Le 2 avril dernier, Donald Trump a signé un décret mettant en place une grille de nouveaux tarifs douaniers calculés pour chaque pays selon un « principe de réciprocité ». Cette date, que le président américain a baptisé « Liberation day » ou « jour de la libération », acte définitivement l’ère ultra-protectionniste ouverte depuis son investiture.
Une punition pour tous les pays qui ont « trop largement profité des États-Unis » ? Donald Trump justifie encore une fois sa décision de relever les barrières douanières par le fait que tous les pays dont les balances commerciales sont déséquilibrées, au détriment des États-Unis, doivent désormais en payer le prix. Pour les spécialistes, la grille de calcul de ces nouveaux tarifs douaniers ne semble pas refléter la réalité des taxes effectivement appliquées par les pays en question. Bien que le calcul des tarifs douaniers soit complexe (en fonction des accords de libre-échange et des réglementations spécifiques à chaque pays), les nouveaux taux qui seront appliqués par les États-Unis semblent pour le moins disproportionnés. Selon certaines spéculations, le président américain aurait appliqué une pondération des taux en fonction du déficit de la balance commerciale enregistré avec chaque pays.
Des taxes allant de 10 à 64 %
Désormais, tous les produits entrant aux États seront taxés de 10 % supplémentaires, quelle que soit leur origine, à l’exception des hydrocarbures, des médicaments et de certaines matières premières indisponibles localement. À partir du 9 avril, certains pays ou régions se verront appliquer des droits de douane spécifiques (voir encadré ci-après). Le Canada et le Mexique ne sont, pour le moment, pas concernés. La Chine, qui avait entamé en février dernier une procédure de règlement des différends auprès de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), sera touchée par un taux supplémentaire de 34 % (venant s’ajouter aux 30 % déjà appliqués), ce qui porte le taux global à 64 %. En réponse, elle a annoncé à son tour 34 % de droits de douane supplémentaires sur les produits américains ainsi que des restrictions à l’export de terres rares et l’inscription de nouvelles entreprises américaines à sa liste noire. L’Union européenne subira quant à elle une taxation supplémentaire de 20 %. Dans une déclaration, le 3 avril dernier, Ursula von der Leyen, Présidente de la Commission européenne a qualifié la décision de Donald Trump de « coup dur pour l’économie mondiale ». Elle assure que l’Union européenne est prête à négocier avec les États-Unis, mais aussi à « réagir ». Tout en souhaitant passer de « la confrontation à la négociation », elle a annoncé la mise en place de contre-mesures si les négociations venaient à échouer. Ne figurant pas sur la liste des droits de douane spécifiques, le Maroc est quant-à-lui taxé à 10% alors même qu’il a signé en 2006 un accord de libre-échange avec les États-Unis et que, dans ce cadre, sa balance commerciale est largement déficitaire.
Une guerre perdant-perdant ?
Bien que Donald Trump promette, qu’après une période « d’ajustement », l’économie américaine sera prospère comme jamais, l’inflation risque d’atteindre des sommets. Avec l’application de ces nouveaux droits de douane qui touchent une large part des biens de consommation courante, les Américains devront débourser en moyenne chaque année en 2000 et 4000 dollars de plus, ce qui risque de fragiliser davantage les plus démunis. L’impact positif sur l’économie américaine semble ainsi pour le moment assez incertain. Preuve en est la réaction immédiate de la bourse américaine qui a une nouvelle fois dévissé à l’annonce des nouveaux droits douaniers, suivie par les autres places financières internationales après l’annonce de la riposte chinoise.
Difficile de savoir à l’heure actuelle quel sera l’impact sur l’économie mondiale de cette décision. Le Président américain peut encore changer d’avis, comme ce fut déjà le cas précédemment, utilisant souvent l’annonce de décisions radicales comme technique de négociation, avant même d’entamer toute discussion. Dans tous les cas de figure, un paramètre restera immuable : l’aversion prononcée des marchés financiers pour toute source d’incertitude.
| Pays | Droits douaniers supplémentaires |
| Afrique du Sud | 30 % |
| Algérie | 30 % |
| Angola | 32 % |
| Bangladesh | 37 % |
| Bosnie-Herzégovine | 35 % |
| Botswana | 37 % |
| Brunei | 24 % |
| Cambodge | 49 % |
| Cameroun | 11 % |
| Chine | 34 % |
| Corée du Sud | 25 % |
| Côte d’Ivoire | 21 % |
| Guinée Équatoriale | 13 % |
| Guyane | 38 % |
| Ile Maurice | 40 % |
| Iles Fidji | 32 % |
| Iles Malouines | 41 % |
| Inde | 26 % |
| Indonésie | 32% |
| Irak | 39 % |
| Israël | 17 % |
| Japon | 24 % |
| Jordanie | 20 % |
| Kazakhstan | 27 % |
| Laos | 48 % |
| Lesotho | 50 % |
| Libye | 31 % |
| Liechtenstein | 37 % |
| Macédoine du Nord | 33 % |
| Madagascar | 47 % |
| Malawi | 17 % |
| Malaisie | 24% |
| Moldavie | 31 % |
| Mozambique | 16 % |
| Myanmar/Birmanie | 44 % |
| Namibie | 21 % |
| Nauru | 30 % |
| Nicaragua | 18 % |
| Nigeria | 14 % |
| Norvège | 15 % |
| Pakistan | 29 % |
| Philippines | 17 % |
| République démocratique du Congo | 11 % |
| Serbie | 37 % |
| Sri Lanka | 44 % |
| Suisse | 31 % |
| Syrie | 41 % |
| Taiwan | 32 % |
| Tchad | 13 % |
| Thaïlande | 36% |
| Tunisie | 28 % |
| Union européenne | 20 % |
| Vanuatu | 22 % |
| Venezuela | 15 % |
| Vietnam | 46 % |
| Zambie | 17 % |
| Zimbabwe | 18 % |
