Rachid Benali : « Nous encourageons les agriculteurs à se tourner vers des cultures moins gourmandes en eau »

Rachid Benali, Président de la Confédération Marocaine de l’Agriculture et du Développement Rural (COMADER)

Quels sont les principaux objectifs que s’est fixé la COMADER pour moderniser le secteur agricole marocain et améliorer sa compétitivité ? Comment remplir ces objectifs en tenant compte des défis actuels tels que les changements climatiques et la pression démographique ?

La COMADER constate que nous arrivons aujourd’hui dans un contexte marqué par de nombreux déséquilibres et notamment la nécessité de produire davantage en offrant un prix plus intéressant pour les consommateurs et avec le minimum d’eau.

Alors que nous avions auparavant une dotation de 3,5 milliards de m3, cette année nous devons nous contenter de 600 millions de m3, un volume très réduit par rapport aux années précédentes. 

Nous devons intégrer cette contrainte en faisant en sorte que les cultures soient moins gourmandes en eau. Nous encourageons par exemple nos agriculteurs à s’orienter vers l’olivier au lieu des agrumes, des maraîchages, ou des fruits rouges… 

Le deuxième point très important est la lutte contre le gaspillage. D’ailleurs, le Conseil de la Concurrence est en train de travailler sur un dossier concernant le marché des fruits et légumes, un secteur qui consomme beaucoup d’eau et où il y a beaucoup de gaspillage.

Quels sont les efforts déployés par la Confédération pour encourager l’adoption de pratiques agricoles respectueuses de l’environnement et pour promouvoir la transition vers une agriculture plus écologique et durable au Maroc ?

En matière de durabilité, nous travaillons avec le ministère de tutelle, pour essayer de généraliser le semis direct [technique de culture sans labour permettant notamment d’éviter l’érosion des sols et de préserver leur fertilité et leur capacité à retenir l’eau, NDRL] ou au moins d’atteindre un million d’hectares cultivés selon cette méthode. Cela n’est pas facile, car les habitudes et la culture du travail sont ancrées. Si nous parvenons à un million, ce sera un énorme progrès, ce qui nous permettra d’économiser de l’eau. 

Par ailleurs, malgré les critiques concernant le goutte-à-goutte, nous poursuivons ce chantier, car c’est le moyen le plus fiable de rationaliser et d’économiser l’eau. Nous sommes passés de 120 000 hectares à 800 000 hectares irrigués par le goutte-à-goutte, bien que notre objectif soit d’atteindre un million d’hectares.

Le troisième point concerne l’utilisation des engrais azotés et autres intrants. Nous œuvrons pour une utilisation responsable de ces produits. Nous travaillons également sur une meilleure utilisation du gaz butane, ainsi que sur l’utilisation des énergies renouvelables. À ce sujet, nous souhaitons que les lois évoluent afin de permettre aux agriculteurs d’accéder plus facilement aux énergies vertes. 

Pouvez-vous nous parler des partenariats et des collaborations initiés par la Confédération avec d’autres acteurs nationaux et internationaux ?

Au niveau des partenariats, nous travaillons avec nos partenaires habituels, dont l’INRA, ainsi que les écoles d’agriculture, notamment l’Institut agronomique et vétérinaire Hassan II et l’École Nationale de l’Agriculture de Meknès. Nous sommes par ailleurs impliqués dans la recherche et le développement à l’échelle nationale et internationale, en collaboration avec l’ICARDA (International Center for Agricultural Research in the Dry Areas). Nous collaborons également avec l’ONCA (Office National du Conseil Agricole) sur les questions environnementales, ainsi qu’avec l’ONSSA (Office National de Sécurité Sanitaire des produits Alimentaires)sur tous les plans. Nous avons également des partenariats avec les établissements financiers tels que le Crédit Agricole, qui finance 95 % du secteur, et la MAMDA, qui est la seule assurance couvrant les aléas climatiques des agriculteurs.

En ce qui concerne les partenariats à l’étranger, nous avons conclu une convention avec la FNSEA (Fédération Nationale des Syndicats d’Exploitants Agricoles) en France. Nous envisageons de développer davantage cette relation et nous nous tournons également vers l’Afrique subsaharienne pour établir de nouveaux partenariats.

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