L’activité portuaire au Maroc en forte croissance en 2023

209,4 millions de tonnes de marchandises ont été traitées dans les ports marocains en 2023, soit une hausse de 7,4 %. Cette activité est tirée par Tanger Med, qui est spécialisé dans le transbordement.

L’activité des ports marocains a dépassé, pour la première fois, les 200 millions de tonnes en 2023, a révélé début février le Ministère de l’Équipement et de l’Eau. Le trafic est passé de 195 millions de tonnes en 2022 à 209,4 millions de tonnes en 2023.

Le port de Tanger Med occupe une place centrale dans ces résultats, avec 92,8 millions de tonnes, c’est-à-dire un peu moins de la moitié du volume total de trafic portuaire du Maroc. Le complexe a aussi connu une croissance importante, avec +13,7 % de volume de transbordement des conteneurs par rapport à 2022 et +17,5 % d’hydrocarbures.

Une progression continue décorrélée de l’activité économique nationale

Ces excellents résultats sont davantage lié au positionnement de Tanger Med qu’aux performances de l’économie nationale. En effet, le port, qui tire notamment profit de son emplacement stratégique à l’entrée du détroit de Gibraltar, réalise principalement du transbordement de marchandises qui sont ni en destination ni en provenance du Maroc.

« Le transbordement est une activité qui surfe sur le système portuaire marocain, sans l’irriguer », résume Najib Cherfaoui, expert portuaire et maritime. Si l’activité portuaire nationale a en effet augmenté de 7,4 % en 2023, cette performance détonne avec celle de l’économie nationale, qui a cru de seulement 2,9 %, selon des chiffres provisoires du HCP. « Si Tanger Med réalise l’activité la plus importante en termes de tonnage, je ne le considère pas comme le premier port du Maroc. En raison de son intégration à l’économie nationale, c’est Jorf Lasfar qui doit être considéré comme tel, du fait de son activité liée aux phosphates », estime Najib Cherfaoui.

En 2020, l’activité portuaire avait déjà connu une hausse de 12,4 %, puis de 11,6 % en 2021 et de 1,5 % en 2022. Cette progression de l’activité portuaire pourrait cependant se tasser dans les années qui viennent. « La capacité de transbordement est désormais saturée. Il existe néanmoins un potentiel de développement au port de Casablanca », détaille Najib Cherfaoui.

Mise en service de Nador West Med en 2025

Plusieurs projets d’extension et de création de ports sont d’ailleurs prévus ou en cours de réalisation. Ceux de Nador West Med et Dakhla Atlantique sont les plus importants. Relayé par le site d’informations Médias24, le Ministre de l’Équipement et de l’Eau Nizar Baraka faisait, l’été dernier, le point sur ces chantiers, en réponse à une question d’un parlementaire. Le port de Nador West Med, dont le coût est estimé à 11,56 milliards de dirhams, était alors achevé à 85 %. Celui de Dakhla Atlantique, représentant un investissement de 12,65 milliards de dirhams, en était à la phase de préparation du chantier.

Selon Najib Cherfaoui, le port de Nador West Med, dont la mise en service est prévue pour 2025, bénéficiera du fait que Tanger Med est arrivé à saturation. Il doit aussi accueillir une importante activité liée aux hydrocarbures. « Mais j’estime que c’est le projet du port de Dakhla Atlantique qui sera le plus légitime. Il s’avère en effet que le terminal de [la compagnie maritime] MSC aux îles Canaries, qui fait du transbordement, est saturé ». Selon l’expert, Dakhla Atlantique, dont la mise en service est prévue pour 2029, pourrait ainsi être une alternative.

Rémy Pigaglio

Articles à la une