Une relance royale pour l’économie marocaine

C’est une mobilisation tous azimuts pour relancer l’économie. Au menu : Plan de relance royal traduit en Pacte pour la relance économique et l’emploi. 26 engagements ont été pris pour retrouver le chemin de la croissance et de la confiance.

C’est un plan de relance qui prend toute la mesure de la période critique que traverse l’économie mondiale et nationale dans le contexte du Covid-19. Cette feuille de route publique post-confinement est une lueur d’espoir pour les opérateurs économiques dans un climat saturé par les incertitudes. Les chiffres annoncés sont prometteurs : 120 milliards de dirhams, soit 11 % du PIB, seront injectés dans l’économie nationale sous forme de fonds publics et de crédits garantis (voir schéma n° 1). Les premières mesures dévoilées le 4 août dernier par Mohamed Benchaâboun, Ministre de l’Économie, des Finances et de la Réforme de l’Administration, font partie du plan de relance de l’économie nationale annoncé par Sa Majesté le Roi Mohammed VI lors du discours du Trône du 30 juillet dernier. Ces mesures visent autant des objectifs macroéconomiques que des cibles micro-économiques permettant d’irriguer le tissu entrepreneurial. « L’élaboration d’un plan de relance global et intégré comprend des mesures transverses tout en tenant compte des spécificités sectorielles », a indiqué Mohamed Benchaâboun. « L’objectif étant d’accompagner le redémarrage progressif de l’activité des différents secteurs de l’économie et de créer les conditions propices pour une relance vigoureuse à la sortie de la crise », a-t-il ajouté. Ce plan constitue une mesure opérationnelle pour réaliser cet objectif.

Priorité de la relance : préserver le tissu économique

« Au premier chef, il importe d’initier un plan ambitieux de relance économique pour permettre aux secteurs de production de se remettre d’aplomb, d’accroître leur capacité à créer des emplois et à préserver les sources de revenus », avait appelé le Souverain lors du discours du Trône.

Ce « cahier de charges » royal fixe le cap de ce plan de relance : le soutien et l’accompagnement aux entreprises, les PME en premier lieu. Conscient des contraintes budgétaires, le Gouvernement s’est attelé à préparer dans un temps record un montage financier mobilisant « tous les moyens disponibles en termes de financements, de dispositifs d’incitation et de mesures de solidarité, en vue d’accompagner les entreprises, essentiellement les petites et les moyennes qui constituent le maillon central du tissu économique national », avait insisté le Souverain lors de cette même allocution.

Plan de relance : soutien à la grande entreprise comme à la TPME

Le montage financier de ce plan se base sur un mix entre financement public et privé. Le premier pilier sont les crédits garantis par l’État qui représentent une enveloppe prévisionnelle de 75 milliards de dirhams à mobiliser par le secteur bancaire. Cette manne sera injectée dans le circuit économique dans l’espoir de maintenir à flot les entreprises en difficulté et de redémarrer la machine économique sur des bases solides. Ce nouveau dispositif de financement a, entre autres, pour objectif de permettre reconstituer les fonds de roulement des grandes entreprises et des PME et de réduire ainsi le niveau des crédits interentreprises qui a atteint un niveau préoccupant.

La Caisse Centrale de Garantie (CCG) a pour mission de gérer ce nouveau système de garantie. Elle entamera également sa mue pour devenir un outil décisif pour le soutien à l’entreprise marocaine.

Parallèlement, un nouveau mécanisme de garantie est mis en place au profit des établissements et entreprises publics impactés par cette pandémie. Il sera dédié exclusivement au paiement des dettes des entreprises, notamment les TPME, en vue de soulager leur trésorerie durant cette phase de redémarrage de l’économie.

Le Fonds stratégique : financement et innovation

Le deuxième pilier de ce plan consiste en la création du Fonds d’investissement stratégique (FIS) dont la dotation de lancement s’élève à 45 milliards de dirhams. Sa mission : « Apporter un appui aux activités de production, d’accompagnement et de financement des grands projets d’investissement public-privé », a souligné Mohamed Benchaâboun lors de la présentation de ce nouveau véhicule d’investissement public.

Le FIS sera amené à intervenir directement ou et indirectement dans le financement de l’économie. La première option comporte une intervention directe du FIS à travers le financement de projets d’investissement en faisant appel au Partenariat Public-Privé (PPP). L’objectif est de donner un coup d’accélérateur à cette nouvelle forme de financement, notamment pour les projets structurants. La deuxième option retenue pour le Fonds sera d’agir indirectement via un renforcement des capitaux des entreprises aux fins de leur développement. Ces engagements étatiques ont été contractualisés avec le secteur privé dans le cadre du Pacte pour la relance économique et l’emploi, signé entre le Ministère de l’Économie, des Finances et de la Réforme de l’Administration (MEFRA), la Confédération Générale des Entreprises du Maroc (CGEM) et le Groupement Professionnel des Banques du Maroc (GPBM).

Les objectifs du Pacte pour la relance économique et l’emploi

  • Relancer la dynamique économique ;
  • Sauvegarder et promouvoir l’emploi et préserver la santé des travailleurs ;
  • Accélérer le processus de formalisation de l’économie;
  • Promouvoir la bonne gouvernance.

Plan relance

 

Un pacte inédit : retrouver la confiance

Le pacte inscrit dans le marbre les principes, les objectifs et les engagements entre les acteurs de la sphère économique. « C’est notre ambition commune et partagée entre l’ensemble des parties prenantes : État, partenaires sociaux et économiques », a commenté Mohamed Benchaâboun, lors de la cérémonie de signature de ce pacte inédit. Le document détaille les sept engagements de l’État annoncés dans le discours royal du 30 juillet 2020.

Pour sa part, la CGEM, à travers ses membres, s’engage sur 17 mesures couvrant différents domaines de la vie de l’entreprise. Ces engagements devraient constituer une armature pour préserver les entreprises et leurs employés dans le contexte économique et social difficile lié au Covid-19. Ces 17 engagements peuvent être classés en six thématiques. La première porte sur les engagements sanitaires et sociaux des entreprises (trois engagements).

Sans le respect des règles sanitaires, la continuité de l’activité de toute société est en effet menacée. Conscient de cette nouvelle donne, le pacte insiste sur ce point et le place comme priorité numéro 1 pour les entreprises qui, par ailleurs, devront s’engager à préserver l’emploi de 80 % de leurs salariés.

La deuxième thématique est la bonne gouvernance dans la gestion des entreprises (quatre engagements). La CGEM engage ses membres pour le civisme fiscal, l’exemplarité dans l’ensemble de la chaîne de valeur et la lutte contre l’informel et la sous-facturation. Dans la thématique de la gestion financière, la CGEM appelle ses adhérents à réduire les dettes interentrepriseset à veiller à la transparence et à la qualité de l’information financière.

Le « cahier des charges » royal fixe le cap de la relance : le soutien et l’accompagnement aux entreprises, les PME en premier lieu. La CGEM et ses membres promettent 17 engagements pour relancer l’économie et préserver l’emploi.

Pour assurer la relance de l’activité économique dans des conditions optimum, la CGEM promet dans le cadre de ce pacte de faire de l’innovation et de la digitalisation le fer de lance de cette reprise économique. La confédération patronale s’engage d’ailleurs à « proposer des projets, nouveaux ou existants, structurés et économiquement viables mettant à contribution une expertise avérée dans les différents secteurs à relancer, favorisant l’emploi, l’innovation ». La relance économique vise également à privilégier le Made in Morocco, et ce, « en encourageant les produits finis ou intermédiaires à fort contenu local ». Le renforcement du capital humain par l’intermédiaire de formations s’inscrit dans la continuité de la contribution à l’amélioration de l’adéquation formation-emploi.

Le pacte décline par ailleurs les deux engagements phares du secteur bancaire : la distribution de manière fluide des outils d’intervention de l’État et la contribution active à la relance du programme INTELAKA.

Après cette première phase de contractualisation transversale, une deuxième étape a démarré avec des plans de relance sectoriels. Vu la situation critique qu’il traverse, le secteur du tourisme a été le premier à obtenir sa convention de relance (voir p. 32). D’autres secteurs suivront courant de l’année 2020, notamment l’événementiel. Ces secteurs seront aussi attentifs aux mesures prévues dans le Projet de Loi de Finances 2021.

 

Salaheddine Lemaizi

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