Secteur de l’automobile au Maroc : cap sur de nouvelles opportunités

Filippo Sesia Della Chiesa Della Torre : « Casablanca était le choix le plus naturel pour implanter un centre R&D de Stellantis »

Le géant italo-franco-américain Stellantis a décidé en 2017 d’implanter un centre R&D à Casablanca. L’African Technical Center, qui emploie près de 800 ingénieurs, travaille désormais à la fois pour l’écosystème Stellantis au Maroc et pour tout le groupe. Les ingénieurs qu’il emploie sont en quasi-totalité marocains.

Entretien avec Filippo Sesia Della Chiesa Della Torre, Directeur de l’African Technical Center de Stellantis.

Pouvez-vous nous décrire le rôle de l’African Technical Center, le centre R&D de Stellantis installé à Casablanca ?

L’African Technical Center (ATC) est un centre technique complet qui couvre toutes les disciplines de l’ingénierie automobile. Sa mission principale est d’œuvrer au développement de l’activité de Stellantis dans la région Middle East Africa (MEA). L’ATC partage également son expertise et son savoir-faire avec les autres entités du groupe situées hors de la région.

Qu’est-ce qui a motivé l’implantation du centre au Maroc ?

L’ATC est implanté à Casablanca depuis 2017, bien que les relations entre le Groupe Stellantis et le Maroc soient plus anciennes. L’ATC a démarré son activité simultanément avec le lancement de l’usine Stellantis de Kénitra et alors que les fournisseurs étaient de plus en plus nombreux dans la région. Casablanca était pour nous le choix le plus naturel et le plus prometteur en raison de la bonne connexion avec l’Europe et surtout du vivier d’ingénieurs marocains de talent que l’on peut trouver sur la place. 97 % des ingénieurs employés à l’ATC sont d’ailleurs marocains et ils disposent tous d’une excellente formation.

Avez-vous bénéficié d’un appui des autorités marocaines ?
Oui. L’ATC étant installé dans la zone offshore de Casablanca, le gouvernement marocain nous a soutenus dès le départ. Nous avons ainsi bénéficié des avantages accordés dans le cadre de l’offshoring. Aussi, le Ministère de l’Industrie et du Commerce est à l’écoute de nos besoins et nous a accompagnés dans la mise en place d’un « Bench Testing Center » et d’un centre d’essais qui nous donne la possibilité de tester nos véhicules au Maroc.

Quels sont les principaux défis et difficultés que vous avez rencontrés depuis l’inauguration du centre ? 

Nous avons été confrontés dès le départ au développement rapide de l’activité de Stellantis au Maroc et des besoins en R&D. Nous avons ainsi dû accélérer nos programmes de recrutement et accroître le rythme de formation de nos ingénieurs, selon un process de planification très précis. Nous avons dû également faire appel aux compétences du groupe en Europe pour dispenser des formations techniques de haut niveau, mais aussi des formations en soft skills pour nos équipes managériales. Nous sommes aujourd’hui bien mieux structurés qu’à nos débuts, il y a six ans.

Pouvez-vous nous donner des exemples de produits Stellantis où l’activité du centre a été cruciale ? 

Ils sont nombreux ! Mais les plus importants, en particulier en ce moment, car ils sont liés à la stratégie globale du groupe au Maroc et dans la région MEA, concernent le travail réalisé sur la micromobilité. Cette dernière désigne les deux modèles de véhicules Citroën AMI et Fiat Topolino [des véhicules électriques sans permis produits à l’usine Stellantis de Kénitra, NDLR]. Ces deux modèles sont par ailleurs fabriqués intégralement au Maroc et leur commercialisation est en croissance rapide en Europe.

Un autre volet crucial de notre activité concerne les centres d’assemblage des véhicules ou « knock-down », situés en Afrique. Ces centres nécessitent un support régulier en techniques d’ingénierie que nous assurons entièrement.

Enfin, un troisième volet est lié à notre activité en Europe : nous assurons le suivi du cycle de vie de tous nos véhicules produits à Kénitra, en l’occurrence aujourd’hui la Peugeot 208. Ce suivi concernera à l’avenir tous nos véhicules produits au Maroc et commercialisés en Europe.

L’activité n’est donc pas seulement tournée vers l’usine de Kénitra, mais aussi vers l’ensemble du groupe ? 

Nous travaillons bien sûr avec notre usine au Maroc, mais aussi avec toutes les équipes R&D de la région MEA. De façon plus générale, nous collaborons avec l’ensemble des entités de l’ingénierie globale de Stellantis. Tous les technical centers du groupe ont vocation à être intégrés à une ingénierie plus globale. Il y a, de fait, une connexion permanente en termes de savoir-faire, de ressources, mais aussi de livrables. En résumé, l’ATC est une entité autonome totalement intégrée dans l’ingénierie globale de Stellantis.

Travaillez-vous aussi avec les équipementiers qui livrent le groupe Stellantis ?

Nous collaborons étroitement avec les équipementiers pour tout ce qui a trait au processus d’industrialisation, mais aussi à la conception de nos véhicules. C’est surtout le cas pour les produits et composants complexes. Nous avons mis en place des mécanismes de codesign très pointus qui nous permettent de mutualiser nos compétences pour développer des composants spécifiques selon nos propres standards. Cela permet de garantir une cohérence dans la chaîne de production de nos véhicules. Cette collaboration est strictement réglementée pour conserver le « know-how » des deux entreprises.

C’est donc un atout pour le centre de travailler à proximité des équipementiers installés au Maroc ? 

Absolument. La réussite d’un technical center est tributaire bien entendu de son activité en interne, mais aussi de la qualité du réseau d’équipementiers environnants.

Combien de personnes travaillent-elles à l’ATC ?

L’ATC compte à peu près 850 collaborateurs. Nous sommes quasiment tous des ingénieurs, spécialistes dans nos domaines respectifs : mécanique, moteurs, électronique… Nous avons aussi des équipes dédiées au project management et à la gestion administrative du centre.

Combien étiez-vous à l’ouverture du centre ?

Nous étions, si ma mémoire ne me fait pas défaut, environ 190 collaborateurs la première année.

Le centre va-t-il encore s’agrandir ?

Oui, c’est prévu ! Mais il est encore trop tôt pour fournir des chiffres exacts.

Quelle stratégie avez-vous mis en place pour attirer des talents ?

Nous avons bien sûr des objectifs quantitatifs de recrutement, mais nous sommes surtout en recherche permanente de profils de qualité. Nous recrutons de jeunes diplômés sortis d’école, mais aussi des talents expérimentés qui adhérent à l’ambitieux plan « Dare Forward 2030 » de Stellantis. Ce plan vise à accroître notre part de marché, proposer une meilleure offre pour nos clients et façonner la mobilité de demain…

En rejoignant Stellantis, on participe à une ambition plus grande de transformation de l’industrie automobile de demain. Nous avons donc besoin de compétences visionnaires et très motivées. Ce n’est pas un « job » comme les autres. Notre vision est celle d’une mobilité repensée, plus propre, et accessible à tout le monde.

Alors que l’industrie automobile vit de profondes transformations, les centres R&D comme celui de Casablanca vont-ils avoir, selon vous, un rôle encore plus central dans les prochaines années ?

Oui, à l’avenir, notre rôle sera de plus en plus important. D’autant plus que la transition technologique en cours augmentera considérablement notre trend d’activité au Maroc et dans la région MEA.

Aussi, du fait de nouvelles habitudes de travail à distance, nos ingénieurs bénéficient instantanément de l’expertise et du savoir-faire des autres entités R&D du groupe en Europe ou ailleurs, notamment les technologies liées à la propulsion électrique et thermique, la micromobilité, le management des prestations de véhicules, ou encore l’ADAS [système d’aide à la conduire, NDLR].

Entretien réalisé par Rémy Pigaglio

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