Distribution – Traditionnel vs moderne : le statu quo ?

Si la distribution moderne semble progresser au Maroc, il n’en reste pas moins, que contrairement aux apparences, le traditionnel fait de la résistance. Proximité, adaptabilité et bas prix sont ses principaux points forts.

Certes, la distribution moderne continue à se développer, notamment en terme d’ouvertures de points de vente. Seulement, rares sont les enseignes qui tirent leur épingle du jeu. Bien que le « non-food » présente une progression de parts de marché plus intéressante, en particulier dans l’électroménager ou les produits informatiques, l’avancée reste difficile. En cause, la conjoncture, mais aussi le fait que la distribution traditionnelle se soit habilement adaptée au point de donner du fil à retordre au commerce moderne.

Un modèle dual
« Le traditionnel, au-delà de la proximité, a ce formidable avantage de jouer un rôle social grâce au fameux “carnet” de crédit chez l’épicier, qui permet à la classe C et D de boucler ses fins de mois. Mais ce n’est pas tout. Vous trouvez désormais des produits en épicerie qui sont beaucoup moins chers que dans la grande distribution, grâce à la contrebande », explique un des grands fournisseurs de la place. Par exemple, le miel San Francisco est environ à 185 dirhams en GMS (Grandes et Moyennes Surfaces) alors que vous le trouvez à 60 dirhams dans le traditionnel, ou encore les chocolats Lindt qui sont aux environs de 50 dirhams dans la grande distribution et aux alentours de 30 dirhams à Derb Ghallef, voire même dans les épiceries de quartier.

« Dans le food, le traditionnel reste clairement leader en raison de sa proximité, sa praticité et du “concept” proposé. La plupart des Marocains n’ont pas un revenu salarié qui leur permette de faire des achats programmés. Le circuit traditionnel offre également des formats de consommations adaptés en plus des facilités de paiement offertes grâce au fameux “carnet” », soutient un expert marketing. Autrement dit, le traditionnel a désormais une offre prisée et compétitive sur les prix. Parfois, il propose même des produits que l’on ne trouve pas en grandes surfaces. « Aujourd’hui, nous sommes dans un modèle dual où la GMS a atteint un niveau de pénétration dans les grandes villes qu’il lui sera difficile de dépasser. Le développement se fera dans les villes moyennes, qui n’ont toutefois pas un potentiel important vu le niveau du pouvoir d’achat et la densité de la population. Il ne peut y avoir plus d’un point de vente par ville et par enseigne », poursuit la même source. Si ces deux paramètres évoluent à l’avenir, alors la donne changera. Seulement pour l’instant, la grande distribution alimentaire ne progresse pas au rythme escompté par les opérateurs. « Il est vrai qu’aujourd’hui, dans l’alimentaire, nous sommes à 16 %, soit une progression d’à peine 1 % en 5 ans, alors que nous pensions atteindre les 20 % », confirme Christelle Ronceray, DGA de Label’Vie. « Nous sommes dans un statu quo entre le traditionnel et le moderne. Tout confondu, food et non-food, la distribution moderne doit être tout au plus à 20 % », renchérit un industriel dans l’agroalimentaire.

Soumayya Douieb

Retrouvez la suite de cet article dans le prochain numéro de Conjoncture, la revue réservée au adhérents de la CFCIM.

 

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