Interview de Réda Chraibi, Partner associé chez Southbridge A&I
Quels sont les principaux choix stratégiques et la vision ayant abouti au Plan de Développement Régional (PDR) de la région Guelmim-Oued Noun (GON) ?
L’élaboration du PDR (Programme de développement régional) a consisté tout d’abord, sur le plan méthodologique, à réaliser, au niveau régional et central, un large travail de concertation avec l’ensemble représentations régionales, des ministères, des services déconcentrés, des opérateurs et investisseurs privés ainsi qu’avec des représentants de la société civile, y compris ceux issus de la forte diaspora de la région. L’objectif de cette écoute était de définir les attentes et les enjeux globaux de la Région et des 4 provinces qui la composent. Nous nous sommes notamment intéressés aux dynamiques qui animent la région à travers ses secteurs clés (produits de la mer, hydrogène vert, agriculture, économie sociale et solidaire, tourisme…), mais aussi aux aspects démographiques et culturels qui sont cruciaux. Nous avons également effectué un diagnostic sur l’habitat, les infrastructures, l’éducation, la santé et l’emploi.
En parallèle, il était impératif de veiller à s’inscrire dans la continuité et dans la convergence des autres exercices de vision et de planification : la vision royale qui a tracé les grandes orientations, puis l’ensemble des programmes, qu’ils soient au niveau national (Nouveau Modèle de Développement, stratégies sectorielles…), au niveau régional (Schéma régional d’aménagement du territoire-SRAT, Contrat Programme État-Région, Programme de Développement Intégré-PDI) ou encore au niveau local (Programme de Développement Régional – PDR et Plan d’Action Communal – PDC).
Ensuite, une vision à horizon 2027 a été construite avec le Conseil Régional et de Madame la Présidente Mbarka Bouaida afin de répondre, de manière cohérente et articulée, aux enjeux définis dans la phase de diagnostic [voir encadré ci-après]. Cette vision fixe des objectifs ambitieux tels que la création de plus de 50 000 d’emplois pérennes, avec un PIB régional multiplié par 3 à l’horizon 2035.
En quoi ce plan va-t-il permettre d’améliorer l’attractivité territoriale, notamment vis-à-vis des investisseurs potentiels ?
L’attractivité territoriale est l’une des prérogatives de la région. Le PDR permet de donner une visibilité aux investisseurs privés et institutionnels quant aux potentialités, aux grands enjeux et aux orientations de la région en termes de développement. Le PDR 2022-2027 de la région GON a ainsi clairement identifié les secteurs porteurs qui vont bénéficier d’un appui fort dans les prochaines années : les produits de la mer, l’ESS, l’agriculture et le tourisme.
Dans la continuité du Contrat-programme 2021-2023, le PDR met également l’accent sur la connectivité (voie express, renforcement du réseau routier, aéroport, lignes aériennes…) ainsi que sur les infrastructures à vocation économique (zones d’activités économiques, mise à niveau des ports, pôle de compétitivité de l’économie sociale et solidaire…). Toutes ces infrastructures vont permettre de valoriser les ressources régionales en connectant la région avec des marchés cibles, nationaux et internationaux.
Par ailleurs, en ce qui concerne les ressources humaines, différents projets visant à former des compétences qualifiées ont été lancés au sein de la région (CMC, ISTA, Faculté de médecine…). En parallèle, des bases de vie rendant la région attractive pour des profils qualifiés nationaux ou internationaux seront également créés (cliniques, écoles, connectivité, loisirs…).
Enfin, la qualité des services de l’administration constitue une attente forte des investisseurs. Le PDR tente d’y répondre à travers des programmes dédiés au renforcement de la gouvernance régionale (création de Société de Développement Régional-SDR dédiées au tourisme, à l’économie bleue et à l’hydrogène vert, programmes de formation des cadres de la région…), mais aussi à travers la mise en place de dispositifs d’appui. Citons notamment la création d’un fonds régional dédié à appuyer les investissements, en abondement de la Charte de l’Investissement, ou encore la mise en place d’un fonds de préservation du foncier pour les grands projets structurants dédiés à l’investissement.
A l’ensemble de ces projets, s’ajoute une démarche proactive de la région dans la recherche d’investisseurs et d’opérateurs. La région travaille ainsi à l’élaboration d’une stratégie de marketing territorial qui vise à créer une vraie marque régionale incarnant le positionnement de Guelmim-Oued Noun autour de l’énergie verte, de ses secteurs porteurs et de son patrimoine.
Quels sont les enjeux liés au futur pôle dédié à l’énergie verte ?
Forte d’un potentiel éolien et solaire énorme et d’une proximité avec l’Europe, la région de Guelmim-Oued Noun offre des atouts uniques pour devenir un pôle mondial de production d’énergie verte, et en particulier d’hydrogène vert. Partant de ce potentiel extrêmement différenciant, le PDR a voulu asseoir ce positionnement en visant la neutralité carbone dès 2035. La région s’inscrit ainsi comme un pilote pour le Royaume qui, dernièrement, à l’occasion de la COP28 de Dubaï, s’est engagé dans la voie du net 0 carbone à l’horizon 2050. Cette vocation régionale devait se matérialiser dès 2022-2027, avec des projets qui envoient un signal fort à l’ensemble de l’écosystème national et international. Il y a tout d’abord la création de la « GON H2 Valley », qui va devenir la « GON Green H2 Oasis ». Ce projet visionnaire illustre l’ambition de la région ainsi que sa volonté de devenir un partenaire actif pour ses investisseurs, qui, au-delà du foncier, offre un espace intégré et dédié aux projets pilotes et innovants autour de l’hydrogène vert.
Autrement dit, il s’agit d’un véritable laboratoire qui va rassembler l’ensemble des acteurs rassemblés en différents clusters de compétitivité : grands investisseurs, start-ups, pôles d’enseignement supérieur et de recherche… Ce projet doit positionner la région parmi les références mondiales de l’hydrogène vert, non seulement sur le volet de la production, mais aussi de ses multiples applications.
Cette attractivité s’est déjà traduite par un volume d’investissement potentiel phénoménal pour la région. L’enjeu pour la région est de créer les conditions de matérialisation de ces intentions d’investissements, en s’inscrivant pleinement dans une offre Maroc complète et ambitieuse. Il s’agira surtout de créer les conditions d’exportation de la ressource à travers l’appui à la construction d’un port dédié à l’hydrogène vert, de continuer le large travail d’assainissement du foncier au sein de la région, de créer un organe de gouvernance dédié à ces projets à travers la SDR Hydrogène Vert qui travaillera de concert avec le CRI, et, enfin, de veiller à l’amélioration des conditions cadres, en termes d’éducation, de santé et de loisirs. Ces mesures devaient ainsi augmenter sensiblement l’attractivité de la région pour les ingénieurs et cadres qui accompagneront ces grands projets. Enfin, si la région ambitionne de devenir un pôle de production d’énergie verte et d’hydrogène vert, l’enjeu national est d’attirer les investissements industriels fortement consommateurs en énergies.
C’est pourquoi le pôle H2V à Guelmim-Oued Noun doit être pensé de sorte à créer les bases industrielles à proximité, au sein de la région à travers les 4 à 7 zones d’activités économiques qui vont voir le jour. Tous ces projets doivent être conçus dans un souci d’intégration avec les régions voisines, notamment Souss Massa, afin de mutualiser les visions et les efforts. Cela permettra ainsi de bénéficier d’un écosystème industriel établi et plus mature depuis la déclinaison du Plan d’Accélération Industrielle (PAI) en vue de mieux capter et accompagner les grands investisseurs.

