Automobile : quels sont les dispositifs de financement et les mesures incitatives ?

Le financement constitue l’un des piliers du succès du développement du secteur automobile au Maroc. L’État et son bras financier jouent leur partition. Les banques commerciales financent l’écosystème automobile à travers des instruments financiers spécifiques et adaptés.

Le Maroc table sur une capacité de production de 1 million de véhicules par an à partir de 2020. Pour atteindre cet objectif, les besoins de financement du secteur sont estimés à 60 milliards de dirhams pour la période 2016-2020. C’est dire si le financement de l’écosystème automobile est considéré comme l’un des facteurs déterminants pour la montée en gamme de la filière automobile marocaine. Et c’est du succès de ce financement que dépend la réussite de la stratégie automobile.

Conscient de cet enjeu, l’État a fait du secteur automobile une priorité en l’inscrivant dans les Métiers Mondiaux du Maroc. Le volet financement de l’écosystème automobile inclut, tout d’abord, l’aide à l’investissement de l’État qui

joue un rôle décisif. Dans ce cadre, il faut souligner l’apport du Fonds Hassan II qui a notamment subventionné le projet Renault Tanger à hauteur de 200 millions d’euros sous la forme d’un prêt à intérêt bonifié. En outre, l’État marocain a mis à disposition du constructeur un terrain de 300 hectares, ainsi un centre de formation au sein du site de Melloussa. Rien que pour ce projet, le dispositif étatique est estimé à 150 millions d’euros. Globalement, à travers ses diverses aides et subventions, l’État participe jusqu’à 15 % de l’investissement.

Fonds d’investissement industriel

Afin de faciliter le financement de l’industrialisation du Royaume dans le cadre du Plan d’Accélération Industrielle (PAI), l’État a mis en place un Fonds de Développement Industriel (FDI) de 20 milliards d’euros sur la période 2014-2020. Cela correspond à une dotation de 2,86 milliards de dirhams par an pour appuyer les métiers stratégiques du Maroc et tout particulièrement l’automobile. Ce fonds vise ainsi à consolider, moderniser et développer le tissu industriel marocain dans le but d’accroître sa capacité à substituer la production locale aux produits importés.

Par ailleurs, conscients des enjeux du développement de l’automobile dans l’accélération de la croissance industrielle nationale, les banques commerciales marocaines se sont engagées dès le départ à financer le secteur. Ainsi, aux côtés de l’État et de son bras financier, le groupe Caisse de Dépôt et de Gestion (CDG), Attijariwafa bank, Banque populaire et BMCE Bank of Africa ont contribué au financement du projet Renault Tanger à hauteur de 105 millions d’euros.

Banques et financement des écosystèmes

Les banques commerciales ont signé avec le Ministère de l’Industrie, de l’Investissement, du Commerce et de l’Économie Numérique et l’Association Marocaine pour l’Industrie et le Commerce de l’Automobile (AMICA) diverses conventions visant à financer les écosystèmes automobiles.

Pour les banques, il s’agit d’accompagner la filière automobile sur toute la chaine de valeur des services financiers et bancaires dédiés aux entreprises. En détail, les offres bancaires concernent le crédit de fonctionnement, les crédits d’investissement à moyen et long terme, les crédits de développement, les financements en devises, le leasing, le factoring, la location longue durée de véhicules ou encore les solutions de cash management.

Les banques ont ainsi mis en place des offres privilégiant une approche « clé en main » pour faciliter l’installation et la montée en charge des opérateurs.

Les bailleurs accompagnent le secteur

Pour ce qui concerne l’accès au foncier, Attijariwafa bank, BMCE Bank of Africa et la Banque Centrale Populaire (BCP) ont mobilisé 1 milliard de dirhams et mis en place un instrument de financement innovant, la Foncière Émergence, qui permet aux investisseurs souhaitant s’installer dans une Plateforme Industrielle Intégrée (P2I) de bénéficier d’une offre locative très avantageuse.

À noter que les crédits du secteur bancaire dédiés aux PME bénéficient des mécanismes de garantie de la Caisse Centrale de Garantie (CCG), ce qui atténue la charge financière des financements pour cette catégorie d’entreprises.

Enfin, les organisations et institutions financières internationales interviennent également dans le développement du secteur. À titre d’exemple, la Banque Africaine de Développement (BAD) a accordé, en juillet 2017, un prêt de 200 millions de dollars pour le financement de la première phase du Programme d’Appui à l’Accélération de l’Industrialisation au Maroc (PAAIM). Cet appui budgétaire sectoriel vise à améliorer la compétitivité du tissu industriel marocain et le financement des activités économiques industrielles. Des financements dont peut ainsi bénéficier le secteur automobile. De même, l’Agence Française de Développement (AFD) avait octroyé en 2010 un prêt de 20 millions d’euros pour le financement de 2 centres de formation automobile au Maroc.

Rachid Hallaouy 

 

CDG : le bras financier de l’État au cœur du développement du secteur

La Caisse de Dépôt et de Gestion (CDG) est un acteur clé du développement du secteur automobile marocain. Le bras financier de l’État a été d’un apport fondamental dans l’implantation de Renault au Maroc. La CDG a, en effet, mis sur la table près de 50 % du montant des investissements de départ qui s’élevait à 600 millions d’euros. La CDG, via sa filiale Fipar Holding, détient ainsi 47,6 % du capital de la société Renault Tanger-Méditerranée, le reste des parts étant détenu par le groupe Renault.

De même, le Groupe CDG détient une participation minoritaire de 5,63 % dans le tour de table de Peugeot Citroën Automobiles Maroc SA à Kénitra. Un projet qui va nécessiter un investissement de 555 millions d’euros.

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