Région Souss-Massa

Le Souss-Massa multiplie les projets pour rebondir

Dans le sillage du discours royal évoquant le Souss-Massa en 2019, de très nombreux projets ont vu le jour, métamorphosant Agadir et renforçant la diversité économique de la région. Des initiatives qui permettent d’amortir en partie la crise du Covid-19 et d’envisager un rebond en attirant de nouveaux investisseurs.

Dans son discours prononcé à l’occasion du 44e anniversaire de la Marche Verte, en 2019, le Roi Mohammed VI avait fait part de sa grande ambition pour la région de Souss-Massa : « La région de Souss-Massa doit devenir un pôle économique reliant les parties septentrionale et méridionale du Maroc, en opérant la jonction entre Tanger au Nord et Oujda à l’Est d’une part, et Nos provinces sahariennes d’autre part. Cette orientation s’inscrit dans le cadre de la régionalisation avancée, pensée dans l’esprit d’une répartition équitable des richesses entre les Régions du Royaume ». Rappelant que « Agadir se trouve quasiment à équidistance de Tanger et des Provinces sahariennes », Sa Majesté ajoutait qu’« il est inconcevable qu’en dépit de la centralité géographique de la Région d’Agadir, en dépit de ses ressources, de ses potentialités, certaines infrastructures de base s’arrêtent à la hauteur de Marrakech ».

Des projets urbains dans le sillage du discours royal

Le discours a galvanisé la population et les acteurs locaux, d’autant plus qu’il a été accompagné par de nombreuses initiatives régionales. Parmi elles, le Programme de Développement urbain (PDU) d’Agadir et ses 94 projets a pour objectif de transformer la métropole afin de la rendre plus attractive. Cet ambitieux plan s’articule autour de six axes : réalisation d’une première ligne de bus à haut niveau de service (BHNS), renforcement des infrastructures et décongestionnement de la ville, aménagement urbain de la zone touristique et renforcement de son attractivité, préservation de l’environnement et aménagement des espaces verts, promotion culturelle et mise en valeur du patrimoine et des lieux de culte, et, enfin, renforcement des équipements sociaux de base. Lancé début 2020, le PDU devrait s’achever en 2024 et ainsi offrir de nouvelles perspectives à une ville en perte de vitesse depuis plusieurs années, selon Mostafa Bouderka, Premier Vice-Président du Conseil Municipal (lire l’entretien).

Relancer un tourisme en berne

Plus généralement, c’est tout le Souss-Massa qui attend le renouveau d’Agadir, locomotive économique de la région. Une attente qui s’est même renforcée depuis le début de la pandémie de Covid-19, car le tourisme, secteur incontournable, est profondément touché par la crise. Par exemple, en août 2021, Agadir a accueilli 92 879 touristes, contre 87 885 en 2020, mais bien loin des 152 878 d’août 2019.

Et, aujourd’hui, à l’heure où le Maroc suspend de nouveau l’ensemble des vols internationaux à destination du Royaume, les professionnels craignent l’arrêt de leur activité, après une légère éclaircie cet été. Le Conseil régional Souss-Massa cherche des solutions immédiates (lire l’entretien avec son président ci-après), mais le bilan des deux dernières années risque d’être très lourd et, malgré l’absence de visibilité, il faut penser à l’après-Covid-19.

En ce sens, Agadir veut se réinventer en améliorant et en élargissant son offre touristique pour attirer plus de voyageurs internationaux, mais aussi nationaux (voir article sur le marketing territorial). En 2019, les touristes en provenance de l’étranger représentaient 65 % des voyageurs, contre 35 % de « nationaux », selon le Haut-Commissariat au Plan. Depuis, la crise démontre que la région ne doit pas compter uniquement sur les étrangers, ou les MRE, mais attirer également les habitants du Royaume. Actuellement, ces derniers privilégient souvent d’autres destinations, telles que Marrakech, mais ils pourraient retrouver le chemin du Souss-Massa à la faveur d’offres familiales adaptées et d’un accès facilité au transport aérien.

Dessaler l’eau de mer pour l’agriculture

L’agriculture, autre pilier économique de la région, tient également son grand projet. D’ici quelques semaines, la plus grande station de dessalement d’eau de mer en Afrique devrait être inaugurée à Chtouka (lire encadré). Ce chantier pharaonique, d’un budget de 4,4 milliards de dirhams, permettra à la fois d’alimenter en eau potable le Grand Agadir et d’irriguer 15 000 ha de primeurs, exploités par 1 300 agriculteurs dans la plaine de Chtouka.

Lancé dans le cadre du Plan Maroc Vert et mis en œuvre au sein de la nouvelle stratégie Génération Green du ministère de l’Agriculture, de la Pêche Maritime, du Développement Rural et des Eaux et Forêts, ce projet est une réponse d’envergure à la problématique du stress hydrique qui fragilise l’activité agricole de cette région régulièrement touchée par des périodes de sécheresse.

En outre, le nouveau plan régional agricole, présenté en avril dernier, intègre 233 projets, pour un montant global de 32 milliards de dirhams, au profit de 300 000 agriculteurs. Ainsi, le Souss-Massa devrait renforcer sa place de première zone de production de fruits et légumes au Maroc et soutenir considérablement ses autres filières, dans un secteur qui représente environ 15 % du PIB régional.

La pêche ne connaît pas la crise

Selon Oxford Business Group (OBG) et le CRI, qui ont publié un rapport sur la région en juillet 2021, « après l’agriculture et le tourisme, le secteur de la pêche est le troisième contributeur économique le plus important de la région, représentant 3,9 % du PIB régional ». Toujours d’après OBG, dans ce secteur « en 2019, le Souss-Massa a contribué à plus de 30 % de la valeur ajoutée nationale et a représenté 3,3 % du marché mondial de la pêche ».

Depuis, la pandémie n’a pas significativement touché ce domaine : en avril 2020, l’Association marocaine des armateurs industriels de la pêche pélagique annonçait qu’elle maintenait sa pleine capacité de production pendant la période de confinement, sauvegardant ainsi l’ensemble des emplois. Selon le rapport d’OBG, « l’industrie de la pêche et de la conserverie a fait preuve de force et de résilience depuis 2020, et sera une source essentielle de croissance économique dans les années à venir ». Une tendance importante, car, en raison du déclin des ressources halieutiques depuis plusieurs années, il est indispensable de créer plus d’emplois en aval de la filière.

En effet, pour l’agriculture comme pour la pêche, l’industrie agroalimentaire constitue un débouché incontournable pour valoriser les produits et renforcer le développement économique de la région.

Les succès du Plan d’Accélération Industrielle

Lancé par le Roi Mohammed VI en janvier 2018, le déploiement régional du Plan d’Accélération Industrielle (PAI) a engendré une très grande dynamique d’investissement, selon Karim Achengli, Président de la Région Souss-Massa. 250 projets industriels sont en cours de réalisation, pour un investissement total de 9,9 milliards de dirhams.

Ainsi, le PAI a permis de créer plus de 33 000 emplois directs, dépassant largement l’objectif initial de 24 000. Ces créations concernent des secteurs historiques vecteurs de croissance, comme la construction navale, l’agroindustrie et la chimie, mais également des secteurs émergents, leviers d’accélération industrielle, tels que l’automobile, le cuir, les matériaux de construction, la plasturgie ou encore l’offshoring. D’après le rapport d’OBG, « au niveau national, la région de Souss-Massa contribue de 2,39 % aux exportations industrielles, de 4,62 % à la production industrielle et de 3,56 % à la valeur ajoutée du secteur ». Des chiffres qui devraient sensiblement augmenter dans les prochaines années grâce aux nombreux projets ainsi qu’à la stratégie de diversification industrielle.

Un cadre toujours plus favorable

Pour attirer de nouveaux investisseurs, la région enrichit et diversifie son offre de foncier industriel, avec par exemple le parc halieutique Haliopolis, l’agropole Souss Massa, la zone d’accélération industrielle (zone franche), ou encore le nouveau parc industriel de Drarga. En outre, d’anciennes zones industrielles, telles que Tassila, Ouled Teïma et Tiznit, sont en cours de réhabilitation pour offrir toujours plus de solutions aux nouvelles entreprises. Ainsi, l’ensemble des préfectures et provinces de la région en sont pourvues, jusqu’à celle de Tata, la plus reculée.

Par ailleurs, de nouveaux sites sont prévus ou sont en cours de construction. La plateforme zonesindustriellessoussmassa.ma, mise en place par le CRI, permet aux investisseurs et porteurs de projets de trouver les lots de terrain industriel les plus adaptés à leur activité.

Enfin, la région Souss-Massa a également développé différentes infrastructures pour encourager l’installation des entreprises. Parmi elles, la Cité de l’innovation, inaugurée début 2020, a notamment pour objectif de rapprocher le monde de l’entreprise et les structures de recherche et développement tout en favorisant l’entrepreneuriat et la création de startups innovantes. De même, le Technopark d’Agadir, qui vient d’être lancé, peut accueillir et accompagner une centaine de PME et startups dans ses locaux. Fort de ses nouveaux équipements, le Souss-Massa se positionne désormais aussi sur le secteur des technologies de l’information et de la communication (TIC).

La logistique devra suivre

Si l’ensemble des filières évoquées semble plus que jamais en mesure d’attirer de nombreux investisseurs, la plupart ont besoin d’une mise à niveau de la région sur le plan du transport et de la logistique.

Cette problématique, déjà présente dans le discours royal de 2019, mobilise à la fois les acteurs publics et privés. Le rapport d’Oxford Business Group rappelle que l’autoroute Tiznit–Dakhla, qui reliera le Souss-Massa aux régions du Sud, pour un coût d’un milliard de dollars, est une composante importante de la stratégie d’industrialisation de la région : « le projet devrait réduire le temps et le coût des transports, améliorer la fluidité du trafic et faciliter la circulation des marchandises entre les villes du sud du Royaume et les grands centres de production et de distribution situés plus loin ». De plus, c’est également une étape indispensable pour connecter le Maroc à l’Afrique subsaharienne.

« La logistique est l’un des secteurs les plus importants pour le redressement post-pandémie à l’échelle du pays, ainsi qu’une source de croissance et d’opportunités économiques pour la région Souss-Massa », poursuit le rapport. En ce sens, pour attirer de nouveaux acteurs du secteur, les pouvoirs publics devront aussi faire évoluer la stratégie portuaire d’Agadir et assainir un marché où l’informel est encore majoritaire (lire l’entretien avec Abdeslam Ibn Jawhar, Directeur Général de Anas Transport).

Ainsi, la bonne intégration de ces nombreux enjeux devrait permettre à la région Souss-Massa de réussir le pari de la diversité économique, tout en cherchant à développer l’ensemble de ses territoires pour rebondir après la crise.

Thomas Brun

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