Nadia Laraki : «  le Maroc se démarque à l’échelle continentale par son niveau élevé de connectivité maritime »

Nadia Laraki, Directrice Générale de l’Agence Nationale des Ports (ANP)

Pouvez-vous nous éclairer sur le rôle que joue le secteur portuaire dans le développement socio-économique du Royaume ?

Les ports occupent au Maroc une place privilégiée en tant qu’instrument favorisant le développement économique et social, et jouent un rôle clé dans la chaine logistique du commerce extérieur du pays, dont plus de 98% des échanges se font par voie maritime. Les ports marocains sont en effet un point de passage quasi-obligé tant pour les importations de produits répondant aux besoins de la consommation intérieure et de l’industrie que pour les exportations nécessaires au développement de l’économie marocaine.

Avec une façade maritime de 3 500 km, qui s’étend sur les rives méditerranéenne et atlantique, le Maroc occupe une situation géographique exceptionnelle et constitue, de ce fait, un carrefour privilégié au croisement des grands axes de communication du monde. Cette localisation stratégique confère aux ports marocains une importance particulière au regard du positionnement du Royaume sur l’échiquier du commerce mondial.

De même, les ports marocains jouent un rôle stratégique dans l’aménagement du territoire et dans la création d’emplois en offrant aux différentes régions d’implantation des outils logistiques au service des activités économiques régionales et locales.

Afin de faire jouer aux ports leurs rôle de plateforme au service du commerce extérieur du pays et de locomotive du développement économique, le Maroc a réalisé des investissements importants afin de diversifier ses infrastructures portuaires et a introduit des changements profonds dans son organisation en vue d’améliorer l’efficacité de cet outil.

Le Royaume dispose aujourd’hui d’un réseau de 43 ports situés tout au long de son littoral, dont 13 sont ouverts au commerce extérieur. Ces ports, qui abritent des activités très variées (pêche, plaisance et commerce), contribuent fortement à la dynamique socio-économique de leurs régions.

L’importance stratégique des ports marocains peut également être appréhendé à travers le rôle central qu’ils ont joué dans la gestion de la crise sanitaire du Covid-19. En effet, grâce à la résilience et à l’agilité des places portuaires nationales, le Royaume a pu continuer à assurer, sans aucune interruption, l’approvisionnement de son marché intérieur en produits de première nécessité ainsi que l’acheminement de ses exportations vers le marché mondial.

Quels sont les contours et les objectifs du programme d’investissement de 2,6 milliards de dirhams sur la période 2024-2026, annoncé récemment lors d’une réunion avec le Ministre de tutelle, Nizar Baraka ?

Pour accompagner l’ambition du Royaume de disposer d’une présence maritime importante, comme cela a été confirmée par le Discours de Sa Majesté le Roi Mohammed VI à l’occasion du 48e anniversaire de la Marche Verte, le Maroc œuvre pour l’équipement de ses façades maritimes méditerranéenne et atlantique en infrastructures portuaires de haute qualité.

Pour ce faire, le Maroc a mis en place une stratégie portuaire ambitieuse en vue du développement de ses infrastructures portuaires à l’horizon 2030. Cette stratégie, dont le coût de déploiement est estimé à environ dix milliards d’euros, prévoit notamment la réalisation de cinq nouveaux ports, à savoir Nador West Med, Kenitra Atlantique, Nouveau Port de Safi, Dakhla Atlantique et enfin le nouveau port de Jorf Lasfar. Cette stratégie prévoit également l’extension des infrastructures des ports actuels, notamment à Casablanca, Jorf Lasfar, Mohammedia et Agadir ainsi que la requalification des anciens bassins portuaires, notamment à Casablanca, Tanger Ville, Kenitra, Safi…

En s’inscrivant dans la stratégie portuaire 2030, l’ANP a mobilisé plusieurs investissements, notamment à travers la création de nouvelles capacités portuaires et la préservation des infrastructures portuaires existantes. Dans le cadre de son plan de développement couvrant la période 2024-2026, représentant une enveloppe budgétaire de 2,6 milliards de dirhams, l’ANP compte poursuivre son effort d’investissement en vue de mettre à niveau les infrastructures portuaires existantes, de développer et diversifier l’offre portuaire à travers la création de nouvelles capacités et, enfin, de prendre en compte les impératifs liés aux transitions écologique et numérique.

Les principaux projets prévus dans le cadre de ce programme sont notamment la réalisation d’un troisième accès au port d’Agadir, l’extension du port de pêche de Laâyoune, l’électrification du quai de croisières au port de Casablanca, ou encore le confortement des ouvrages de protection et des quais.

Parallèlement à ces investissements dans les infrastructures, l’ANP poursuit le déploiement de projets portant sur la dématérialisation des processus, notamment à travers le guichet unique des procédures du commerce extérieur « PORTNET » permettant de fluidifier la chaine informationnelle, d’anticiper la programmation des escales…

Comment le Maroc peut-il selon vous parvenir à se hisser au rang des nations les plus développées en matière de transport et connexions maritimes, dans le cadre du grand chantier royal de la façade atlantique ?

Aujourd’hui, le Maroc se démarque à l’échelle continentale par son niveau élevé de connectivité maritime, notamment grâce à son positionnement sur les grandes lignes maritimes du commerce mondial.

L’ambition du Royaume, comme annoncé par Sa Majesté le Roi Mohammed VI lors de son dernier discours à l’occasion de la 48e anniversaire de la Marche Verte, est structurer sa façade maritime atlantique dans une logique de complémentarité et de synergie avec les pays africains, notamment du Sahel, pour offrir un accès maritime aux pays enclavés et renforcer la connectivité maritime avec les autres pays africains de l’Afrique de l’Ouest.

Ce grand chantier royal constitue une opportunité du fait de son originalité, de sa dimension et de ses retombées transfrontalières qui sont à la fois d’ordre économique, social et sécuritaire. Le Maroc dispose des atouts pour réussir ce défi, notamment depuis le lancement des projets de grande envergure dans les régions du Sud tel le Grand port de Dakhla Atlantique en eaux profondes, en cours de réalisation.

La déclinaison de cette vision royale passera par le renforcement des investissements dans les infrastructures portuaires et dans une flotte maritime nationale, mais aussi par le développement d’un réseau de plateformes logistiques, la formation des ressources humaines ou encore la facilitation des échanges.

Rida Ançari

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