Secteur textile au Maroc 

Entretien avec Étienne Mafart

« Le Maroc offre énormément d’atouts décisifs »

Entretien avec Étienne Mafart, Directeur des opérations chez Decathlon Maroc

Conjoncture : L’enseigne Decathlon est de plus en plus visible au Maroc, qu’en est-il de sa production textile locale ?

Étienne Mafart : Nous produisons depuis 1995 des articles textiles au Maroc qui a ainsi été le premier pays de production hors territoire français pour Decathlon. Aujourd’hui, nous comptons au sein de nos univers industriels en France ou dans le monde de nombreux collaborateurs marocains qui ont débuté leur carrière ici. C’est une grande fierté pour nous !

À ce jour, nos activités de production représentent 150 emplois directs et 3 500 emplois indirects chez nos partenaires industriels. À noter que nous exploitons en parallèle notre propre usine textile basée à Casablanca. Celle-ci a pour vocation d’être la vitrine du textile du futur pour nos partenaires industriels répartis dans nos 22 pays de production, et ce à travers des petites séries de produits techniques, une industrie 4.0, une production respectueuse de l’environnement, un concept de « mini-usines » dédiées à chaque client…

Cette belle histoire n’a pas toujours été un long fleuve tranquille : il y a eu bien sûr des hauts et des bas en fonction de la conjoncture et de l’évolution du marché. Ces dernières années ont été marquées par une baisse d’activité, conséquence d’une perte progressive de la compétitivité-prix qui n’a pas été compensée par un meilleur niveau de service (délais courts et flexibilité).

Aujourd’hui, nous sommes plus que jamais déterminés à retrouver notre place d’important pays de production pour le groupe Decathlon. Cela a nécessité une mutation de notre panel industriel vers plus d’excellence opérationnelle ainsi que vers une collaboration avec nos partenaires axée sur le long terme. Cela passe aussi par le développement local des composants techniques et compétitifs. Enfin, nous devons consolider notre expertise en interne en termes de savoir-faire industriel.

Qu’est-ce qui explique le choix de développer encore cette activité au Maroc ? Quels sont les atouts du Royaume ?

Le Maroc offre énormément d’atouts décisifs pour nous projeter sur le long terme. Les infrastructures y sont exceptionnelles, qu’elles soient routières, ferroviaires ou maritimes et cela a un impact favorable sur nos investissements actuels et nos projets commerciaux et industriels (efficience, coûts logistiques, etc.). L’autre atout majeur du Royaume est son engagement affirmé en matière d’énergies vertes (éolienne, hydraulique, solaire) et de développement durable, ce qui est en adéquation totale avec notre feuille de route pour la réduction des émissions carbone. Par ailleurs, nous avons accès à une main-d’œuvre qualifiée, qui nous permet d’offrir un large éventail de produits, en particulier techniques.

Tous ces atouts, et plus encore, ont poussé le groupe à renforcer davantage son ancrage marocain et à miser sur le Royaume pour créer un véritable hub logistique, industriel et d’innovation. Pour cela, nous avons le soutien et l’appui du Ministère du Commerce, de l’Industrie, de l’Économie Verte et Numérique, qui nous accompagne pleinement dans notre stratégie de consolidation de nos activités industrielles au Maroc et anticipe la mutation du textile grâce à l’avènement progressif de l’industrie 4.0 (automatisation, collecte de la data au service de l’excellence opérationnelle…).

La crise liée au Covid-19 a-t-elle influencé la stratégie de l’entreprise ?

La crise du Covid a eu un effet catalyseur sur nos stratégies. Elle a renforcé notre volonté de développer une production plus proche de nos zones de consommation, au service d’une meilleure disponibilité de nos produits avec un minimum de stock. Les pays de production proches de l’Europe, qui reste notre plus grand marché, sont une opportunité à saisir !

Au niveau local, cette crise a été pour nous l’occasion d’exprimer pleinement notre fierté de produire au Maroc, surtout quand cette production a une vocation citoyenne. Nous avons, par exemple, produit et homologué très rapidement des masques sanitaires pour faire face à la pénurie au début de la pandémie. En parallèle, la part de nos produits textiles « Made in Morocco » dans nos magasins a doublé en 2021. La crise que nous traversons nous a convaincus que nous devons poursuivre dans cette voie, en augmentant la part de produits textiles réalisés localement, mais également en explorant de nouveaux processus industriels comme la chaussure ou le métal.

À quels marchés sont destinés les produits fabriqués au Maroc et quel rôle joue le Royaume dans le développement de Decathlon en Afrique ?

Notre production a pour vocation d’accompagner le développement de nos activités au Maroc. Avec l’ouverture de notre 17e point de vente, « La Corniche – Aïn Diab », qui est aussi le plus grand magasin de sport en Afrique et le 4e à Casablanca, Decathlon renforce sa présence au Maroc et adapte son offre en proposant une nouvelle expérience client et une nouvelle génération de magasins. Ce développement et ce succès commercial nous poussent à diversifier peu à peu nos activités industrielles pour mieux répondre aux besoins locaux et ne pas nous cantonner uniquement au textile. Mais ce n’est pas tout, pour le groupe Decathlon, le Maroc est devenu une plateforme logistique incontournable et un véritable hub africain à travers notre entrepôt de 40 000 m2 implanté à Tanger Med. À partir de là, nous livrons l’ensemble des Decathlon d’Afrique (Égypte, Tunisie, Côte d’Ivoire…). Grâce aux infrastructures exceptionnelles dont nous parlions précédemment, le Maroc est pour nous la porte d’entrée idéale vers le reste du continent. N’oublions pas que le Royaume est situé à 14 km de l’Europe, qui représente notre débouché le plus important et le plus durable. Cette proximité nous offre un avantage énorme en termes de délais de réapprovisionnement.

Propos recueillis par Thomas Brun

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