Plusieurs dizaines de milliers de femmes dans les campagnes et le périurbain ont intégré l’économie sociale et solidaire à travers des associations et des coopératives. Un secteur vital pour l’autonomisation des femmes dans les milieux les plus démunis du pays.
C’est dans les coopératives que l’on retrouve le taux le plus important de femmes entrepreneures. Selon le Ministère du Tourisme, de l’Artisanat et de l’Économie sociale et solidaire, en 2024, les femmes représentaient 32 % des adhérents des coopératives à l’échelle nationale. 7 730 coopératives sont entièrement gérées par des femmes. Selon la même source, « les coopératives féminines au Maroc ont continué de croître en nombre et en taille. En moyenne, chaque coopérative féminine comptait environ 20 membres ». Dans certains secteurs comme l’artisanat, la présence des femmes est même plus importante que celle des hommes.Dans le monde rural, mais également dans le périurbain, l’entrepreneuriat féminin se concentre dans les coopératives ou dans les associations. Ces dernières sont devenues avec le temps les structures les plus importantes d’autonomisation durable des femmes rurales qui sont souvent peu instruites. C’est dans les années 90 que le secteur a connu ses premières transformations et sa sortie du giron de la gestion publique. Puis, en 2014, la loi 112-12 sur les coopératives a encadré juridiquement les coopératives en facilitant leur accès aux financements et aux marchés.
Les produits du terroir à l’honneur
Ce qui est sûr, c’est que les coopératives ont permis à des milliers de femmes de sortir du travail non rémunéré, notamment dans l’exploitation agricole familiale.
Les coopératives se spécialisent surtout dans les produits du terroir comme l’huile d’argan, l’huile d’olive, l’apiculture, l’élevage, mais également dans la vente des plantes aromatiques et médicinales, l’élevage de volailles, la figue de barbarie, l’aquaculture des moules ou dans la transformation en produits cosmétiques.
Elles offrent souvent à leurs adhérentes un accompagnement visant à leur faire dépasser le stade de la survie et les aider à générer aussi bien des revenus que de nouveaux emplois. Certaines coopératives proposent des formations en gestion et en techniques de commercialisation, mais aussi des participations aux différents salons et foires qui exposent les produits du terroir. Dans la galaxie de l’Économie sociale et solidaire, les coopératives féminines ont ainsi participé à lutter contre la pauvreté pour les plus démunies des Marocaines.
Toutefois, ces structures font face à bon nombre de défis qui menacent leur croissance et leur pérennité, à commencer par les difficultés liées à la commercialisation des produits, à l’accès aux marchés nationaux et internationaux ou encore à la certification, certains labels bio ou équitables pouvant s’avérer difficiles d’accès pour de petites coopératives. En effet, celles qui ne disposent pas de certification ne peuvent pas prétendre aux marchés les plus importants, ni même participer à certains salons. Par ailleurs, nombreuses sont les coopératives qui ne sont pas formées au marketing, un aspect essentiel pour développer ces activités, ou encore à l’usage des nouvelles technologies, ce qui limite leur portée commerciale. Enfin, la non-qualification des adhérentes a une implication directe sur la gestion financière de ces structures avec comme principale conséquence une faible rémunération des membres. Il est donc essentiel de venir en aide aux coopératives à travers la formation à la gestion, au marketing et aux leviers numériques, à la certification, mais aussi à l’accès aux financements, notamment aux subventions et aux microcrédits.
Lalla Al Moutaâouina, Al Montija…
Plusieurs organismes soutiennent les coopératives en renforçant leurs compétences, en trouvant des solutions pratiques à leurs contraintes financières et en développant leurs réseaux de commercialisation. C’est le cas de l’Office du Développement de la Coopération (ODCO), un établissement public placé sous la tutelle du Secrétariat d’État chargé de l’Artisanat et de l’Économie Sociale et Solidaire, en charge du développement du secteur coopératif au Maroc, « à travers des programmes de formation spécialisés, la mise à disposition de sources d’informations, ainsi qu’une assistance technique et juridique. », peut-on lire sur le site Internet de l’office.
Le programme « Mourafaka » est une des initiatives de l’ODCO, qui prévoit le renforcement des capacités techniques et managériales de 2 000 coopératives. Autre exemple ciblant cette fois-ci exclusivement les coopératives féminines, « Lalla Al Moutaâouina » est un prix national qui permet à des centaines de coopératives féminines de se développer et met ainsi en avant des projets innovants portés par des femmes. Une distinction qui en est à sa sixième édition.
D’autres programmes sont portés par le Laboratoire d’Innovation Sociale (SIL) de l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P) : « Al Montija », le « Women Empowerment Center » (WEC) et « Femmpact ». Ils incluent l’idéation, le mentorat, mais aussi la gestion, le marketing digital et le développement des activités génératrices de revenu. Enfin, OXFAM Maroc, en partenariat avec l’Institut National de la Recherche Agronomique (INRA) et le Centre International de Recherche Agricole dans les Zones Arides (ICARDA), œuvre pour renforcer les coopératives à travers le projet MountainHer. Un programme qui « se concentre particulièrement sur les coopératives féminines productrices de céréales telles que le blé dur et l’orge, mais aussi sur la transformation de ces grains en produits alimentaires commercialisables comme le couscous. » Une expertise de renforcement des compétences des femmes qui va de la gestion entrepreneuriale à la logistique administrative en passant par l’accès aux financements et aux marchés, la vente et le marketing.
Younes Baâmrani
