Une croissance molle et de plus en plus d’entreprises en difficulté

Avec une croissance d’environ 3 % depuis plusieurs années, l’économie marocaine affiche une performance éloignée de son potentiel de pays émergent. Résultat, le nombre d’entreprises en difficultés ne cesse d’augmenter.

La croissance économique du Maroc devrait s’élever cette année à 3,1 % selon le Haut-Commissariat au Plan. Elle avait été de 2,8 % en 2017. Ces performances se situent dans la droite ligne du rythme de croissance que connaît le Maroc depuis une dizaine d’années. Cette progression est correcte, mais ne correspond pas au potentiel d’une économie considérée comme émergente et qui dispose de solides atouts. Même si le Maroc a amplement amélioré son positionnement dans le classement Doing Business pour atteindre la 60eplace mondiale, l’embellie des années 2000 est bel et bien terminée.

Par conséquent, de plus en plus de sociétés peinent à garder la tête hors de l’eau. 8 020 défaillances d’entreprise ont été recensées par Inforisk en 2017, un chiffre déjà en augmentation de 12 %. Entre 2009 et 2017, les défaillances se sont accrues en moyenne de 16 % annuellement, toujours selon InfoRisk. Le commerce et la réparation automobile, l’immobilier et le BTP sont les secteurs les plus touchés. Dans son Indice global des défaillances dévoilé en février dernier, Euler Hermes anticipait une nouvelle hausse de 8 % en 2018.

Publiée au début de l’année, une étude du Centre Régional d’Investissement de Casablanca-Settat réalisée par Capital Consulting et Clairevision Consulting relève que 52 % des sociétés créées dans la région ne dépassent pas trois ans d’existence. 68 % n’atteignent pas cinq ans. 45 % d’entre elles attribuent leurs difficultés en rapport avec le marché privé aux importantes échéances de recouvrement. Les délais de paiement se sont en effet considérablement allongés ces dernières années.

Mais les complications ne signifient pas forcément la fin. La situation peut être transitoire, liée à un passage à vide conjoncturel, à la nécessité de revoir son business model ou encore au fait de devoir faire face à un sinistre ou à la perte subite d’un client majeur.

 

Rémy Pigaglio

 

 

 

Qu’est-ce qu’une entreprise en difficulté ?

La définition pourrait être strictement juridique et inclure seulement les entreprises qui bénéficient d’un redressement judiciaire ou d’une sauvegarde judiciaire. Cependant, comme c’est le cas dans ce dossier, une signification plus large peut être adoptée. Dans une communication de 2014 dans le cadre d’un colloque sur les entreprises en difficulté, Nabil Bouayad Amine et Khalid Rouggani, Professeurs à l’Université Hassan Ierde Settat évoquent en l’espèce « une entreprise qui souffre de problèmes financiers présents, tout en prenant des mesures immédiates, afin d’éviter des ennuis financiers futurs ». Dans une perspective juridique, cela peut être l’impossibilité de renouveler ses lignes de crédits, la faillite de certains clients ou fournisseurs, ou aussi la disparition ou l’indisponibilité du dirigeant. Dans une perspective industrielle, sociale et financière, cela peut se traduire par une inadaptation aux conditions de l’environnement, une baisse du volume d’activité et de la rentabilité, l’utilisation de certaines techniques et outils de management non performants ou également une sous-exploitation des capacités de production. Les deux auteurs évoquent de nombreux « clignotants d’alertes » qui signalent le début des difficultés. L’entreprise devra être attentive par exemple à la diminution du carnet de commandes, du chiffre d’affaires, la hausse du prix des matières premières, l’augmentation des stocks, une réduction significative de la trésorerie, l’accroissement des taux d’intérêt, une inflation importante ou bien encore un fort turn-over.

 

 

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