Quel impact socio-économique pour les grands projets ?

Ces dernières années, l’accélération sans précédent du rythme d’investissement en matière d’infrastructures pose aussi la question de l’impact de ces projets à plus ou moins long terme. Comment faire en sorte que ces investissements apportent le meilleur rendement sur le plan socioéconomique ?

Si l’utilité à long terme de toutes ces nouvelles infrastructures ne fait pas de doute, leur impact socio-économique est parfois mitigé. Durant les chantiers, de nombreux emplois sont créés, mais ceux qui doivent découler de la mise en place des équipements ne sont pas aussi nombreux que prévu. Le « Global Competitiveness Index » du World Economic Forum ne s’y trompe pas : s’il reconnait la qualité des infrastructures du Maroc, il souligne la faiblesse de l’efficacité du marché du travail.

En effet, la majorité des investissements concernent des équipements dont la rentabilité et l’impact socio-économique ne peuvent être appréhendés que sur une longue période. Pourtant, selon l’économiste El Mehdi Fakir (lire l’entretien), spécialisé en évaluation des politiques publiques, des progrès peuvent être accomplis en évaluant l’impact en amont puis en aval, d’un point de vue qualitatif et pas uniquement quantitatif. L’objectif de ces études est d’apprécier l’intérêt de l’infrastructure envisagée pour la collectivité et sa rentabilité.

La gouvernance en question

De même, des progrès peuvent être également réalisés au niveau de la gouvernance pour faire des choix plus rationnels et cohérents. Pour Hatim Benjelloun, fondateur du think tank Radius, « il y a besoin d’une convergence des politiques publiques à l’échelle nationale et locale. Des programmes tels que le Plan d’accélération industrielle, la Vision touristique 2020 ou le Plan Maroc Vert doivent tous aller dans le même sens. Il faut pouvoir trouver des synergies et sortir de la logique des plans sectoriels en silo. »

Le constat est le même au niveau local et notamment dans les grandes villes comme Casablanca, où les choix d’infrastructures sont cruciaux pour l’avenir. Pour Hatim Benjelloun, un nouveau modèle est à inventer : « les SDL (Sociétés de Développement Local) doivent être positionnées stratégiquement pour pouvoir converger vers quelque chose de cohérent. Mais ce point de convergence ne peut plus être au niveau des communes, qui sont sous-dimensionnées sur le plan humain et matériel. D’autres mécanismes institutionnels doivent être trouvés. »

La régionalisation pour progresser

L’une des clés de cette nouvelle gouvernance réside sans doute dans la Régionalisation avancée, qui constitue une autre dimension de la vision portée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI. En effet, comme l’explique le fondateur de Radius, « dorénavant les régions ont des prérogatives beaucoup plus fortes en matière d’investissement et de développement d’infrastructures ». Elles sont donc bien placées pour cerner leurs problématiques et y apporter des solutions adaptées. Dans les faits, en attendant l’application des textes, les régions manquent encore d’autonomie pour mener de grands projets, mais c’est une question de temps. Il faudra certainement encore aller plus loin pour tendre vers une véritable compétitivité territoriale, qui amènera chaque région à investir et se positionner selon ses atouts et opportunités.

Thomas Brun

 

 

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