Le Canada, un pays riche de sa diversité

Pierre-Olivier Roder, Coordonnateur du Service d'Appui aux EntreprisesEntretien avec Pierre-Olivier Roder, Chargé de Mission du Service d’Appui aux Entreprises, CCI Française au Canada

Quelles sont les spécificités du marché canadien ?Le Canada est le deuxième plus grand pays du mondeet s’étend sur près de 9 985 millions de km2. Il s’agitd’un marché très morcelé géographiquement. Celase reflète politiquement et économiquement, de parson statut d’état fédéral, qui confère de fortes compétences aux provinces (politique économique, aideau développement, législations) mais également culturellement. Au-delà des différences linguistiquesentre francophones et anglophones, on constate defortes différences culturelles et économiques entre les quatre grandes régions du pays, à savoir l’Ouest (Colombie-Britannique et Alberta), les Prairies (Saskatchewan et Manitoba), l’Est (Ontario et Québec) et les Maritimes/Provinces Atlantiques (Nouveau-Brunswick, Nouvelle-Écosse, Terre-Neuve-Et-Labrador et Île-du-Prince-Édouard).

Sans pour autant être un frein majeur au développement, cette situation n’est pas propice à la centralisation des activités des entreprises, à moins que celles-ci n’œuvrent dans un secteur d’activité qui ne soit présent que dans une zone géographique bien délimitée. Ainsi, de nombreuses entreprises étrangères ont dû mettre en place des partenariats d’affaires renforcés avec des acteurs locaux, ou assurer une présence sur plusieurs régions du pays pour assurer la pérennité de leur projet canadien.

Quels sont les grands projets du pays ? Quelle est sa stratégie en matière de commerce extérieur ?Le gouvernement de Justin Trudeau a annoncé des plans ambitieux d’investissement dans les secteurs des infrastructures, de l’énergie propre, de la santé, de l’éducation et de la culture. Si l’on ne parle que d’infrastructure, on s’attend à un investissement de près de 120 milliards de dollars canadiens sur 10 ans en projets de transport (travaux routiers, ponts, corridors frontaliers, aéroports, ports et transports en commun).

Conformément à la Stratégie commerciale mondiale du Canada, le gouvernement fédéral s’emploie à promouvoir les intérêts commerciaux canadiens en offrant de nouveaux débouchés aux exportateurs, investisseurs et innovateurs canadiens. Cette stratégie comprend un plan d’action commercial du Canada visant à favoriser la création d’emplois, la croissance et la prospérité à long terme et à garantir des modalités d’accès aux marchés concurrentielles pour les secteurs qui présentent des possibilités appréciables pour l’expertise et les produits canadiens. Il en va de même dans le sens inverse ; en effet, nous sommes hautement dépendants des échanges avec les États-Unis. Quelque 75,7 % des exportations canadiennes de marchandises, soit environ 20 % du montant du produit intérieur brut (PIB) canadien sont destinées à notre voisin américain. Le Canada a longtemps été le premier pays de destination des exportations américaines,

mais la Chine et le Mexique prennent une place de plus en plus importante dans le commerce avec les États-Unis. Cette situation pose un sérieux risque pour nos entreprises et notre économie et incite nos gouvernements (fédéraux et provinciaux) à encourager aussi bien le développement de nos entreprises à l’international que l’afflux d’investissement en provenance d’autres pays. Depuis le milieu des années 90, le Canada a signé plusieurs accords majeurs de libre-échange avec des pays du continent américain. De nombreux accords de libre-échange sont,

en outre, à l’étude avec des partenaires de premier plan en AsiePacifique, dans les Caraïbes, au Proche-Orient et, bien sûr, avec l’Union européenne (dont les premières dispositions entreront en vigueur dès avril 2017). Un projet d’accord de libre-échange avec le Maroc avait également été étudié entre 2009 et 2012, mais rien de concluant jusqu’à aujourd’hui.

Quelles sont les opportunités pour les opérateurs et investisseurs marocains ?En 2012 (dernières statistiques à date), les échanges bilatéraux de marchandises entre le Canada et le Maroc se sont élevés à 522,6 millions de dollars, dont 368,5 millions de dollars pour les exportations canadiennes vers le Maroc qui se principalement composées de blé ainsi que de combustibles minéraux. Les importations canadiennes en provenance du Maroc ont, pour leur part, totalisé 154,1 millions de dollars en 2012. Il s’agit, en grande partie, de fruits comestibles (majoritairement des agrumes), de produits minéraux, de vêtements tissés et d’engrais. Le Canada reste aujourd’hui un marché porteur pour les secteurs des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication, de l’Aérospatiale, de l’Automobile, de la Pharmacie et des Biotechnologies, de l’Énergie et de l’Agroalimentaire.

Que conseillerez-vous aux entreprises marocaines qui souhaitent s’implanter ou exporter au Canada ?Selon la Banque mondiale, le Canada est classé deuxième (derrière les États-Unis) sur le continent américain au regard de la facilité à y faire des affaires. Cependant, la démarche à l’export, et plus précisément à destination du Québec, n’est pas aussi facile qu’il y parait. Les entreprises ont tendance à choisir de s’implanter et à faire des affaires au Québec en partie en raison de la proximité de la langue, mais ce n’est souvent qu’un leurre. Les façons de travailler, de conclure des affaires, ainsi que les codes de communication sont très différents de ce que l’on peut retrouver en Europe francophone. C’est pourquoi il est important d’être accompagné par des personnes qui ont une grande connaissance du terrain local afin d’éviter les écueils.

Articles à la une