Défaillances d’entreprises : le Maroc en zone d’alerte modérée

Le rapport mondial 2025 sur les faillites d’entreprises, publié par Dun & Bradstreet en collaboration avec Inforisk, livre un constat préoccupant : les défaillances repartent à la hausse presque partout dans le monde. Le Maroc n’échappe pas à la tendance, mais affiche toutefois une résilience relative.

Alors que les faillites d’entreprises atteignent des niveaux historiques dans plusieurs pays, le Maroc enregistre lui aussi une hausse notable. Le rapport mondial 2025 sur les faillites d’entreprises, publié par Dun & Bradstreet en collaboration avec Inforisk, révèle que 15 658 entreprises ont été déclarées en situation de défaillance en 2024. Cela représente une augmentation de 10 % par rapport à l’année précédente, confirmant une tendance haussière enclenchée depuis la fin des aides post-Covid.

Cette évolution s’inscrit dans un contexte mondial tendu. Le rapport 2025 de Dun & Bradstreet sur les faillites dans le monde souligne que « les défaillances ont augmenté dans 7 pays sur 10 », tirées notamment par les économies développées. Aux Pays-Bas, les défaillances ont bondi de 52 %, tandis que la Suisse (+40 %), l’Australie (+33 %) ou encore la Belgique (+28 %) enregistrent également des hausses significatives. En comparaison, le Maroc reste dans une zone d’alerte modérée, mais non négligeable.

Un effet rattrapage, mais des signaux de fond

« Ce rebond des faillites à l’échelle mondiale s’explique d’abord par un effet de rattrapage post-pandémie, après une période de soutien massif aux entreprises », rappelle le rapport de D&B. Cependant, d’autres facteurs structurels sont à l’œuvre : tensions géopolitiques persistantes, resserrement monétaire, renchérissement du crédit et pressions inflationnistes fragilisent les trésoreries, notamment celles des PME.

Au Maroc, ces fragilités se traduisent par des difficultés d’accès au financement, un ralentissement de la demande intérieure et une dynamique exportatrice plus contrastée dans certains secteurs. Le rapport d’Inforisk souligne que « les petites entreprises représentent plus de 90 % des défaillances enregistrées », une tendance structurelle qui appelle des mesures ciblées.

Des écarts de résilience entre pays

Le rapport international met également en évidence des différences de résilience selon les régions. L’Amérique latine et l’Afrique subsaharienne restent en dessous des seuils critiques en matière de faillites, mais leur croissance demeure vulnérable. En Afrique du Nord, le Maroc apparaît comme un pays à la stabilité relative, mais qui pourrait voir sa courbe de défaillances se tendre davantage en l’absence de leviers d’amortissement.

D&B note par ailleurs que « les faillites d’entreprises au Maroc ont augmenté de 10 % entre 2023 et 2024, alors qu’à l’échelle du monde le taux de progression médian a été de 17 % », soulignant ainsi une performance relative du Maroc dans ce contexte tendu.

Perspectives pour 2025

À court terme, les prévisions restent prudentes. Dun & Bradstreet estime que « les faillites pourraient se stabiliser dans certains pays en 2025 si les politiques monétaires s’assouplissent », mais l’incertitude demeure forte. Pour le Maroc, la priorité semble être de renforcer les filets de sécurité pour les TPE et PME, notamment en matière de financement, de délais de paiement et de gouvernance.

Alors que le pays ambitionne de consolider sa base industrielle et d’attirer de nouveaux investisseurs, la soutenabilité du tissu entrepreneurial devient un enjeu central. La dynamique de croissance ne pourra se consolider sans une résilience accrue des entreprises face aux chocs systémiques. 

Rida Ançari

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