E-santé : quels sont les défis pour une santé connectée ?

 Par Omar Sefiani, CEO de Sobrus

Les technologies dans le secteur de la santé pullulent et les solutions innovantes ne cessent d’émerger en mettant le patient au cœur de leur évolution. Le changement des comportements des patients et la digitalisation des écosystèmes ont fait que le secteur de la santé a connu une mutation particulièrement importante ces dernières années.

Représentant près de 410 milliards de dollars d’investissement en 2022, la santé connectée est un secteur en plein essor dont l’ultime objectif est d’améliorer les conditions de travail des professionnels de santé et d’offrir des soins de meilleure qualité aux patients. Malgré leur nécessité et leur impact positif sur le quotidien du patient, la mise en place de ces technologies se caractérise toutefois par un certain nombre de défis.

L’interopérabilité dans le secteur de la santé

La question de l’interopérabilité dans le secteur de la santé constitue aujourd’hui une réelle entrave à la création d’un système de santé cohérent, intrinsèque et connecté.

Pour le bon déploiement de l’e-santé ainsi que ses différentes pratiques et usages, il est essentiel de faciliter les échanges entre les systèmes d’information, aussi hétérogènes qu’ils soient, et de fluidifier la communication entre tous les acteurs de l’écosystème.

Ce « sample Â» de sous-systèmes fragmentés conditionne l’utilisation des solutions innovantes de santé et, par conséquent, freine le processus de digitalisation du parcours santé du patient.

Pour pallier cette mauvaise circulation de l’information, l’Agence numérique en santé (ANS) a établi des référentiels d’interopérabilité à tenir en compte par les différents acteurs de ce secteur tels que le CI-SIS (Le Cadre d’Interopérabilité des Systèmes d’Information de Santé), le MOS (Le Modèle des Objets de Santé) et les NOS (Les Nomenclatures des Objets de Santé).

Le bon usage et la sécurité des données personnelles des patients

La data a créé aujourd’hui un nouveau paradigme dans l’écosystème de la santé, ce qui fait de son traitement et de sa protection un enjeu de taille. Le défi demeure considérable et réside dans la quantité colossale des données que les établissements de santé recueillent sans pour autant se munir des systèmes informatiques qui permettront leur gestion, leur traitement et leur protection. Cette carence des infrastructures technologiques ainsi que le manque de synchronisation des données ralentissent les diagnostics et nuisent à la qualité des soins.

Malgré le développement d’une pléthore de solutions, cette transition demeure freinée par un morcellement dans les usages.

Pour y remédier, un ensemble de réglementations a été mis en place par l’UE, notamment le RGPD qui requiert de nouvelles normes et exigences pour la collecte, l’utilisation et le stockage des données personnelles du patient.

Au Maroc, c’est la Commission Nationale de contrôle de la protection des Données à Caractère Personnel (CNDP) qui veille au respect des règles et conditions dans le cadre du traitement des données personnelles. En 2021, la CNDP a signé avec le Ministère de la Santé une convention visant à accompagner la mise en conformité avec la loi n° 09-08 relative à la protection et au traitement des données à caractère personnel ainsi qu’à renforcer la protection des données médicales des citoyens.

Dans cette optique, les établissements de santé et les organisations ne doivent pas négliger la question de la sécurité des données des patients et veiller à maintenir un niveau de sécurité élevé pour éviter toute sorte de cyberattaques dont les conséquences peuvent être très dommageables.

D’après une étude d’IBM, le coût associé aux violations de données des organismes de soins de santé était estimé à 408 dollars par enregistrement perdu ou volé, soit un montant trois fois plus élevé que la moyenne intersectorielle (148 dollars).

Les failles qui exposent les systèmes d’information à des cyberattaques sont multiples : non-application des normes de sécurité imposées, erreurs dans le développement de certains produits de santé, absence de formation des professionnels de santé…

En 2018, une erreur de codage logiciel a entraîné la diffusion accidentelle d’informations sensibles et confidentielles de 150 000 patients au Royaume-Uni.

De ce fait, toute entité qui crée des solutions de santé (logiciels, applications, dispositifs iOMT…) doit être vigilante lors de ses phases de tests et doit veiller à ce que tous les bugs soient détectés avant le lancement des produits.

Conduite du changement et formation à l’utilisation

Pour que la transition numérique puisse s’effectuer correctement, il est impératif que les acteurs reconnaissent l’e-santé comme une réelle discipline au service du patient. 

Aujourd’hui, on ne peut plus nier l’utilité des pratiques telles que la télémédecine, solution novatrice pour lutter contre les déserts médicaux, les applications de santé, qui permettent de connecter les différents acteurs du système, ou encore la réalité augmentée et la réalité virtuelle qui révolutionnent la visite médicale en offrant des diagnostics précis et spécifiques.

Pour permettre la bonne utilisation de ces dispositifs, aussi bien par les patients que par les soignants, les organisations doivent prévoir, au moment du déploiement de ces technologies, des formations dédiées aux professionnels de santé. Il s’agit d’une condition essentielle afin de s’assurer de leur bonne maîtrise et de pouvoir en exploiter toutes les possibilités à bon escient.

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