Les quatre priorités des entreprises pour réussir la relance

Conjoncture a sondé l’avis de Présidents de fédérations sectorielles. Ces patrons ont identifié quatre pistes pour assurer une relance réussie. Détails.

La rentrée économique de cette année survient dans un contexte particulier marqué par un arrêt total ou partiel de plusieurs pans de l’économie. À titre d’illustration, les entreprises du commerce et services, qui représentent 17,7 % du PIB et 6,5 millions d’emplois, ont connu une dégradation de leur chiffre d’affaires allant jusqu’à 70 %. « Plus de 24 % des entreprises de ces secteurs ont dû mettre provisoirement ou définitivement leur activité à l’arrêt », indique la Fédération du Commerce et Services (FCS). Dans le secteur du BTP, la baisse du chiffre d’affaires est estimée à 20 %. Les industries culturelles devront aussi enregistrer une contre-performance avec une diminution de 70 % de leurs transactions.

Malgré ce climat morose, les entreprises sont à pied d’œuvre pour reprendre leurs activités. Cette reprise démarrée en douceur en juin dernier devrait s’accélérer à partir de septembre. Le succès de cette relance passe, selon les patrons interrogés par le biais de quatre priorités : préserver la santé en milieu professionnel, offrir une visibilité aux opérateurs de la part de l’État, maintenir la commande publique comme moteur de la croissance et, enfin, privilégier et développer le « Made in Morocco ».

Priorité n°1:préserver la santé en milieu professionnel

« Le virus restera parmi nous pour longtemps et les gestes barrières restent le moyen le plus efficace pour freiner sa propagation. Il faudra donc apprendre à vivre et à avancer avec cette  pandémie en gardant notre optimisme, tout en restant prudents et vigilants », constate Bouchra Outaghani, Présidente de la FCS. Pour permettre aux opérateurs de reprendre leurs activités dans des conditions de santé et de sécurité optimum, les différents secteurs ont développé guides et protocoles sanitaires à suivre. Même son de cloche du côté de David Toledano, Président de la Fédération des Industries des Matériaux de Construction (FMC) : « Plusieurs clusters ont été découverts au début de la reprise des activités. Grâce à la très forte réactivité des entreprises, les patrons ont été sensibilisés pour multiplier les tests et le respect des règles sanitaires et éviter l’apparition de nouveaux foyers de contamination. La santé en milieu professionnel est désormais une donnée fondamentale dans toute activité », insiste le Président de la FMC.

Priorité n° 2 : Donner une visibilité aux opérateurs économiques

« Pour relancer l’activité économique, nous n’avons pas besoin que d’argent. De la part de l’État, nous nous attendons à avoir une visibilité sur les différentes mesures annoncées. Sans cela, les acteurs économiques ne pourront pas reprendre leurs activités en toute confiance », alerte Abdelkader Retnani, Vice-Président de la Fédération des Industries Culturelles et Créatives (FICC). Ce secteur est quasiment à l’arrêt depuis le début de la pandémie. « Le secteur du livre va bénéficier d’un soutien du Ministère de la Culture de la Jeunesse et des Sports, mais d’autres secteurs attendent surtout des décisions fortes pour pouvoir reprendre leurs activités, comme les salles de cinéma », souligne Abdelkader Retnani. Pour la FCS, la visibilité passe par des mesures à impact immédiat sur la trésorerie des entreprises. Cette fédération propose le report de toutes les échéances bancaires, sociales et fiscales, et a préconisé leur étalement sur l’année 2021. Une mesure qui sera sur la table lors des discussions pour le PLF 2021.

Priorité n° 3 : maintenir la commande publique

En cette période difficile, où la demande globale se réduit comme une peau de chagrin, le salut ne peut venir que d’une commande publique forte. Les patrons interrogés le rappellent à l’unisson que « La relance vigoureuse passe par une commande publique maintenue et renforcée. C’est le moyen pour maintenir l’emploi dans plusieurs secteurs, notamment dans le BTP. La reprise des appels d’offres et des chantiers publics sera un bon signe pour le secteur privé pour maintenir aussi ses investissements » , estime David Toledano de la FMC.

Priorité n° 4 : mettre en place une préférence nationale

La commande publique ne peut être bénéfique pour la croissance locale qu’à travers une préférence nationale. C’est le sens du plaidoyer des patrons interrogés. Cette priorité fait partie d’ailleurs des engagements de l’État dans le Pacte pour la relance économique et l’emploi. L’État compte y accorder « une attention particulière » tout en veillant « au strict respect des engagements pris par le Maroc dans le cadre des accords d’association et de libre-échange ». Pour leurs parts, les entreprises sont appelées à jouer le jeu en « encourageant les produits finis ou intermédiaires, à fort contenu local » via leur valorisation et leur commercialisation.

Salaheddine Lemaizi

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