« On peut parler d’industrie dans l’audiovisuel et le cinéma »
Mehdi Azdem, Chercheur en sciences humaines
Pouvez-vous nous parler de la genèse de l’étude « Quelles transformations pour les industries culturelles et créatives au Maroc ? »
Cette étude fait suite à une étude de marché commandée par la Délégation Wallonie-Bruxelles International et le bureau du Québec à Rabat. Elle concernait au départ trois secteurs : l’édition, les arts de la scène et les musiques actuelles. Un quatrième secteur a été ajouté. Il s’agit de l’audiovisuel. L’étude, principalement qualitative, intervenait dans un contexte pandémique. Un des objectifs était donc de faire émerger des chiffres économiques à propos de l’impact de la pandémie sur l’entrepreneuriat culturel.
De manière plus globale, l’étude visait à savoir si on pouvait parler d’industrie de la culture ou si nous étions encore au stade d’économie de la culture notamment en ce qui concerne les pistes de coopération culturelle à l’international. Pour répondre à cette question, nous avons fait du terrain pendant une année et interviewé des professionnels marocains et étrangers. L’étude a été articulée autour de cinq axes d’analyse pour donner lieu à notre matrice « GMPIN » (Gouvernance, Marché, Professionnalisation, Internationalisation et Numérisation).
Quelles sont les principales conclusions de l’étude ?
Cela dépend des secteurs. On peut parler d’industrie dans l’audiovisuel et le cinéma. Il s’agit de secteurs structurés avec l’existence de cartes professionnelles, d’entités publiques de tutelle, d’un marché. Ces secteurs sont ont donc un réel impact économique. Pour ce qui est des musiques actuelles, la situation est différente et le poids économique n’est pas aussi important. Pour exemple, les rappeurs vivent des streams et non pas des ventes de disques ou des tournées.
De plus, il n’existe pas beaucoup de labels locaux dans la musique. Quant aux arts de la scène, ils sont subventionnés à 100 % par l’État à travers le Ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, à des exceptions près telles que les standups qui se positionnent comme un marché de niche. Le secteur de l’édition est dans un entre-deux : il est en partie subventionné avec la présence d’un marché dont la professionnalisation est peu avancée. En revanche, la coédition et la traduction sont en train de se développer. La digitalisation peut contribuer à développer des secteurs culturels tels que les musiques actuelles et les danses urbaines.
Que représente l’informel dans les secteurs étudiés ?
Même si nous ne disposons pas de chiffres sur l’informel, il faut d’abord commencer par définir ce que l’on entend par informel. Est-ce un artiste qui travaille au noir, qui n’a pas de carte professionnelle, qui ne facture pas…? Un artiste professionnel est-il celui qui dispose de la carte professionnelle ou celui qui produit, se produit et vit de son art? À mon sens, le nombre de cartes professionnelles, avec ses trois composantes, artistes, techniciens et administrateurs, ne traduit pas la réalité du terrain et donc le nombre réel d’artistes travaillant dans ce pays.
Quels ont été les principaux axes structurants repérés par l’étude ?
Nous avons conclu l’étude sur l’importance de considérer six axes structurants afin de promouvoir les secteurs culturels qui ont fait l’objet de l’étude : la transversalité de la culture et la nécessaire convergence, la réforme du modèle de subvention publique, la libéralisation de l’audiovisuel, l’identification des entreprises des ICC et la reconnaissance des associations culturelles, la réforme du BMDA (Bureau marocain des droits d’auteurs) et la gestion des droits d’auteur ainsi que les défaillances structurelles à combler par la formation.
Nous avons émis également des enseignements et des recommandations telles que la numérisation du processus de l’octroi des cartes d’artistes, la ventilation de la tarification d’accès aux salles de spectacles (familles, étudiants, enfants) ou l’aménagement des infrastructures existantes. Nous préconisons aussi de faire la distinction entre les différents métiers culturels grâce à l’introduction de sous filières ou encore la formation professionnelle, sans oublier l’élargissement de l’éventail des métiers de la culture et les mesures d’accompagnement des jeunes dans l’entrepreneuriat culturel. Certaines de ces recommandations sont en train de voir le jour…
Entretien réalisé par Younes Baâmrani
Répartition des 3379 cartes professionnelles d’artistes du MCJS par région

