Secteur textile au Maroc 

Entretien avec Abderrahmane Farahate

« Un taux d’insertion en entreprise dépassant les 90 % »

Entretien avec Abderrahmane Farahate, Directeur général de l’ESITH École Supérieure des Industries du Textile et de l’Habillement)

Conjoncture : Aujourd’hui, comment se positionne l’ESITH au sein du secteur textile ?

Abderrahmane Farahate : Il est très important de rappeler qu’il y a 25 ans, l’ESITH a été créée à la demande du secteur textile-habillement, dans le cadre d’un partenariat public-privé (PPP) entre les pouvoirs publics et l’Association Marocaine des Industries du Textile et de l’Habillement (AMITH). Un business model unique en son genre à l’époque, qui a fait ses preuves au fil des années, à tel point que d’autres secteurs industriels se sont mobilisés depuis pour s’associer avec les pouvoirs publics en créant des établissements de formation en mode PPP.

L’ESITH, placée sous la tutelle du Ministère de l’Industrie, du Commerce, de l’Économie Verte et Numérique, a pu former à ce jour près de 6 000 diplômés, avec un taux d’insertion en entreprise dépassant les 90 % dans un délai de 6 mois après obtention du diplôme. La proximité des entreprises, le vécu industriel de nos enseignants, nos ateliers de travaux pratiques assimilés à des mini-usines industrielles ainsi que la présence de professionnels dans nos conseils de surveillance et de perfectionnement font que nos programmes de formation sont régulièrement adaptés pour tenir compte des besoins actuels et futurs du secteur. Le meilleur indicateur de performance restant le taux d’insertion de nos diplômés.

L’école ne se limite pas à la formation des jeunes : comment s’organisent ses autres activités ?

En plus de la formation initiale dans le cadre des trois cycles (Ingénieur, Master Spécialisé et Licence Professionnelle), l’ESITH apporte son savoir-faire, notamment aux entreprises du secteur textile-habillement, à travers ses missions de formation continue et d’assistance technique, ainsi que par les prestations de son laboratoire d’expertise et de contrôle, mais aussi de R&D.

À titre d’exemple, durant la période du Plan d’Accélération Industrielle (PAI) 2015-2020 mis en place par le ministère, ce sont 250 diplômés des cycles Ingénieur et Master Spécialisé qui ont intégré les unités industrielles du secteur.

De plus, tenant compte des besoins émanant du PAI, nous avons mis à la disposition des opérateurs de nouvelles compétences de chefs de produit, à travers notre Master Spécialisé, filière Management Produit TH. De même, notre filière Ingénieur en Informatique et Management des Systèmes a permis de répondre aux nouveaux besoins orientés « Industrie 4.0 ».

Par ailleurs, courant 2020 – 2021, des experts de l’ESITH ont été impliqués dans la réalisation d’études stratégiques pour le secteur – écosystème Maille et écosystème Textiles techniques – et l’élaboration des Référentiels Métiers et Compétences. De nouvelles orientations qui viendront ainsi alimenter le Plan de développement stratégique de l’ESITH pour la période 2021 – 2025.

Le secteur a été très sollicité durant la crise de Covid-19 : comment l’ESITH a-t-elle pu soutenir les opérateurs ?

L’ESITH a rejoint la dynamique de solidarité qui a été déclenchée pendant les premiers mois de la pandémie en s’inspirant des initiatives lancées par Sa Majesté, que Dieu l’assiste. Nous avons apporté notre contribution au projet (vital à l’époque) de fabrication des masques par le biais d’un soutien gracieux aux entreprises, y compris les TPE et les coopératives, dans la fabrication de ce produit. Cette assistance technique était axée sur plusieurs thématiques, comme le processus de fabrication, le choix des tissus, la logistique et la conception de guides et automates. De plus, notre Laboratoire d’Expertise et de Contrôle (LEC) a fonctionné à plein régime pendant plusieurs mois pour l’homologation des masques, ce qui a permis leur fabrication ainsi que leur disponibilité dans les meilleurs délais. Enfin, durant cette période, l’école a également offert des formations certifiantes gratuites en ligne, dans des spécialités telles que le processus textile, le pilotage des opérations en période de crise, le marketing digital et le HSE (Hygiène, Sécurité et Environnement).

Comment préparer les étudiants d’aujourd’hui aux métiers de demain dans un secteur en pleine mutation ?

De par la nature de sa gouvernance, qui mobilise autant de représentants des pouvoirs publics que de professionnels de l’AMITH, et en synergie avec les forces vives de l’école, l’ESITH a réussi à mettre en place des filières et des innovations pédagogiques qui nous ont permis d’être au rendez-vous pour subvenir aux besoins en compétences de l’industrie nationale en général et du secteur du textile en particulier. À cela s’ajoute le profil des enseignants, dont la majorité est issue de l’industrie, soit en tant que professionnels intervenants, soit en tant qu’enseignants permanents ayant déjà assumé des postes seniors dans une entreprise manufacturière. De plus, nous menons des projets de recherche et de développement, dont une bonne partie avec des entreprises, qui bénéficient également à l’apprentissage des étudiants.

Les secteurs de l’enseignement et du textile se tournent toujours plus vers l’international : comment l’ESITH intègre-t-elle cette dimension ?

Justement, votre question tombe à point nommé. Notre Plan de développement stratégique 2021-2025, que j’ai mentionné précédemment, consacre les relations internationales comme axe stratégique. Cela ne veut pas dire que l’école était enfermée sur elle-même avant cela ou qu’elle vient juste d’entamer ce virage : au contraire, nous avions auparavant noué beaucoup de relations avec des établissements en Europe, en Asie, et en Amérique du Nord. Nous sommes un membre actif du programme Erasmus+ et membre de plusieurs réseaux universitaires. En élevant l’international à un niveau plus stratégique, nous ambitionnons de faire face aux nouveaux défis que vivent les établissements d’enseignement supérieur similaires au nôtre : être à jour du point de vue technologique et pédagogique, s’adapter à la montée en puissance de l’intelligence artificielle et de l’industrie 4.0, mais aussi à la versatilité du marché de l’emploi dans des conjonctures marquées par l’incertitude… Nous voulons travailler davantage avec nos collègues subsahariens, accueillir leurs étudiants et leurs enseignants et leur envoyer les nôtres. Nous allons aussi consolider nos relations avec nos partenaires européens, nord-américains, et asiatiques en signant divers partenariats d’échanges, de doubles-diplômes, de R&D, et pourquoi pas créer des joint-ventures et des franchises avec eux.

Propos recueillis par Thomas Brun

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