Entretien avec Lahcen Daoudi, Ministre de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche Scientifique et de la Formation des Cadres.

« Le lien avec les grandes entreprises se fait naturellement »

Les entreprises ont des besoins de plus en plus spécifiques en ressources humaines : comment adapter l’offre de formation à la demande ?
En matière de formation, il est impossible d’adapter parfaitement l’offre à la demande : le monde technologique avance et l’Université est toujours en train de chercher à le rattraper. Pour réduire l’écart, il nous faut anticiper en sachant quels vont être les investissements et les secteurs qui seront demandeurs. Nous ne devons plus attendre qu’une nouvelle entreprise s’installe pour commencer à former les ressources nécessaires. Par exemple, nous observons quels sont les nouveaux métiers aux États-Unis et nous cherchons immédiatement à nous préparer à ces innovations, même si la demande n’est pas encore là. Nous n’attendons plus l’arrivée des investisseurs pour mettre en place les bonnes formations, nous l’anticipons.

Comment le Maroc compte-t-il améliorer cette offre de formation et ainsi attirer de nouveaux investisseurs ?
Nous adaptons notre réflexion à la stratégie sectorielle du pays. Nous voulons être une plate-forme pour l’automobile, l’aéronautique, le ferroviaire, etc. Donc, nos universités doivent former à ces métiers. Mais ce n’est pas encore complètement le cas. Il existe des chaînons manquants que nous cherchons à identifier en vue de compléter l’offre. Pour cela, nous entretenons un dialogue constant avec le monde de l’industrie. Une circulaire vient d’être envoyée aux universités pour rendre obligatoires le prototypage, la plasturgie et la métallurgie : c’est l’ABC de l’industrie ! Il n’est plus possible de vouloir former pour demain et de ne pas tenir compte de l’innovation dans ces domaines. Il faut ouvrir des mastères dans tous les domaines innovants sans attendre. Par ailleurs, nous devons également améliorer notre communication. Si des investisseurs chinois arrivent au Maroc, nous n’allons pas leur parler arabe ou français. Nous devons donc introduire un peu d’anglais dans toutes les formations, y compris celles des techniciens à bac+2 ou bac+3.

Les liens directs entre universités et entreprises sont-ils encouragés ?
Oui, nous sommes en train de le faire : chaque université marocaine travaille maintenant avec des multinationales et se fait ainsi aider dans la construction des formations. Le lien avec les grandes entreprises se fait donc naturellement. Par contre, il y a plus de difficulté à impliquer les PME et PMI. Nous devons encore révolutionner les mentalités au Maroc pour tisser des liens avec ces entreprises-là, qui sont pourtant les plus nombreuses. Nous essayons de connaître leurs besoins pour maintenir certaines formations et développer celles qui le méritent. L’objectif est d’avoir un marché de l’emploi qui s’adapte bien.

Il y a également les formations du secteur privé : comment cette offre est-elle intégrée ?
Il en va de même pour le secteur privé à qui nous transmettons les informations en vue de l’associer à la démarche. C’est indispensable, car l’État ne peut pas former seul. Il y a une demande trop forte. Mais cela exige un investissement de la part de ce secteur. On ne peut plus se contenter du minimum, comme c’est trop souvent le cas dans bien des écoles ! Cela ne peut pas continuer, sinon tout le monde fait la même chose et personne ne répond à la demande. C’est ainsi que l’on forme des chômeurs. Il faut donc investir pour former précisément et de manière qualitative dans les domaines où il y a du travail et pleinement intégrer le secteur privé dans l’offre de formation du Maroc.

 Propos receuillis par Thomas Brun

 

Retrouvez l’intégralité de cet article dans la prochaine édition de la revue Conjoncture !

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