Tourisme – Après la crise, la nécessaire mutation

Entretien avec Abdelaziz Samim

« Nous sortons de deux années catastrophiques »

Entretien avec Abdelaziz Samim, Directeur Général de la Fédération Nationale de l’Industrie Hôtelière (FNIH)

De mars 2020 à février 2022, le tourisme a très souvent été à l’arrêt : comment les hôtels ont-ils vécu cette période ?

Nous sortons de deux années catastrophiques. Notre secteur avait déjà connu des crises, mais celle liée au Covid-19 a été d’une ampleur, et d’une durée, totalement inédite. Il faut se souvenir qu’en mars 2020 nous démarrions tout juste la saison lorsque tout s’est arrêté et que, depuis, l’activité n’a jamais repris normalement. En dehors de l’accompagnement des touristes, qui attendaient des vols spéciaux pour rentrer dans leur pays, et de la contribution à la gestion des malades pour soulager les hôpitaux, l’activité est tombée à zéro du jour au lendemain pour l’ensemble de notre secteur. Ensuite, nous avons connu de longues périodes de fermeture des frontières, mais aussi d’interdiction de déplacement à l’intérieur du territoire qui ont très durement touché les hôtels. Sans clients, mais avec des charges à payer, la situation était intenable.

Quelles solutions ont permis aux établissements et à leurs employés de survivre ?

Dès mars 2020, les indemnités forfaitaires de 2 000 dirhams par mois, prévues par le gouvernement, ont permis à certains hôtels de tenir. Mais les conditions étaient strictes : il fallait maintenir 80 % du personnel employé avant la crise, en février 2020, et enregistrer une baisse d’activité d’au moins 50 %. En l’absence de clients et de visibilité quant à la durée de la crise, beaucoup d’établissements ne pouvaient pas maintenir leurs effectifs et n’ont donc pas pu bénéficier longtemps de ce soutien. Dans ce contexte, la FNIH s’est fortement mobilisée et a veillé à ce que le maximum de personnes en difficulté soit intégré dans les dispositifs d’aides. C’est ainsi que des solutions ont été trouvées pour les intérimaires, mais aussi pour des travailleurs du secteur qui n’étaient pas en activité juste avant le début de la crise pour différentes raisons (accident, maladie, maternité…). Nous avons ainsi fait le maximum pour maintenir les emplois dans ce contexte dramatique.

Combien de temps ont duré ces aides ?

Ces aides à l’emploi ont d’abord duré jusqu’en juin 2021, puis ont été suspendues alors même que beaucoup d’hôtels étaient toujours en grande difficulté, l’activité ayant seulement un peu repris dans les stations estivales. Ce fut donc à nouveau une période très difficile pour le secteur. Ensuite, fin 2021, il a été décidé de remettre en place l’indemnité forfaitaire de septembre à décembre, car les frontières ont de nouveau été fermées. Enfin, en janvier 2022, ces indemnités ont encore une fois été prolongées pour le premier trimestre, dans le cadre du plan d’urgence lancé par le Ministère du Tourisme.

Qu’en est-il des autres aides et où en est-on aujourd’hui ?

En plus du prolongement des indemnités forfaitaires, ce plan d’urgence prévoit quatre autres mesures : le report de six mois des charges sociales, l’établissement d’un moratoire sur les échéances bancaires pour les hôteliers et le transport touristique, la prise en charge de la taxe professionnelle due par les hôteliers en 2021 et 2022 et, enfin, une subvention d’un milliard de dirhams pour remettre à niveau les établissements d’hébergement. Cette dernière mesure est particulièrement importante, car, après deux années de fermeture ou d’activité très réduite, les établissements d’hébergement — outils de production — ont besoin d’être rénovés afin d’offrir à leur clientèle une prestation de qualité.

Justement, comment fonctionne cette subvention ?

Les Établissements d’Hébergement Touristique (EHT) souhaitant bénéficier de ce soutien ont pu répondre à un appel à manifestations d’intérêt, lancé en février dernier par la Société Marocaine d’Ingénierie Touristique (SMIT). Les entreprises sélectionnées pourront ainsi se voir octroyer une subvention visant à améliorer la qualité de l’offre et des services à hauteur de 10 % maximum de leur chiffre d’affaires réalisé en 2019 et plafonnée à 10 millions de dirhams.

Où en est-on actuellement, et quand seront versées les premières subventions ?

Les représentants de la profession travaillent en étroite collaboration avec le Ministère du Tourisme et la SMIT, dans le cadre des conventions signées, pour accompagner les différentes entreprises du secteur. Nous les avons notamment aidées à déposer leurs demandes de subvention sur la plateforme de la SMIT jusqu’au 15 avril. À présent*, les comités techniques locaux se réunissent pour classer les demandes en fonction des différents critères prévus. D’ici quelques jours, les subventions commenceront donc à être versées aux établissements concernés.

Au-delà de ce soutien, comment percevez-vous la reprise d’activité ?

Actuellement, tous les efforts sont déployés afin de relancer le secteur et accueillir les touristes. Tout le monde est mobilisé pour cela : les professionnels, le département du tourisme, la RAM, ainsi que l’ONMT. Ce dernier a d’ailleurs fait un travail remarquable de promotion aussi bien à l’international que pour le marché interne.

* Entretien réalisé le 25 avril 2022

Propos recueillis par Thomas Brun

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