Dossier spécial SIAM 2026

Agriculture : production animale, intrants et souveraineté alimentaire en articulation

Au croisement de la production animale, des intrants stratégiques et des équilibres extérieurs, l’agriculture marocaine redéfinit ses priorités productives. La séquence 2025–2026 éclaire les conditions réelles d’une souveraineté alimentaire adossée à des dépendances encore structurantes.

Au fil des campagnes récentes, la production animale s’affirme comme un amortisseur central de l’activité agricole, en particulier lorsque les rendements céréaliers se contractent. Les données du ministère de l’Agriculture indiquent que les filières animales contribuent à près de 30 % du PIB agricole en 2025, tout en assurant une part déterminante de l’emploi rural. Cette fonction stabilisatrice s’explique par une dynamique plus régulière des cycles d’élevage, moins directement corrélés à la pluviométrie que les cultures végétales. Pour autant, cette relative résilience repose sur un facteur souvent moins visible : l’accès aux intrants, au premier rang desquels les aliments composés et les fertilisants utilisés en amont des cultures fourragères L’équilibre de la production animale prolonge ainsi celui des systèmes de culture qui l’alimentent. Or, les données de l’Office des Changes montrent qu’en 2025, les importations de produits liés à l’alimentation animale, notamment les céréales fourragères, continuent de peser significativement sur la facture extérieure agricole. Ce lien direct entre élevage et dépendance aux intrants importés introduit une lecture plus nuancée de la souveraineté alimentaire. Celle-ci ne se limite plus aux volumes produits localement, mais s’apprécie à l’aune de la capacité à sécuriser l’ensemble de la chaîne productive. Dans cette équation, les fertilisants occupent une position particulière. Le Maroc dispose d’un avantage comparatif majeur à travers sa production de phosphates et d’engrais, pilotée notamment par le groupe OCP, qui a renforcé ses capacités industrielles et logistiques. Les données publiées en 2025 indiquent une progression des exportations d’engrais, consolidant la place du Royaume sur les marchés africains et internationaux.

Fertilisants, levier industriel et enjeu agricole

Ce positionnement à l’export coexiste toutefois avec un enjeu domestique plus discret : l’optimisation de l’usage des fertilisants dans les exploitations nationales. Les statistiques du ministère de l’Agriculture mettent en évidence des écarts persistants de rendement liés à l’intensité d’utilisation des intrants, notamment dans les zones bour. L’amélioration de la productivité agricole passe ainsi par une diffusion plus large de pratiques agronomiques adaptées, combinant fertilisation raisonnée et gestion de l’eau. Cette articulation devient d’autant plus déterminante que la volatilité climatique tend à accentuer les écarts de production d’une campagne à l’autre. À mesure que ces interdépendances se précisent, la souveraineté alimentaire prend une dimension plus systémique. Les données du HCP et de Bank Al-Maghrib publiées en 2025 soulignent que les importations de produits alimentaires restent sensibles aux variations des cours internationaux, en particulier pour les céréales et les intrants agricoles. Ce constat ne traduit pas une faiblesse ponctuelle, mais renvoie à la structure même du modèle agricole marocain, historiquement articulé entre productions destinées au marché intérieur et filières orientées vers l’export. L’enjeu ne réside donc pas uniquement dans l’autosuffisance, mais dans la capacité à arbitrer entre spécialisation productive, sécurité d’approvisionnement et compétitivité externe.

Une articulation au cœur du SIAM 2026

Le thème retenu pour la 18e édition du SIAM — « Durabilité de la production animale et souveraineté alimentaire » — s’inscrit précisément dans cette recomposition. Il met en évidence le rôle structurant de l’élevage, tout en soulignant les interdépendances avec les intrants, l’eau et les marchés internationaux. À travers cette grille de lecture, la durabilité ne se limite pas à une dimension environnementale. Elle renvoie à la capacité du système agricole à maintenir ses équilibres productifs dans un environnement marqué par l’incertitude climatique et la pression sur les ressources. L’analyse des dynamiques récentes suggère ainsi une inflexion progressive du modèle agricole marocain. La sécurisation des chaînes d’approvisionnement, la valorisation des avantages industriels dans les fertilisants et la consolidation de la production animale s’inscrivent dans une logique de rééquilibrage. Ce mouvement, encore en cours, ouvre une série de questions structurantes : intensification raisonnée, gestion des ressources hydriques, montée en gamme des filières animales et intégration régionale africaine. Autant d’axes qui structurent le présent dossier et permettent d’éclairer, au-delà des performances conjoncturelles, les transformations profondes de l’agriculture marocaine. 

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