Des pluies bénéfiques… mais insuffisantes

Les pluies du mois de mars ont été accueillies avec un grand soulagement. Mais, bien que cela soit une excellente nouvelle pour l’agriculture et l’économie en général, elles ne suffiront malheureusement pas à résoudre le problème structurel de stress hydrique du Maroc.

113,9 mm de précipitations ont été enregistrés en moyenne du 1er septembre 2024 au 19 mars 2025, a annoncé Mustapha Baitas, Ministre délégué chargé des Relations avec le Parlement lors d’un point presse à l’issue du Conseil de gouvernement. Selon le communiqué de l’agence MAP, le porte-parole du Gouvernement a toutefois précisé que, bien que les précipitations aient enregistré un excédent de 88,1 % par rapport à 2024 (60 mm), elles affichent néanmoins un déficit de 18,3 % par rapport à la moyenne annuelle générale (139,3 mm).

Sur la même période, le volume total des apports en eau est estimé à 2981 millions de m3, soit un excédent de 57,5 % par rapport à 2024, mais un déficit de 60,5 % par rapport à la moyenne annuelle des apports en eau.

Selon le Ministère de l’Équipement et de l’Eau, au 28 mars 2025, le taux global de remplissage des barrages s’élevait à 37,92 % représentant un volume de 6,38 milliards de m3. On note également un déséquilibre entre les bassins hydrauliques : le barrage du Loukkos présente le plus fort taux de remplissage (61,63 %) tandis que celui d’Oum Er Rbia enregistre le plus faible (10,45 %).

La menace de la pénurie

Ces dernières années, le Maroc a vu les ressources en eau disponibles se rapprocher dangereusement du seuil de pénurie fixé à 500 m3 par habitant et par an. C’est pourquoi le Royaume a mis en place des plans d’urgence afin de faire face au changement climatique et à l’aggravation du déficit des ressources en eau (Plan National de l’Eau et Programme National pour l’Approvisionnement en Eau Potable et l’Irrigation 2020-2027). Lors d’une conférence organisée le 12 mars dernier par cercle des lauréats de Belgique et le Centre des Jeunes Dirigeants d’entreprises Maroc (CJD), Nizar Baraka, Ministre de l’Équipement et de l’Eau a présenté un bilan détaillé de la situation hydrique du Maroc, ainsi que les principales actions menées pour y faire face.

« Nous avons eu une hausse importante des températures moyennes. Ce réchauffement a un impact réel : nous perdons chaque jour 1,5 million de m3 d’eau en raison de l’évaporation. Au cours des six dernières années, en moyenne, la baisse des précipitations était de l’ordre de 75 % par rapport à la moyenne nationale historique », a-t-il indiqué. Selon le Ministre, les apports en eau de surface n’ont pas dépassé les 5 milliards de m3 ces 10 dernières années, alors que la moyenne annuelle depuis 1940 se situe à 22 milliards de m3. Il a aussi souligné la grande inégalité de la répartition des pluies sur le territoire marocain : 53 % des précipitations se concentrent dans seulement 7 % des territoires.

En ce qui concerne les nappes phréatiques, le ministre souligne le problème de surexploitation à hauteur de 2 milliards de m3. En raison de cette surexploitation, dans la région du Souss 40 000 hectares agricoles ne sont plus exploitables en raison de la salinisation des nappes.

Nizar Baraka a également alerté l’assistance par rapport au risque de pénurie d’eau dans les années à venir. Aujourd’hui, les ressources disponibles par habitant et par an se situent à 600 m3, d’après les données du dernier recensement, contre 2 600 m3 en 1960. « Si l’on poursuit sur cette tendance à l’horizon 2040 on se rapprochera des 500 mpar an par habitant, une situation de pénurie d’eau », a-t-il souligné.

Une accélération des chantiers d’infrastructures de production et de transfert d’eau potable

Face à la crise hydrique, le ministre a salué la politique de barrages mise en place depuis plusieurs décennies. Ces barrages ont, selon lui, été très utiles pour « lisser » l’impact des phénomènes météorologiques extrêmes qui se multiplient du fait du changement climatique, à la savoir la sécheresse, mais aussi les inondations.

« Le niveau des barrages a beaucoup baissé. L’année dernière, nous étions à 25 % de taux de remplissage. », a-t-il indiqué. Aujourd’hui le Maroc compte 154 barrages, dont 150 petits et moyens, représentant une capacité de mobilisation de 20 milliards de m3, sachant le niveau de remplissage global n’a pas dépassé les 4,5 milliards de m3 jusqu’en 2024. Le pays bénéficie également de 16 stations de dessalement d’eau de mer et de 17 ouvrages de transfert. Nizar Baraka a en outre mis en avant un taux d’accès à l’eau potable de 100 % en milieu urbain (avec 94 % de branchements individuels) et de 98 % en milieu rural (avec 40 % de branchements individuels). En ce qui concerne l’agriculture, le Maroc compte 2 millions d’hectares irrigués dont 892 000 hectares équipés de goutte-à-goutte.

Nizar Baraka a ensuite fait le point sur les différents axes de la stratégie visant à assurer les besoins en eau du pays. Le premier volet concerne le développement des eaux non conventionnelles avec l’accélération des chantiers des stations de dessalement et la généralisation de la réutilisation des eaux usées. 

« À l’horizon 2030, les stations de dessalement serviront l’essentiel des grandes villes littorales et couvriront 50 % des besoins en eau potable. Leur coût sera compétitif grâce aux énergies renouvelables », a-t-il annoncé. Les stations de dessalement produiront ainsi 1,7 milliard de m3 à l’horizon 2030 (dont 500 millions pour l’irrigation), contre 270 millions actuellement.

Un autre volet très important de la feuille de route nationale concerne les économies d’eau et la lutte contre les gaspillages, avec notamment l’amélioration des rendements des réseaux et la mise en place de programmes d’efficacité hydrique. 

Aujourd’hui, à cause des canalisations, les pertes s’élèvent à 30 % pour ce qui est des ressources d’eau potable et à plus de 50 % pour ce qui concerne l’eau d’irrigation.

Afin de faire face à la surexploitation des nappes phréatiques, le ministre annonce différentes mesures de gouvernance et de lutte les gaspillages, telles que la mise en place d’une gestion intégrée de l’eau et de contrats de nappe avec les usagers (quotas pour préserver les nappes souterraines). Une réflexion à long terme sera également menée dans une logique de planification au niveau de chaque bassin hydraulique à l’horizon 2050. À l’instar du mix énergétique, un mix hydrique permettra une gestion dynamique de l’eau à l’échelle nationale. Auparavant, suivant une logique de solidarité, l’eau était acheminée depuis les campagnes vers les villes. Désormais, l’objectif est d’assurer une répartition plus équitable au niveau des territoires en approvisionnant les villes par les stations de dessalement. Des ouvrages de transfert achemineront l’eau potable vers les villes intérieures.

Selon le ministre, cela garantira « la répartition plus équitable des ressources en eau avec une logique territoriale qui permet d’identifier quels sont les ressources mobilisables, les moyens de solidarité et les moyens d’économie pour une meilleure valorisation et une meilleure préservation des nappes souterraines pour le futur. »

Situation des principaux barrages au 28/03/2025

Source : Ministère de l’Équipement et de l’Eau http://maghreb-assoudoud.water.gov.ma/fr/site

Nadia Kabbaj

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