Région Souss-Massa

Interview de Marouane Abdelati

« Faire d’Agadir et de sa région un vrai hub industriel »

Interview de Marouane Abdelati, Directeur Général du Centre Régional d’Investissement d’Agadir

Quels sont les atouts de la région qui participent à son attractivité pour les investisseurs ?

Il faut revenir sur trois événements phares. Le premier, qui a eu lieu en janvier 2018, a été le lancement par Sa Majesté du Plan d’Accélération Industrielle décliné au niveau de la Région Souss Massa. Cet événement a inauguré une phase importante sur le plan économique pour la région. Quelque part, cela a été une manière de décréter qu’elle n’était pas uniquement touristique ou agricole, mais qu’elle avait toutes les capacités pour devenir une région d’excellence au niveau industriel.

Ce plan d’accélération industrielle a mis en exergue avec un certain nombre de nouveaux écosystèmes à développer, notamment l’automobile, le cuir, les matériaux de construction, l’offshoring… Il a aussi insisté sur la consolidation des écosystèmes classiques tels que l’agroindustrie, la chimie, la parachimie…

Le deuxième événement a été le discours de Sa Majesté en novembre 2019 au cours duquel il a consacré une centralité à la région d’Agadir. Cet élément-là a changé tous les paradigmes. Depuis, la région n’est donc plus considérée comme le Sud, mais comme le centre du Maroc. Dernier événement : en février 2020, Sa Majesté a inauguré lors de sa visite à Agadir le lancement d’un programme vaste et ambitieux : le programme de développement urbain (PDU) de la région d’Agadir. À l’instar du programme Rabat Ville Lumière, le PDU vise à mettre à niveau un certain nombre de projets et d’infrastructures dans la région pour la rendre beaucoup plus attractive.

Quels sont les projets prioritaires sur lesquels travaille actuellement le CRI ?
Dans le cadre plan d’accélération industrielle, l’ensemble des acteurs de la région (la Région, la Wilaya, l’Agence Urbaine, le CRI…) se sont mobilisés pour débloquer le foncier industriel, qui peut devenir le premier facteur de satisfaction ou de frustration de l’industriel qui souhaite démarrer un projet chez vous.

La région a ainsi mobilisé plus de 650 ha sur la région d’Agadir et couvre ainsi pratiquement toutes les provinces : Oulad Taima, Tiznit, et prochainement Tata. Bientôt, d’autres zones industrielles verront aussi le jour à Agadir, notamment un parc industriel intégré et une nouvelle zone industrielle au niveau de la province d’Inezgane-Ait Melloul.

Pour éviter la spéculation, nous avons également incité les affectataires (industriels bénéficiant de l’affectation d’une parcelle industrielle) à valoriser leurs lots. Comme c’est malheureusement le cas dans beaucoup de zones industrielles du Royaume, beaucoup de lots restent inexploités, mais occupés, car ils ont un affectataire.

Un guide du foncier industriel a par ailleurs été publié et un site dédié (zonesindustriellessoussmassa.ma) a été mis en place pour permettre aux industriels d’identifier le potentiel d’une zone, choisir la parcelle qui leur convient, connaître le cahier des charges, manifester un intérêt et être accompagné par le CRI. Beaucoup d’actions ont été menées afin de promouvoir la région comme destination industrielle et les chiffres sont éloquents.

La stratégie est de faire d’Agadir et de sa région un vrai hub industriel. Nous continuons de travailler sur cela, à essayer de séduire les investisseurs et à inciter de nouvelles locomotives industrielles à venir s’installer au niveau de la région. Différentes mesures ont été prévues en ce sens, notamment la création d’offres packagées pour les investisseurs, la signature de conventions de financement avec les banques ou encore la mise en place de subventions régionales et nationales (notamment la subvention à 250 dirhams par m2).

Au niveau du marketing territorial, nous disposons de process, d’outils digitaux, et d’équipes bien formées pour bien accueillir et informer l’investisseur.

Quels sont les autres enjeux socioéconomiques ?

Autre enjeu majeur, le secteur du tourisme doit aujourd’hui se renouveler. La crise du Covid-19 et la fermeture des frontières ont causé l’arrêt de plusieurs unités hôtelières. En plus de ces unités, tous les écosystèmes et les métiers autour du tourisme ont été impactés : la location de voitures, les agences de voyages, les guides touristiques, l’artisanat, les coopératives, les traiteurs, les organisateurs d’événements…

Même si une reprise a été constatée cet été, il reste encore beaucoup à faire. Pour renforcer et compléter l’offre touristique actuelle, il faut créer, en plus de l’offre balnéaire, d’autres relais de croissance et développer de nouvelles activités qui viendraient en complémentarité des activités existantes pour ne pas les cannibaliser.

C’est à ce niveau-là que la SDR Tourisme intervient. Elle a lancé un ambitieux programme de rénovation des hôtels subventionné par la Région.

À l’instar de ce qui a été réalisé pour le volet industriel, nous sommes aussi en train de mobiliser le foncier pour les projets touristiques. L’objectif est que l’investisseur trouve une offre claire au lieu de chercher des terrains. C’est par exemple le cas du projet d’aménagement touristique d’Anchor Point.

Nous travaillons également sur des projets à taille humaine, mais positionnés sur du tourisme de niche comme le surf et les sports nautiques. Cet écosystème peut accueillir une académie de surf, un ecolodge, un espace de coworking pour les digital nomads, des restaurants ou encore une offre d’animation. À Imsouane nous allons par exemple mobiliser une vingtaine d’hectares. Ces projets sont à taille moyenne, à forte valeur ajoutée, et viennent en complémentarité de l’offre existante sans la cannibaliser.

D’autres projets vont également renforcer les activités d’animation, comme le téléphérique d’Agadir ou le parc animalier (en plus du Crocopark), sans oublier les projets à Aglou et Tiznit.

Autre secteur d’activité essentiel pour la région, l’agriculture. L’enjeu dans ce domaine est de savoir travailler différemment. La région est touchée par la raréfaction de l’eau et le manque de précipitations. Il est aujourd’hui nécessaire de repenser tous les modèles de production extensifs et intensifs agricoles pour miser sur des processus propres et économes en eau et en énergie (goutte-à-goutte, pompage solaire…). Cette agriculture 4.0 pourrait profiter d’un certain nombre de nouvelles techniques et technologies comme l’imagerie satellitaire, les capteurs connectés pour mieux irriguer ou connaître le bon moment pour la cueillette… La technologie va clairement être au service d’une rationalisation de l’usage de l’eau, des pesticides et des engrais et permettra de générer un rendement plus qualitatif.

Aujourd’hui, quels sont les objectifs du CRI ?

Les objectifs du CRI sont simples : il s’agit de capter davantage de création de valeur au niveau de la région. Nous travaillons également au raccourcissement des délais de traitement des dossiers avec l’accélération de la mise en place des solutions digitales au service de l’investisseur telles que la plateforme dématérialisée de traitement des demandes d’investissement. La réforme des CRI a apporté plusieurs nouveautés, sur un plan des process et sur un plan systémique et organisationnel avec la création d’un pôle investisseur et d’un pôle attractivité. Aujourd’hui, nous sommes encore plus orientés « au service de l’investisseur ».

Nous continuons en outre à travailler au profit des PME, coopératives et autoentrepreneurs. Différentes actions sont menées pour leur mise à niveau. Nous nouons des partenariats pour les aider à trouver de nouveaux relais de croissance. Citons notamment la convention conclue avec Glovo en vue de leur proposer des formations sur le marketing digital ou encore les partenariats avec des acteurs de la grande distribution pour le référencement des produits des coopératives.

Nous assurons en outre le support nécessaire dans le cadre du programme Intelaka, en partenariat avec l’ANAPEC. L’objectif est d’accompagner 500 porteurs de projet d’ici la fin de l’année.

Enfin, nous sommes mobilisés avec le collectif régional (Région, Wilaya, Agence urbaine…) sur la construction de l’offre autour du nouveau pôle urbain qui regroupera différentes composantes : santé, offshoring, formation&innovation, commerce & service. Là encore, nous devrons travailler sur la mise à disposition du foncier pour l’ensemble des écosystèmes avec la mise à niveau de tous les documents d’urbanisme.

Propos recueillis par Nadia Kabbaj

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