Défaillance d’entreprises en 2024 : Inforisk dévoile les résultats de sa dernière étude

3 questions Amine Diouri, Directeur Produits, Études & Communication chez Inforisk

D’après vos données, quels sont les secteurs d’activité qui enregistrent actuellement les taux de mortalité d’entreprises les plus élevés au Maroc ?

Sans surprise, compte tenu de leur poids dans l’écosystème des entreprises, on retrouve trois secteurs traditionnels dominants : le commerce, l’immobilier et le BTP. Ces secteurs, qui sont dans le top 3 des créations d’entreprises, se retrouvent logiquement dans le top 3 des défaillances avec les proportions suivantes : le commerce représente 33 % des défaillances, l’immobilier 20 % et le BTP 15 %. Au total, ces trois secteurs constituent près des deux tiers des entreprises défaillantes aujourd’hui.

Pour aller plus loin, j’ai analysé les activités spécifiques qui ont connu les plus fortes augmentations de défaillances entre 2023 et 2024. Voici le top 10 de ces activités :

1.        Les agences immobilières : +47 %

2.        La distribution d’articles médicaux : +40 %

3.        Les marchands de biens immobiliers : +38 %

4.        Les cabinets d’architectes : +36 %

5.        La distribution de matériel électrique : +34 %

6.        Les cafés : +33 %

7.        Les conseils en système d’information : +29 %

8.        Les menuiseries : +28 %

9.        Les salons de coiffure : +28 %

10.      Les sociétés de distribution de peinture : +26 %

Ce classement montre les activités qui ont connu les taux de croissance annuels les plus élevés en termes de défaillances sur cette période.

Comment évaluez-vous l’impact de l’inflation sur la santé financière des PME marocaines ?

L’inflation a joué un rôle non négligeable dans la dégradation des marges des entreprises marocaines. En effet, lorsque vous achetez des biens ou des matières premières qui entrent dans votre processus de production, le coût des intrants a fortement augmenté à cause de plusieurs facteurs, notamment la guerre en Ukraine et la sécheresse.

La situation est la suivante : si le coût des intrants augmente et que, au niveau du chiffre d’affaires, l’entreprise ne répercute pas complètement cette hausse, cela impacte directement sa rentabilité. Prenons un exemple concret : si une entreprise subit une augmentation de 10 % du coût de sa matière première mais ne répercute que 5 % sur son client final, elle dégrade mécaniquement sa marge de 5 % à coûts constants.

C’est précisément ce phénomène que nous observons actuellement. L’inflation a eu un impact manifestement négatif sur les marges d’exploitation et les marges nettes des entreprises marocaines.

Quelles sont les principales différences dans les causes de mortalité des entreprises entre la période post-Covid et les crises précédentes ?

Sur une période d’observation de 14 ans, depuis 2010, nous constatons un phénomène frappant concernant les défaillances d’entreprises au Maroc. Entre la période pré-COVID et post-COVID, à l’exception de 2020 qui fut une année exceptionnelle grâce aux prêts garantis par l’État (PGE), les défaillances ont augmenté de manière constante d’environ 15 % par an.

Cette tendance contraste avec la situation en Europe, où les défaillances post-COVID sont restées inférieures aux niveaux de 2019 pendant 2-3 ans, avec un rattrapage qui ne commence qu’en 2024-2025. Au Maroc, dès l’arrêt des PGE en mars-avril 2021, nous avons observé un effet de rattrapage immédiat. Les années 2022, 2023 et 2024 ont maintenu une croissance des défaillances similaire à celle de la période pré-COVID.

Pour comprendre cette situation, il faut analyser le contexte post-COVID où les entreprises marocaines, comme les entreprises mondiales, ont fait face à une succession d’événements macroéconomiques majeurs. L’impact du COVID s’est fait ressentir pendant environ un an et demi, principalement à travers une baisse du chiffre d’affaires et des arrêts d’activité. À partir de 2022, la guerre en Ukraine, l’inflation importante et l’augmentation du coût des intrants ont provoqué une dégradation significative des marges.

Ces événements ont particulièrement affecté deux aspects majeurs du compte de résultat. D’abord le chiffre d’affaires, principalement touché pendant la période COVID, puis les charges qui ont fortement augmenté en raison de l’inflation et de la nécessité d’ajuster les salaires pour maintenir le pouvoir d’achat, notamment avec une inflation dépassant 5-6 %.

Ainsi, depuis 2020, nos entreprises ont subi une succession de crises qui les ont affaiblies. Le fait qu’une croissance de 10 % des défaillances en 2024 soit considérée comme une « bonne année » illustre bien la situation. Sur le long terme, cela révèle une certaine fragilité du tissu économique marocain, particulièrement au niveau des TPME.

Rida Ançari

Étude Inforisk sur les défaillances 2024 – chiffres clés

  • 15 658 défaillances d’entreprises en 2024
  • +9,9 % de défaillances en plus par rapport à 2023 (+32 % à Rabat, +13 % à Marrakech et +9 % à Casablanca)
  • 99,1 % sont des TME, 0,8 % sont des PME et 0,1 % des GE
  • 5,1 ans : âge médian des entreprises défaillantes

Évolution du nombre de défaillances d’entreprises 2021-2024 :

Source : Inforisk

Répartition des défaillances par secteur d’activité :

Source : Inforisk

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