Secteur aéronautique au Maroc

Interview de Habiba Laklalech

« L’ONDA a revu ses priorités afin d’assurer la résilience face à la crise »

Interview de Habiba Laklalech, Directrice Générale de l’Office National des Aéroports (ONDA)

Le Maroc a rouvert cet été ses frontières sous conditions et a notamment accueilli de nombreux Marocains résidant à l’étranger, sur instructions de Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Comment avez-vous géré cette période de reprise ? 

Je tiens tout d’abord à préciser que nous n’avons, à aucun moment, fermé nos aéroports, même pendant la période de confinement décrétée au mois de mars 2020. Les aéroports du Maroc ont mis en place un plan de continuité des activités, qui a permis d’accueillir dans les meilleures conditions les vols spéciaux de rapatriement et les vols cargo. Ces derniers ont joué un rôle important dans l’acheminement des biens et des équipements utilisés par notre pays pour faire face à cette crise sanitaire inédite.

Cette année, grâce aux Hautes Instructions Royales de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu l’assiste, données à la compagnie nationale pour adopter des prix raisonnables, un nombre important de passagers ont pu de nouveau visiter leur pays. Afin d’accompagner la reprise des vols internationaux décidée par le Gouvernement à partir du 15 juin 2021, les aéroports internationaux ont appliqué un ensemble de mesures pour offrir des conditions d’accueil optimales. Nous avons notamment mis en place sur les différentes zones aéroportuaires un dispositif sanitaire qui a reçu le label sanitaire AHA (Airport Health Accreditation), attribué à 16 aéroports marocains, par le Conseil International des Aéroports (ACI).

Pouvez-vous nous transmettre des statistiques sur le trafic aérien de cet été ?

Depuis la reprise des vols internationaux et jusqu’à la fin du mois d’août, les aéroports du Maroc ont accueilli un important trafic international de passagers : plus de 3,56 millions de voyageurs et 31 202 vols. Ce qui représente, par rapport à la même période de l’année 2019, un taux moyen de récupération de 65 %. Ce taux est de 77 % en ce qui concerne les mouvements d’avions.

Certains aéroports ont même dépassé leur trafic enregistré durant la même période de l’année 2019. Il s’agit des aéroports de Tanger (114 %), Nador (127 %), Oujda (105 %) et Tétouan (133 %).

En ce qui concerne le trafic domestique, qui représente 11 % du trafic global, nos aéroports ont accueilli 460 856 passagers avec un taux de récupération de 64 % par rapport à la même période de 2019.

En 2020, le trafic a diminué de 71,5 % par rapport à 2019. Comment l’ONDA a-t-il fait face à ce choc, notamment d’un point de vue financier ?

Cette régression du trafic aérien a entraîné une forte dégradation des indicateurs financiers de I’ONDA. Le chiffre d’affaires de 2020 a enregistré une baisse de 62,7 % en s’établissant à 1,581 milliard de dirhams. Pour contenir au maximum cet impact négatif de la pandémie, un plan de résilience a été adopté. Ce dernier concerne la gestion de l’ONDA, mais aussi les compagnies aériennes et les sociétés exerçant des activités commerciales et de services.

Ainsi, sur le plan interne, nous avons initié un processus de rationalisation des charges, notamment les charges variables liées à l’activité. S’agissant du budget d’investissement, nous avons reporté les projets non urgents et retenu les principaux projets déjà en cours, par exemple la construction d’un nouveau terminal à l’aéroport Rabat-Salé ou encore la réalisation d’une zone centrale à l’aéroport de Casablanca Mohammed V.

Des mesures ont été prises pour accompagner les compagnies aériennes dans cette période de crise, en particulier le report des échéances de paiement. D’autres ont été adoptées en faveur des sociétés exerçant des activités commerciales et de services directement liées au trafic passagers.

L’ONDA a lancé un appel d’offres en début d’année pour aménager un centre de stockage et de déconstruction d’avions à Oujda, qui s’est révélé infructueux. Quelle sera la suite ?

Nous avons été sollicités, après le début de la crise, par des investisseurs nationaux et étrangers souhaitant développer des activités de ce type. L’ONDA a choisi l’aéroport Oujda-Angads. Il présente en effet de nombreux avantages, comme un terrain dédié de plus de 54 hectares, des conditions climatiques favorables, une bonne connectivité aérienne, ferroviaire et terrestre, la proximité du port de Nador, de la zone industrielle Technopole d’Oujda… Nous prévoyons de relancer cet appel d’offres une fois que nous aurons rencontré les entreprises qui ont manifesté un réel intérêt pour le projet et amenderons le cahier des charges si nécessaire.

Vous avez été nommée Directrice Générale de l’ONDA au mois de février. Quels sont les projets structurants que vous souhaitez mener ?

La crise sanitaire et financière induite par le Covid-19 a poussé l’ONDA à revoir ses priorités afin d’assurer la résilience face à la crise, de s’adapter au changement de l’environnement et du comportement du voyageur et de renouer avec une croissance durable.

L’ONDA a en outre adopté, le 28 juillet dernier, un nouveau plan stratégique pour la période 2021-2025. Cette feuille de route vise notamment le renforcement de la coopération entre les différents partenaires aéroportuaires, la mise en place de nouveaux services digitaux, le développement des infrastructures ayant atteint une saturation, l’excellence opérationnelle et environnementale…

Les projets d’infrastructure majeurs portent sur la poursuite de la construction du nouveau terminal de l’aéroport Rabat-Salé, le développement de l’aéroport de Tétouan, l’extension du terminal de l’aéroport de Dakhla, le réaménagement et l’extension du terminal de l’aéroport Agadir-Al Massira, le réaménagement du terminal 1 de l’aéroport Marrakech-Ménara et la construction d’un nouveau terminal à l’aéroport de Tanger.

« La crise sanitaire et financière induite par le Covid-19 a poussé l’ONDA à revoir ses priorités afin d’assurer la résilience face à la crise, de s’adapter au changement de l’environnement et du comportement du voyageur et de renouer avec une croissance durable. »

La loi-cadre de réforme des entreprises et établissements publics a été adoptée cet été. Que changera cette réforme pour l’ONDA ?
En préparation de l’implémentation de cette loi, élaborée conformément aux Hautes Orientations Royales contenues dans le Discours du Trône et celui de l’ouverture de l’année législative 2020, l’ONDA travaille actuellement sur la transformation de l’institution en société anonyme. Cela permettra à l’ONDA de se doter de nouvelles sources de financement et lui donnera l’avantage d’une réelle flexibilité de gestion. Elle offrira également la possibilité d’assurer, dans un deuxième temps, le développement des grands aéroports rentables, qui pourrait s’effectuer à travers une politique de partenariats publics ou privés.

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