ. La loi va plus loin en offrant aux agriculteurs la possibilité de créer leurs propres unités de transformation pour valoriser eux-mêmes leur production et bénéficier des subventions agricoles de l’État.
Cap sur la compétitivité et l’innovation
En 2024, l’agence a mené différentes actions comme la mise en place des procédures réglementaires pour l’usage des semences de la variété locale Beldia, la mobilisation d’offres de financement pour les petits agriculteurs ou encore l’organisation de missions de prospection de marchés à l’international. Le plan d’action pour 2025 vise à consolider ces acquis et à renforcer la compétitivité du produit marocain. Un effort particulier est porté sur l’accompagnement des opérateurs pour un accès optimal aux marchés mondiaux, ce qui passe par l’obtention des certifications GACP (Good Agricultural and Collection Practices) et GMP (Good Manufacturing Practices). Le respect des normes techniques et réglementaires est indispensable pour obtenir la certification et l’homologation des produits de cannabis et garantir leur conformité aux normes internationales, condition sine qua non pour accéder au marché mondial et être compétitif. Dans ce sens, l’ANRAC a organisé plusieurs sessions de formation en faveur des opérateurs autorisés et des coopératives d’agriculteurs autorisées sur la certification GACP et GMP en concertation et avec la participation d’experts nationaux et internationaux en la matière. D’autres sessions de formation ont été également organisées par la Direction du Médicament et de la Pharmacie (DMP) en concertation avec l’ANRAC en faveur des opérateurs et des coopératives de transformation sur le protocole d’enregistrement des médicaments, des compléments alimentaires et des produits cosmétiques. Par ailleurs, l’ANRAC travaille en étroite collaboration avec les départements ministériels concernés, notamment la Direction du Médicament et de la Pharmacie relevant du ministère de la Santé pour l’enregistrement des compléments alimentaires et des produits cosmétiques, et l’ONSSA pour la certification des semences et la conformité des produits agroalimentaires. Enfin, la vision de l’ANRAC intègre une forte dimension d’innovation. Une convention-cadre signée avec l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P) en juin 2025 matérialise cette ambition. Ce partenariat stratégique doit permettre de développer la recherche sur les usages thérapeutiques et de mener un projet de caractérisation chimique et pharmacologique des composés actifs du cannabis, en lien avec leur efficacité potentielle dans le traitement de pathologies spécifiques. Cette collaboration prévoit l’usage d’approches combinant expérimentation, modélisation et analyse de données, afin d’explorer les conditions dans lesquelles ces substances pourraient contribuer à la prise en charge de certaines affections, dans le respect des exigences réglementaires et des normes de sécurité sanitaire. Un volet complémentaire inclut également la formation des chercheurs, médecins et pharmaciens et professionnels de santé, afin de renforcer les compétences nationales et d’assurer une intégration réussie de ces nouveaux traitements dans les parcours de soins. En parallèle, une convention spécifique a été signée avec le Centre Africain du Génome de l’UM6P, pour conduire un projet de caractérisation génétique de la variété locale Beldia dont l’analyse reposera sur des technologies de séquençage de nouvelle génération, avec pour finalité de caractériser cette ressource endémique, de garantir sa traçabilité, et sa protection par l’ANRAC.
Zineb Jamal Eddine
